‹ Histoire des Évêques de BaleChapitre 381 sur 496 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Des bandes nombreuses doivent venir de Montbéliard et de Belfort contre Bâle qui fait de grandes dépenses pour se fortifier. 1 Jean de Vienne avait un proche parent dans l’année anglaise, où il occupait un commandement important. C’était le fameux amiral de France, Jean de Vienne, qu’on a comparé pour la valeur à Duguesclin. Il n’est pas douteux que l’évêque de Bâle ne profitât de sa parenté avec ce chef redouté pour obtenir la préservation de la ville de Bâle si menacée par les bandes pillardes. Il est certain que le 25 novembre, Enguerrand s’avança du côté de Bâle et que durant trois jours, son armée défila sous ses murs, sans entrer dans la ville. Elle poursuivit sa route vers Soleure. Jean de Vienne, l’amiral, faisait partie de l’expédition avec plus de cinq cents Bourguignons qui s'étaient joints à lui. 2 L'évêque de Bâle reconnut la protection que lui avait accordée son illustre cousin en lui donnant Saint-Ursanne comme gage des sommes qu’il lui devait pour avoir défendu et sauvegardé la ville épiscopale. 3

L’évêché de Bâle ne fut cependant pas exempt des ravages des anglais. L’abbaye de Lucelle fut dévastée, pillée et presque détruite par les troupes d’Enguerrand de Coucy. 4 L’Erguel fut traversé par l’armée anglaise qui marqua

son passage par la dévastation et l’incendie. 5 L’abbaye de Fontaine-André, dans le canton de Neuchâtel, fut la proie des flammes, le 25 décembre 1375. 6 Passant devant Soleure, l'armée d’Enguerrand de Coucy choisit pour son premier campement les nombreux villages semés entre Büren et Olten sur les deux rives de l'Aar. Rodolphe de Neuchâtel, comte de Nidau, était alors à Buren. 11 fut tué d'un coup de flèche, à une fenêtre du château, comme il levait son casque. Avec lui s’éteignit son antique race (1375). 7 Ses beaux frères, les comtes Hartmann de Kybourg et Sceau d’Enguerrand de Coucy.* Simon de Thierstein, s' ’ emparèrent de sa succession,

sans songer à reprendre Nidau de l’évêque de Bâle, de qui ce fief relevait. Le comte Rodolphe étant mort sans enfants, le château de Nidau et tous les domaines qui en dépendaient, retournaient de droit à l’église de Bâle, à qui ils appartenaient. C’était à l’évêque seul à en disposer et à remettre ce fief important entre les mains d’un noble vassal qui jurerait obéissance et fidélité à l’église et à l’évêque de Bâle. Jean de Vienne, usant du droit strict qui lui compélait, reprit Nidau; il n’aurait pu, sans manquer â son serment, à ses devoirs d'évêque, abandonner un des principaux domaines de son église dont il avait, en vertu de sa charge pastorale, la surveillance et la garde et dont il répondait devant ses ouailles et devant la postérité. Si les beaux-frères du comte Rodolphe avaient sollicité de l’évêque suzerain la reprise de Nidau, nul doute que Jean de Vienne ne se fût empressé de remettre cette place importante entre les mains de vassaux de si noble race. Mais les comtes ayant fait main basse sur la succession de leur beaufrère, l’évêque se hâta de sauvegarder ses droits et de reprendre Nidau au moyen

1 Schilter ad ehronicon Ivônigshofen, p. 902. = 2 Lettre du conseil de Bâle à celui de Strasbourg, du

15 déc. 1 375. Ibid., 905. — 3 Jean de Vienne, amiral de France, par Terrier de Loray, 1878. p. 100.=

4 Fatalia mæsta Lucellensia I. — Buchinger, Ep. fast. Lucell., p. 193. = 5 Trouillat, t. IV. p. 366. =

6 Matile, Monuments, p. 1012. = 7 J. Muller, t. V. p. 211.

Page 1