CHAPITRE XXV
Celui-ci pria la cour de lui permettre de prendre trois des juges pour son conseil ; il choisit Smasmann, sire de Ribeaupierre, domzel Jean Bernard, sire d’Asuel, et Arnold de Rotberg, chevaliers, puis il dit: «Nous ignorons si nous retenons des fiefs de mon gracieux seigneur de Bâle, ou si nos prédécesseurs en ont possédé, car les biens que Sa Grâce veut que nous ayons reçus d’elle, nous les tenons en fief de mon seigneur le comte Conrad de Fribourg. Et quand même nous les aurions reçus de Sa Grâce, je ne sais ce qu’elle aurait à répondre en ce moment; la question doit être préalablement vidée entre les deux prétendants. Si nous sommes ensuite convaincus que nous avons des devoirs à remplir envers Sa Grâce, nous les remplirons certainement. Jean Ludmann de Rotberg nous dit au nom de mon gracieux Seigneur de Bâle, que nous avons repris ces biens en fief de l’évêque précédent; cela est loin d’être prouvé, et F eussions-nous fait, que ce n’est pas sans réserver tous nos droits. Si Sa Grâce ne peut agréer notre manière de voir, nous sommes prêts à lui présenter nos respectueux hommages, en justice, par devant Sa Majesté le roi des Romains, de qui tous les fiefs déroulent."
„I1 y a déjà quelque temps, repartit Jean Ludman, que Sa Grâce a montré au comte Guillaume, des copies et un vidimus qui démontrent clairement que ses prédécesseurs ont reçu les biens, dont il s'agit en fief de l’église de Bâle. Je prie la cour d’entendre la lecture de ce vidimus, bien digne de foi, donné par deux notaires jurés et scellé du sceau de Jean d’Arberg avec ses signes ordinaires. Cet instrument prouve comment, il y a quelques années, les frères Jean et Thierry d’Arberg, seigneurs de Valangin, ont reçu et possédé leur pays du Val-de-Ruz, leur château nommé Neuveville, avec les gens, les biens, le fond et toutes les dépendances, des mains du révérend seigneur Pierre, évêque de Bâle, d'heureuse mémoire, et comment ils lui ont résigné ces biens, avec la forteresse de Valangin, le village de Bussy, et le Val-de-Ruz en question, nommé en allemand Rudolfsthal, etc. Il prouve comment naguère encore le sire Jean d’Arberg, seigneur de Valangin, le même qui a scellé cet instrument, a reçu ces mêmes biens du révérend seigneur Jean, évêque de Bâle, et lui a juré foi et hommage, comme un vassal le doit à son seigneur. Voici en outre un urbaire qui nous offre une lettre relative à cette question, et qui démontre que ces biens appartiennent à l’église de Bâle, comme précédemment."
Après avoir donné lecture de ces actes, Jean Ludman reprit : ,, J'ai la confiance entière que le juge et la cour sont parfaitement convaincus que ces biens sont une mouvance de l’église de Bâle, et que le comte Guillaume devait les recevoir en fief de mon gracieux seigneur; mais, comme il ne l’a pas fait, j’ose espérer que ces biens et les gens seront déclarés en commise, comme ils l’étaient auparavant, et cela d’autant plus que s’il est réel que le comte Guillaume les ait repris en fief de mon seigneur le comte Conrad, c’est dans le but de les ravir à l’église de Bâle."
Les avocats échangèrent encore quelques paroles, et la cour, consultée par son président, décida, sans y être obligée, et de l’agrément des parties en litige, qu'elle remettait définitivement la cause au lundi après la S. André (2 décembre).
Au jour fixé, le comte Bernard de Thierstein remplit les fonctions de président de la cour : Guillaume de Valangin comparut en personne et présenta aux juges une lettre ouverte, munie du scel du comte, Conrad de Fribourg, par laquelle celui-ci défendait au premier, sous la foi du serment qu’il lui avait prêté, de reprendre en fief de l’évêque de Bâle, les biens que revendiquait ce prélat. Dans une autre lettre fermée qui fut remise aux juges, ce comte déclinait leur compétence pour