‹ Histoire des Évêques de BaleChapitre 453 sur 496 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

à toute heure des convois funèbres, les prêtres ne cessaient de porter tes derniers sacrements aux mourants ; pas une maison qui ne fût frappée : On ne voyait que deuil et larmes. De peur du fléau, on évitait de se parler; les uns restaient cachés dans leurs maisons, les autres couraient par la ville se couvrant la bouche et le nez et aspirant des odeurs contre la peste. Le menu peuple tombait sans relâche sous les coups du fléau, comme aux premiers froids de l'automne tombent les feuilles des arbres. La contagion devint si violente qu'on pouvait apprendre l’enterrement d'une personne qu’on avait rencontrée dix heures auparavant sur la rue pleine de santé et de bonne humeur. La place manqua même pour les inhumations; quand tous les cimetières furent remplis, on fit dans les paroisses de grandes fosses où l’on enfouissait plusieurs cadavres que l'on recouvrait de terre. Les pères du concile furent tellement épouvantés qu’ils devinrent tous d’une pâleur effrayante. Ce qui les frappa le plus, ce fut la mort du protonotaire Louis Pontanus, appelé le Romain. 11 était le représentant au concile du roi d’Aragon, docteur très érudit, d’une mémoire et d’une éloquence remarquables ; jeune encore, d’une santé robuste, il fut en quelques heures enlevé par la peste, le 11 juillet 1439. Il fut enterré dans l'église des Chartreux qui devint le cimetière des pères du concile de Bâle. 1 Peu après, le 19 août 1439, succomba le patriarche d’Aquilée, Louis, des ducs de Teck; il fut malade sept jours; c’était un vieillard qui tint une grande place au concile. Sa mort fut un grand deuil pour les pères. On disait que deux colonnes du concile étaient renversées, le patriarche et le protonotaire. Le patriarche fut porté à l’église des Chartreux, à visage découvert, revêtu des insignes de sa dignité ; les pères du concile suivaient le lit funèbre élevé au-dessus de la foule qui se pressait à cette cérémonie. On enterra le patriarche devant le maître-autel de l'église des Chartreux. Parmi les secrétaires du concile, huit succombèrent au fléau; Æneas Sylvius nomme Arnold Kempenich, homme d'une très grande bonté ; il en mourut autant des scribes de la sacrée pénitencerie ; beaucoup de docteurs, des pères de tous les ordres ; Æneas Sylvius, frappé par la peste, échappa à la mort et put laisser à la postérité le récit de cette affreuse contagion. La nuit qui suivit la mort de son intime ami Julien Romain, il se sentit atteint; il fut trois jours entre la vie et la mort, on lui administra les derniers

1 Urstisius, dans son Epitome liisi. Basil., p. 2(54. cite parmi les pères enterrés dans l’église des Chartreux de Bàle le cardinal Alphonse de Qurillo, du titre de Saint-Eustache. mort le 25 février 1434. On plaça ses entrailles derrière le maitre-autel ; le corps fut embaumé et enseveli à la droite du maître-autel îe 1S mars suivant : le chapeau cardinalice fut suspendu à la voûte au-dessus du tombeau. Un évêque anglais, Thomas Wigorniensis, mort le 31 août 1433, fut enterré de l’autre côté de l’autel. Sous des marbres funéraires, on ensevelit encore Suederus de Gulenbore, évêque d’Utrecht (Trajectensis) ; Jean Langdon, docteur en théologie, de l’ordre de S. Benoît, évêque de Rochester (Roffensis) en Angleterre, et près de la porte de la sacristie, François de Bossis, évêque de Cumes (Gumanus) mort le 9 septembre 1434. — On plaça au-dessus de la tombe de Louis Romain l’inscription suivante:

Si mille aut totidem rapuisses usque virorum Pestis, adhuc poteram sæva parcere tibi. Viveus quo nusquam fuerat præstantior alter.

Extinctum potius reddis iniqua lues.

Quem fletis Leges, quem fletis Jura, sacrique Canones : obiit quem coluist.is herus.

Hic nos ornarat, vestras ubicumque fuerunt Solverat ambages: nunc sine voce jacet.

Heu voces, heu verba viri divina, memorque Ingenium, quo vis nunc tua multa loco est '

Heu Romane jaces, quo non R.omanior ullus Ante fuit, quo nec forte futurus erit.

Te pater et chants retur modo vivere frater,

Heu quantos gemitus ille vel ille dabitV Te Roma atque plorabit Hetruria, teque Tota petet lacrymis Itala terra piis.

Te nunc Concilium, te nunc ulutatibus unum, Ipsa quoque extinctum quæritat Ecclesia.

Heu vanus hominum menteis : beu pectora cœca !

Cuique dies, certum est, fata dedisse suos.

Et nos cum superi statuent, veniemus ad illos :

Nemo parum vixit, cui bona vita fuit.

Dans l’église de S. Pierre de Bàle, on enterra Hugues, archevêque de Rouen qui mourut pendant le concile, îe 19 août 1434. L’archevêque de Milan mort en 1433 et, l’évêque de S. Jean de Maurienne, Oger de Roflet, mort le 11 janvier 1441. furent enterrés à la cathédrale.

ÉLECTION DE FELIN V

sacrements ; chacun le crut mort. A cette époque on comptait à Bâle plus de cent décès par jour. Vingt-cinq bénéficiers de la cathédrale périrent de la peste. Le concile fit faire des processions par les gens de Bâle à la Vierge dite im Dotmos, par le clergé et le peuple à Notre-Dame-des-Ermites. 1 L’archevêque d’Arles ne voulut pas quitter la ville, assuré que son départ serait suivi de celui de tous les pères.

Pour faire cesser le fléau, on décida une procession solennelle à Notre-Damede-Potinas au Schwarzwald. Le conseil de Bâle choisit vingt-quatre prêtres tant des églises de la ville que des couvents et les envoya faire ce pèlerinage aux frais de l’état. Le concile accorda une indulgence de sept années à tous ceux qui se joindraient à eux. On partit le vendredi avant la S. Vite (15 juin). On fit encore un pèlerinage à Notre-Dame-des-Ermites vers la fête de Ste Marguerite; plus de cinq cents personnes en firent partie; le voyage dura dix jours. Le concile accorda une indulgence de dix ans pour ce second pèlerinage. 2

Bientôt après le délai fixé par le concile pour l’élection d’un nouveau pape, étant expiré, on procéda à cette sacrilège opération. Dans une congrégation générale on décida de choisir parmi les pères du concile trente-deux électeurs avec le cardinal d’Arles. Le 13 octobre 1439, on chargea trois membres de l’assemblée, de faire ce choix important. La peste avait cessé ses ravages et plusieurs pères étaient revenus à Bâle. Le 37 octobre, les trois électeurs se réunirent au couvent des frères Mineurs et firent le choix qui avait été confié par le concile. Le lendemain, ils en firent part à l’assemblée. Parmi les trente-deux électeurs du futur anti-pape on remarquait de la nation germanique Frédéric ze Rhein, évêque de Bâle, célèbre, dit Æneas Sylvius, par la noblesse de sa race et par son affabilité envers tous; Conrad Holzacker, abbé de Lucelle, éloigné, comme il convient à un moine, de la pompe du siècle et de toute vanité (Æneas Sylvius); Jean Vuiler, doyen de Bâle, homme doux et savant. Louis de la Palud, évêque de Lausanne, fut nommé vice-camérier.

Pendant ce temps, on préparait tout pour recevoir le conclave. Le 30 octobre 1439 (vendredi), eut lieu la 38e session où le cardinal d’Arles officia au milieu d’une foule immense qui remplissait la cathédrale; les femmes avaient pris place sur des tribunes élevées entre les colonnes. Le comte de Thierstein assistait, à la séance sur un siège d’honneur, comme protecteur impérial. Les membres du conseil de la ville étaient aussi présents, ainsi qu’un grand nombre de nobles fort curieux de ce spectacle. Le silence le plus profond régnait dans l’église; hors de la cathédrale, des bourgeois en armes se tenaient prêts à réprimer tout désordre. La foule refluait jusque sur la place qui précède. Tous les électeurs communièrent delà main du cardinal, d’abord les onze évêques, puis les sept abbés, ensuite les cinq théologiens et enfin les neuf jurisconsultes. Ce spectacle fit verser des larmes à toute l’assistance.

Après la messe, les prélats prirent leurs mitres et l’évêque de Lausanne, montant à l’ambon, lut les noms des électeurs: tous les pères approuvèrent ce choix. Puis on prêta serment. Le cardinal d'Arles, le premier, sur le livre des décrets: puis les autres électeurs, selon leur rang. Il était trois heures après midi, le peuple encore à jeun, quand on chanta le Te Deum, au son de l’orgue qui alternait avec le chœur.

1 Henr. minor., Chron. = 2 Wurstisen. Chron. Basil., p. 352.

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