CHAPITRE XXVI
religieux, les corps de métiers, portant de grands cierges, comme à la Fête- Dieu, accompagnaient le concile. Le cheval du pape était tenu à la bride par le bourgmestre de Bâle, le chevalier Arnold de Barenfels, et par le chevalier Arnold de Rotberg. Les vêtements de Félix V étaient portés par les chevaliers Jean Reich de Reichenstein, Bernard de Rotberg, Gôtz Henri d’Eptingen et Hermann Offenbourg. Le dais était soutenu au-dessus du pape par Hans Müntzmeister, nommé Sürlin, Hans Conrad Sürlin, Hans von Lauffen et Heinzmann Maurer. Le cortège passa d’abord devant l’hôpital, suivit les Spiessgassen, appelés autrefois la rue de Lannpart, la rue des fusils (Gewehrgasse), le marché au blé, la rue de Wienhard ou des chapeaux, la rue des magasiniers, le marché aux poissons, la rue de fer, la rue franche, jusqu’à la fontaine de l’hôpital et enfin à la cathédrale où le pape récita les collectes de Notre-Dame à l’autel du concile et donna sa bénédiction; puis il se rendit derrière le Ramstein, dans le logement qui lui était préparé; les gens de sa suite furent logés tout près de là. La réception de Félix Y dura depuis deux heures après-midi jusqu’à sept heures du soir. 1 Le couronnement du nouveau pape eut lieu le 24 août 1440. Æneas Sylvius, dans une lettre à Jean de Sigovie, fait une description fort curieuse de cette grande cérémonie.
„I1 y a, dit-il, devant la cathédrale une grande place où l’on donne des spectacles au peuple ; on y dressa une vaste estrade ; sur un angle (vers la chapelle des Miinch) un autel très élevé ; le tout abrité par de riches tentures. De là on dominait toute la place ; le clergé et la noblesse s’y plaçèrent, ainsi que le pontife qui allait être couronné. Environ deux mille personnes se rangèrent sur cette estrade. Le fils de Félix V, Louis duc de Savoie, était arrivé la veille ; toute la noblesse de Savoie, quatre mille chevaliers et une grande foule de Savoyards étaient accourus pour assister au couronnement de -leur ancien duc. On voyait encore d’Allemagne le marquis de R.œtelen, Conrad de Vuinsberg, camérier héréditaire de l’empire romain, le comte de Thierstein, des représentants des villes de Strasbourg, Berne, Fribourg, Soleure, toute la noblesse du voisinage ; l’assistance montait à cinquante mille hommes. Bâle avait mis sous les armes mille jeunes gens robustes pour maintenir l’ordre. Les toits des maisons voisines, les fenêtres, les arbres étaient chargés de spectateurs, hommes et femmes. La place était tellement remplie qu’un grain de sénevé n’aurait pu y trouver terre.
„Au lever du jour, Félix Y apparut. D’une taille ordinaire, d’une belle figure de vieillard, les cheveux blancs, comme le visage, silencieux et triste. Avant lui les prélats mitrés et le clergé de Bâle avec les reliques s’étaient rangés sur l’estrade. Félix fut placé sur un siège très élevé; on s’assit, le silence s’établit aussitôt et les cérémonies commencèrent. Le pape officia pontificalement, sans manquer aucune cérémonie. Ses fils Louis, duc de Savoie, et Philippe, comte de Genève, l’assistaient à l’autel.
„ Après la messe, eut lieu le couronnement du souverain pontife. On apporta la tiare enrichie de pierres précieuses, estimée plus de trente mille pièces d’or. Ce fut le cardinal Louis de Sainte-Susanne, qui couronna le pape au milieu des acclamations générales, puis on publia les indulgences plénières accordées par Félix V. Après le couronnement, le cortège se déploya en procession. D'abord
Wurstisen, Ghron. Basil., p. 366.