LE BIENHEUREUX WALDO, ÉVÊQUE DE BALE
déposa, entre les mains de son successeur, les fonctions d’abbé de Reichenau, qu’il avait remplies pendant vingt ans (de 786 à 806); il résigna en même temps l’évêché de Bâle. Arrivé à Saint-Denis en 806, il y mourut, le 29 mars (4 des calendes d’avril) 814, l’année même de la mort du grand Charles. 1
A Reichenau, Waldo portait le titre de Bienheureux. Sur une ancienne gravure représentant le Précieux Sang et faite à l’abbaye, on voit le saint abbé au pied du reliquaire, avec cette inscription: „Bèatus Waldo, abhas Augice divitis, tum episcopus Ticini, demum Basileœ, legatus Caroli M. ad Azan, SS. Sanguinem Domini attulit: obiit 814.“ 2 „Le Bienheureux Waldo, abbé de Reichenau, évêque de Pavie, enfin de Bâle, légat de Charlemagne vers Azan, apporta le sacré Sang du Seigneur: il mourut en 814.“
En quittant Reichenau, l’abbé Waldo remit le gouvernement du monastère entre les mains d’un saint et savant religieux à qui Charlemagne témoigna la même confiance qu’à son ancien confesseur. Il s’appelait Hatton (Hetto, Heyto) ; il était né en 764, de la famille des comtes de Sulgau. 3 A l’âge de cinq ans il fut présenté par son père à l’abbé de Reichenau, Jean Ier, qui était en même temps abbé de Saint-Gall, et évêque de Constance, pour y être élevé et instruit. Ses talents remarquables, ses qualités éminentes, ses vertus le firent placer d’abord à la tête de l’école du monastère, qui, sous sa conduite, acquit une grande célébrité. Les Annales de Reichenau signalent parmi ses élèves Tatto, Erlebad, Wettin, Reginbert et d’autres illustrations. Lorsque Waldo fut nommé abbé de Saint-Denis, Charlemagne lui donna l’abbaye de Reichenau et l’évêché de Bâle4 (806). L’humble religieux n’accepta qu’à regret cette double charge, qui lui semblait au-dessus de ses forces et de son âge; il n’avait, alors que 44 ans. Il mit tous ses soins à remplir fidèlement et courageusement les devoirs que lui imposait son titre d’abbé et d'évêque. Au monastère, il fit régner l’ordre le plus parfait, une entière régularité, la ferveur au service de Dieu. Avec la bonté d’un père, il déploya dans l’administration de l’abbaye, une prudence, une dextérité, une sagacité remarquables. Il était pour tous un miroir vivant de la règle dont il était le plus scrupuleux observateur.
A sa prière, Charlemagne, dont il était le conseiller et l’ami, 5 lui accorda pour lui et pour ses successeurs, abbés de Reichenau, la faveur d’être exempté de paraître à la cour et de la suivre, à moins que l’empereur ne fit un voyage à Rome. Le grand monarque autorisa en même temps l’abbaye à se choisir un avoué à son gré qui en fût le défenseur et le gardien.6 Ce fut la même année (811) que Charlemagne chargea l’évêque de Bâle d’une ambassade à Constantinople. Cette mission délicate attesta le crédit dont Hatto jouissait auprès du grand empereur. Un traité avait été conclu en 810 entre Nicéphore et Charlemagne, l’empire romain d’occident était reconnu par l’empereur de Bysance, à qui Charlemagne restituait toutes les conquêtes faites par Pépin en Vénétie, ainsi que le protectorat de Venise. Dans la lettre écrite à Nicéphore, Charlemagne lui annonçait, avec la conclusion du traité, l'envoi de ses ambassadeurs. „Nous avons, disait-il, sans plus de
1 Annales Augice clivitis. = 2 M. Hennet, curé doyen de Delémont, rapporte cette inscription copiée
par lui sur une gravure de Reichenau. = 3 „ Cornes Nellenburgensis ... ex illustri ac generosa Sueviæ
fomitum familia genitus.“ Ann. Augiæ, p. 64. — Voir le dictionnaire de Goschler, t. X. p. 271. =
4 ^Consensu ac voto tam fratrum Augiensium quam Caroli auctoritate, abbatiam Augiensem cuni
episcopatu Basileensi anno Christi 806 suscepit ægre gubernandam.“ (Ann. Aug. p. 64.) = 5 „In cujus familiaritate et consiliis clarus habebatur . Ann. Aug. p. 64. — 6 „ Actum Wormatiæ coram multis
principibus octavo idus aprili.s Dominicæ Incarnationis anno 811.. .“ Ann. Aug. p. 65.