COURONNEMENT DE FELIX V
le peuple, puis les nobles, les chevaliers, les barons, les comtes, les marquis, le duc avec sa suite, vêtu d’or. Tous à cheval, dans l’appareil le plus brillant. On entendait retentir les trompettes et les fanfares. Venait ensuite le clergé de la ville avec les reliques des saints et les jeunes lévites chantant des hymnes. Douze chevaux blancs précédaient la bannière rouge et jaune qu’escortaient les chevaliers de Saint-Maurice, anciens compagnons du duc de Savoie à Ripaille. Puis, marchaient les prieurs, les avocats, les secrétaires, en chapes, les juges, les abbés et les évêques en mitre et en cappa, montés sur des chevaux caparaçonnés. Après les évêques, au milieu de grands flambeaux, venait le très saint Sacrement sous la garde d’un évêque. Deux cardinaux et les évêques de Tortose et de Vicence qui remplissaient l’office des cardinaux-diacres, précédaient le pape s’avançant gravement sur un cheval, conduit par le marquis de Rœtelen et Conrad de Vuinsberg, sous un baldaquin d’or, portant la tiare et bénissant le peuple. Après le pape, le trésorier, les clercs de la chambre, jetant au peuple des pièces d’argent. Enfin les ambassadeurs des princes et l’immense multitude. Le cortège suivit plusieurs rues; les juifs attendaient le pontife pour lui offrir la loi de Moïse. On arriva de la sorte au couvent des Dominicains qui introduisirent le pape dans leur église et lui offrirent les clés de leur maison. 1 On chanta le Te Deum laudamus ; il était trois heures après-midi. Félix V était encore à jeun ; il put enfin prendre quelque repos.
„Le lendemain, après la messe, on remit à tous les prélats qui avaient assisté au couronnement une pièce d’or et deux d’argent; ensuite eut lieu un somptueux banquet, qui dura de onze heures à trois heures et réunit plus de mille personnes. A cinq heures, le cortège retourna dans le même ordre à la cathédrale ; Félix V rentra par une porte de derrière au palais de l’évêque de Bâle où il put enfin prendre son repos. “ 2
Félix V résida trois ans à Bâle. En 1441 (22 avril) il bénit les Agnus Del. Cette année, à la procession de la Fête-Dieu, il porta le saint Sacrement à travers la ville, et accorda pour ce jour une indulgence plénière. Il restaura splendidement le palais épiscopal qu’il occupait et la chapelle qui s’y trouvait. Il imposa une réforme sévère au couvent des Cordeliers de Bâle. 3 Malgré tous les efforts du concile qui dans plusieurs sessions (40e, 26 février; 41e, 23 juillet; 42e, 4 août 1440) travailla à le faire reconnaître par les princes séculiers, l’antipape n’eut jamais dans son obédience que la Savoie, Suisse, la ville de Bâle, Strasbourg, Albert de Bavière, prince de Munich, quelques villes en Saxe et quelques universités. L’empereur Frédéric III fit comme la plupart des princes d’Allemagne et embrassa la neutralité. Tout le reste de la chrétienté, sans en excepter la France, s’attacha de plus en plus à l’obédience d’Eugène IV. 4
En 1441, le concile de plus en plus désert, n’eut qu’une session, le 1er juillet 1441, où l’on fit un décret pour ordonner la célébration de la fête de la Visitation de la Ste Vierge. Déjà le 17 octobre de l’année 1439, dans sa 36e session, le concile avait déclaré que la croyance à l’immaculée Conception de la Ste Vierge était conforme à la foi et devait être tenue et embrassée par tous les catholiques.
1 Le cortège passa par la fosse, par la rue franche au marché au blé, de là par le nouveau pont
au marché aux poissons et en montant par le Blumen, au couvent des frères Prêcheurs. Wurstisen,
Chron. Basil., p. 366. = 2 Æn. Sylv., Comment., p. 63. = 3 Urstis., Episc. hist. Basil., p. 117. — Chron.
Basil., p. 371. = 4 Mgr Guérin, les conciles, t.. III. p. 182.