CHAPITRE XXIV
hérétiques, de faux dévots et des sectaires déjà condamnés par l'Église aux conciles de Cologne (1306) et de Vienne (1311). Les franciscains qui les avaient reçus dans leur tiers-ordre prirent leur défense. L’évêque de Bâle se déclara contre ces sectaires et les condamna ; ils refusèrent de se soumettre. Les débats s’envenimèrent et durèrent douze ans ; il y eut des querelles bruyantes et le magistrat de Bâle dut intervenir souvent pour modérer la lutte. L’affaire fut portée au Saint-Siège qui l’examina mûrement, et enfin en 1411 une sentence apostolique condamna les Lollhards et les Beghines de Bâle ; leurs maisons devinrent la propriété du grand hôpital et de l’évêque de Bâle. Leur mobilier passa aux franciscains qui durent abandonner ces sectaires. 1
Jean de Mulberg encourut l’animosité du clergé de Bâle dont il attaquait les travers avec une trop grande énergie. On l’envoya au couvent de Mulbrun en Souabe, où il mourut le 9 décembre 1414. On rapporte que la veille de son départ, il alla durant la nuit se mettre à genoux devant les portes de la cathédrale de Bâle en chantant le Salve Regina. Les portes s’ouvrirent d’elles-mêmes et l’illustre dominicain put satisfaire sa dévotion à son gré. 2
L’évêque Humbert de Neuchâtel soutint l’éloquent religieux dans sa campagne contre les Beghinards de Bâle. Il vint également en aide aux prémontrés de Bellelay, auxquels il paraît avoir voué une affection particulière. Un religieux de cette abbaye qu’il avait fait son chapelain, et qui était en même temps curé de Tavannes, avait été chargé par lui d’aller à Rome faire confirmer par le pape son élection comme évêque de Bâle. Il avait réussi dans cette affaire délicate pour laquelle le prélat lui avait gardé un bon souvenir. Ce fut ce religieux qui devint abbé de Bellelay après la mort de Jean Donzelett. Son élection fut faite par compromis le 27 octobre 1401. Suivant l’instrument authentique qui nous en est resté, tous les religieux de Bellelay, réunis en chapitre, déclarèrent qu’ils s’en remettaient pour l’élection du nouvel abbé, à la décision du prieur du couvent, Jean de Fahy, qui porta son choix sur „le frère Hentzmann Nerr, homme distingué par sa science et sa prudence, recommandable par ses mœurs et sa conduite, initié dans les saints ordres et ayant l’âge requis par les constitutions". L'abbé du Lac-de-Joux, Henri de Romainmotier qui présidait l’élection, la ratifia, puis tous promirent obéissance au nouvel abbé qui fut conduit et intronisé sur le siège abbatial à l’église au chant du Te Deum. 3 L'évêque de Bâle fut très satisfait de cette élection, en donna la confirmation quelques jours après (le jeudi après la fête de S. Simon et S. Jude 1401). Le pape Innocent YII en fit autant le 14 mars 1406. 4
A peine installé, l’abbé Nerr eut à déplorer l’incendie de l’église de Bellelay qui fut réduite en cendres en 1402. 5 11 travailla aussitôt à réparer ce désastre.
L’évêque de Bâle vint à son secours. Non content de confirmer solennellement les privilèges et franchises accordés au monastère par les papes, les empereurs et les évêques ses prédécesseurs (novembre 1401), il accorda à perpétuité les revenus de l’autel de Ste Catherine, récemment fondé dans l’église paroissiale de Tavannes, et ceux de l’autel de Ste Catherine de Delémont à l’abbaye de Bellelay pour l’amélioration du monastère (7 mars 1402). 6 En outre, il accorda différents privi-
1 Urstis., Epit. hist. Basil., p. 185. — Voir Goschler, Dictionnaire de la théol. cath. art. Beghines et
Lollhards. = 2 Urstis. Epit. liist. Basil., p. 187. = 9 Cartulaire de Bellelay, p. 304. = 4 Ibid., p. 305.=
6 Annales ord. Prærn. ad Bellelay. = B Gartulaire de Bellelay, p. .361 et 364.
INCENDIE DE BELLELAY, DE SAINT-URSANNE
léges en faveur des colons établis, tant dans la courtine de Bellelay qu’à Rebéveliers, la Racine, Boécourt, Reconvi Iliers, Loveresse, Saicourt, Tavannes, Pontenet, etc., sous la réserve que chaque chef de famille payerait chaque année, à la S. Martin d’hiver, une cense annuelle d’un florin d’or et un chapon et qu’en cas de guerre, les hommes capables, à ce requis, marcheraient sous la bannière de Delémont pour la défense du pays (12 novembre 1404). 1 Ce fut encore Humbert de Neuchâtel qui donna à l’abbé de Bellelay un chésal et un cours d’eau entre les roches d’Undervelier pour y bâtir une forge, moyennant une livre de cire et cinq sols de cense annuelle (juillet 1405). 2 11 confirma encore à l’abbaye le droit de chasser
à Bellelay, Rebéveliers, la Joux-Mertenat, les Genevez et Tramelan (6 août 1407). 3
Le plan de la Chartreuse de Bâle. Merian, 1615.
Enfin, pour témoigner à l’abbé Nerr toute sa confiance, l’évêque le nomma son vicaire général tant pour le temporel que pour le spirituel ; 4 il voulut en outre assister de sa personne à une assemblée générale des deux paroisses de Bassecourt et de Boécourt qui eut lieu à Bassecourt le 28 novembre 1412, et unir les deux églises paroissiales sous la conduite d’un curé qui serait présenté par Bellelay et résiderait à Bassecourt avec le titre de vicaire perpétuel. 5 On ne pouvait donner aux prémontrés des marques plus sensibles d’attachement et de protection. Humbert de Neuchâtel fut à juste titre considéré comme un des grands bienfaiteurs de Bellelay.
Tandis qu'un incendie dévorait l’antique église de ce monastère, un désastre pareil détruisit la ville de Saint-Ursanne. „Par oval de fue, est-il marqué au
1 Annales ord. Præm., 1. 1. p. GGXXIX. = 2 Garlulaire de Bellelay, p. 433. = 3 Archives de l’ancien
évêché de Bâle. = 4 Annales ord. Præm. Bellelay. — 5 Cartulaire de Bellelay ad 1412.