CHAPITRE XXII
Ces querelles armées entre seigneurs étaient très fréquentes à cette époque. Chacun devait rester la lance au poing et la dague au côté pour défendre son droit, son castel et ses gens. La force seule, s’abritant derrière de bonnes murailles, pouvait arrêter les brigands et protéger la propriété. Wurstisen, dans sa grande chronique de Bâle, relate une aventure fort curieuse qui eut lieu en 1371 et où les Bàlois sont mêlés.
Un convoi de marchandises, provenant de Bâle, Strasbourg, Francfort, Cologne, etc. fut arrêté par les gens du comte Jean de Thierstein, du sire de Falckenstein, Henmann de Bechbourg et du baron Bourkard Senn de Bucheck. On enferma les marchands et leurs marchandises au château de Falckenstein. Le comte de Nidau, sur le territoire duquel le brigandage avait été commis, appela à son aide le comte de Kybourg et les Bàlois intéressés en cette affaire. On fit le siège du castel; on délivra les prisonniers et l’on pendit devant le château les coupables. Les seigneurs qui avaient ordonné le pillage du convoi, ne furent pas poursuivis, d’où est venu le proverbe : „ Mauvais services, mauvaises récompenses. “ Mais les justiciers si prompts à réprimer le vol fait sans eux, se gardèrent bien de rendre à leurs propriétaires les marchandises volées. Elles étaient de bonne prise et ils les gardèrent. Les Bàlois, craignant le pillage de leurs marchandises, firent alliance avec le comte Rodolphe de Neuchâtel, sire de Nidau, qui leur promit aide et protection (1373). 1
Le succès des Bàlois en cette affaire les enhardit à empiéter de nouveau sur les droits et sur les franchises et libertés de l’église de Bâle. Jean de Vienne ne pouvait souffrir un état de révolte et d’injustice qui compromettait l’indépendance et la situation de l’évêque et de son clergé. Il en informa le duc d’Autriche, Léopold, son fidèle vassal, et réclama son appui pour l’aider à récupérer les droits de l’église de Bâle. Le duc se mit au service du prélat et il fixa une journée à Biieinfelden pour y entendre les bourgeois de Bâle et vider leurs différends. Jean de Vienne s’empressa le 10 décembre 1374, d’informer de tout cela les chanoines de la cathédrale, en les invitant à se présenter au jour fixé devant le duc avec des copies de toutes les franchises, droits et libertés de l’église de Bâle, ainsi que de la formule du serment prêté par les bourgeois. 2 L’intervention de Léopold d’Autriche n’aboutit pas. Il fallut en venir à la force pour remettre les révoltés au devoir. Assisté par le puissant duc, Jean de Vienne assiégea les Bàlois qui avaient alors pour bourgmestre Hartmann Rot. Wurstisen cpii raconte ce fait important, ne donne aucun détail sur cette expédition qui se termina par la soumission de la ville. Le vieux chroniqueur se contente d’ajouter qu’à titre de représailles, les Bàlois incendièrent Ferrette, Belfort, Porrentruy, Asuel et Pfeffingen qui relevaient de l’évêque ou de son allié, le duc d’Autriche. 3 Aucun document original ne justifie le récit de Wurstisen qu’il faut accepter sans preuves, jusqu’à plus ample informé. Nicolas Gerung, dans sa chronique des évêques de Bâle, dit seulement que Jean de Vienne fit la guerre à la ville de Bâle avec le secours du duc d’Autriche, à qui il donna pour son salaire, la ville du Petit-Bâle avec la cour et l’habitation de son épiscopale résidence pour trente mille florins.4
1 Wurstisen, Grande chronique de Bàle ad 1373. = 2 Archives du château de Porrentruy. Dans
sa lettre au chapitre l’évêque dit „que les bourgeois de Bâle se sont permis maintes injustices et différents
empêchements sur les droits, libertés et franchises de l’église de Bâle et qu’ils ne cessent journellement
d’ajouter le mal à leurs iniquités . . . “ = 3 Wurstisen, Chron. Basil. = 4 N. Gerung, Ghron. ep. Basil.