CHAPITRE XXVI
En 1442, il y eut encore une session le 9 août (la 44e). Le dimanche, 11 novembre 1443, l’empereur Frédéric III vint à Bâle accompagné du duc de Brunswick et du comte de Genève, fils de Félix V. L’évêque de Bâle et le clergé reçurent le monarque à la porte de Spalen, avec le saint Sacrement. L’accueil fut magnifique. L’empereur logea dans le palais d’Hemman Offenbourg. Il vit l’antipape durant quelques heures et n’en parut pas satisfait. Le 16 novembre, il se rendit à Constance et le lendemain Félix V se décida à se retirer à Lausanne avec quatre cardinaux et quelques-uns de ses partisans. 1 Les pères du concile mettant quelque lenteur à se séparer, l’empereur ordonna aux Bàlois de les faire sortir de leur ville sous peine de leur enlever les franchises qu’ils tenaient de l’empire ; les mêmes ordres furent signifiés de nouveau à la ville et à l’évêque de Bâle pour la seconde fois vers Noël et pour la troisième, au commencement du Carême de 1 448. L’empereur n’étant pas d’abord obéi, le conseil impérial à Gratz en Styrie porta une sentence le 18 mai contenant que dans deux mois les Bàlois avec l’évêque devaient expulser les pères du concile de leur ville.
L’évêque Frédéric ze Rhein accompagné du prévôt et de quelques chanoines, avec plusieurs membres du conseil de ville, alla signifier au concile l’arrêt impérial. Les pères tinrent le 25 juin leur 45e et dernière session. Le 28 juin, on communiqua dans toutes les formes au concile la sentence du conseil impérial. Enfin le 4 juillet, les pères quittèrent Bâle pour se transporter à Lausanne où ils mirent fin au concile en 1449. La ville de Bâle les escorta jusqu’à ses frontières avec cinq cents hommes; les Bernois et les Soleurois en firent autant jusqu’à Lausanne. Après leur départ, l’évêque Frédéric ze Rhein fit enlever les bancs qui avaient servi aux sessions du concile durant dix-sept ans de 1431 à 1448. 2
L’évêque ne se contenta pas de contribuer, de son autorité et de ses forces à l’éloignement de sa cathédrale des pères du concile et d’empêcher leur retour; il voulut faire porter sans retard à Rome sa soumission au pape légitime, celle de son chapitre, de son clergé et de tous ses diocésains. Ce fut son official Jean Geminger, licencié ès sacrés décrets, doyen de l’église de Colmar qui fut chargé de cette mission. Eugène IV venait de mourir (le 13 février 1447); Nicolas V était élu pape le 8 mars de la même année.
L’envoyé de Frédéric ze Rhein assista à un consistoire public, où se trouvaient les cardinaux et toute la cour pontificale. Là, il fit au nom de l’évêque et du diocèse de Bàle acte public de soumission et d’obéissance au souverain pontife. Il avait pris pour texte de sa déclaration ces mots des saints livres : „Venient ad te qui detrahebant te et adorabunt te. “ Le pape reçut cette soumission avec une grande joie qui fut partagée par toute l’assistance : „ A Domino factum est istud, “
1 Wurstisen, Chron. Basil., p. 374. — Le chroniqueur de Bâle raconte au 16 juin 1445, la réception à Bâle de la fille de Félix V, Marguerite de Savoie, veuve du roi Louis de Sicile, fiancée au prince palatin Louis de Bavière. Les Bàlois allèrent avec quatre-vingt chevaux à sa rencontre jusqu’à Langenbruck où elle arriva escortée de deux cents Soleurois. Parmi les délégués de Bàle, se trouvaient le bourgmestre Jean Roth, Arnold de Rotberg, Jean de Lauffen, etc. Arrivés à Liestal, les Bàlois ne purent trouver de logement pour passer la nuit ; ils durent retourner à Bàle et le lendemain se portèrent avec trois cents chevaux jusqu’au-dessus de Prateln pour recevoir la princesse. Les cardinaux de Sainte-Susanne et de Saint- Galixte et plusieurs pères du concile, avec plus de mille six cents hommes allèrent jusqu’à Muttenz. La princesse logea au palais d’Hemman Offenburg. A sa descente de cheval, elle fut reçue au nom de son fiancé par son cousin, le duc- Étienne de Bavière, en présence du prince Louis et de beaucoup de nobles personnages. Le chanoine de Worms, Jean Ernesti, fit un beau sermon de circonstance. La princesse resta à Bàle dix jours ; elle fit donner des bals et des réjouissances publiques sur la place de Saint-Pierre.
Ibid., p. 389. — 2 Ibid. — Sudan, Basilea sacra. — P. Voisard, p. 218.