CHAPITRE XXVI
conclure; mais celui de Païenne proteste énergiquement et déclare au nom des évêques, qu’il faut surseoir à la conclusion. 1
A ce mot, il se fit un si grand tumulte dans l’assemblée que cela ressemblait au bruit de deux armées qui en viennent aux mains. Æneas Sylvius, témoin oculaire, raconte dans ses commentaires sur les gestes du concile de Bâle, que les évêques, inquiets interpellèrent le comte Jean de Thierstein qui remplissait alors les fonctions de protecteur du concile, pour savoir de lui s’il voulait défendre le concile et leur assurer à tous leur liberté. Il y avait aussi là des membres du conseil de Bâle qui devaient veiller à empêcher tout scandale. Ils avaient pour fonctions spéciales d’empêcher tout tumulte et de ne tolérer que les disputes en paroles. .,La sagesse des Bàlois, ajoute Æneas Sylvius, est telle que personne jusqu’à ce jour, n’a pu articuler la moindre plainte contre leur fidélité; ils ont toujours été ce qu’ils devaient être envers le concile. Aussi si jamais chrétiens ont bien mérité de l'Église, ce sont certainement les Bàlois. Aussi donnèrent-ils, d’accord avec le comte de Thierstein, l’assurance que la liberté serait garantie au concile. Le comte de Thierstein, novice en ces matières, ne pouvait croire que des hommes si sages en pourraient venir à des querelles de la sorte. Il répondit par le moyen d’un interprète: que tous devaient se rassurer, qu’il ferait observer à la lettre le sauf-conduit de l’empereur et que personne n’oserait violer la liberté promise par ce monarque “. 2
Au milieu de ces altercations, l’archevêque d’Arles obtint un moment de silence et leva la séance au milieu des acclamations des siens et de la stupéfaction des autres. Sur ces entrefaites, quelques prêtres d’Angleterre, qui venaient au concile, furent arrêtés et conduits au château de Neuenstein. Mais les Bàlois marchèrent en armes contre le château le 15 avril et en firent le siège. Les assiégés se rendirent sans coup férir et les prisonniers furent reconduits à Bàle et mis en liberté. 3 Bàle souffrait alors de la famine provenant des pluies excessives. Un sac de grain coûtait alors trois florins et demi; une mesure de vin trois florins, ce qui était inouï à cette époque. Bàle obtint de l’évêque de Strasbourg de tirer du blé d’Alsace. 4 Le concile n’en continua pas moins ses séances. Le cardinal d’Arles avait fixé le 16 mai pour promulguer en séance publique le décret de la supériorité du concile sur le pape.
Ce jour là, on se rendit solennellement à la cathédrale de Bàle. Les ambassadeurs des princes n'y parurent point, non plus que la plupart des évêques. On ne compta dans cette 33e session que vingt prélats tant évêques qu’abbés: deux d’Italie, aucun d’Espagne, dix-huit de France et d’Allemagne. Pour remplir les fauteuils des évêques, le président de l’assemblée, l’archevêque d’Arles y fit mettre les châsses des saints, qu'il avait fait apporter de toute la ville. Æneas Sylvius assure qu'à la vue de toutes ces reliques apportées processionnellement par les prêtres des églises, les larmes coulèrent de tous les yeux. Le protecteur du concile au nom de l’empereur, le noble de Thierstein se fit remarquer entre tous par l'abondance des larmes qu’il versa en cette circonstance. A défaut des évêques, tous les sièges étaient remplis par les procureurs d’évêques, des archidiacres, des
1 Rohrbacher, t. XXL p. 568. — 2 Æn. Sylv., Comm. de gest. Basil, conc., p. 33. = 3 Wurstisen,
chron. Basil., p. 335. Dans l’année des Bàlois, se trouvaient les conseillers J. Dietrich Sürlin, Ulmann
im Hof, Burkart Besserer, Gottfried Kupfernagel et Burkart. = 4 Ibid. C’est alors qu’on commença à
bâtir la maison de blé à Bàle.