‹ Histoire des Évêques de BaleChapitre 79 sur 496 · LA TRÊVE DE DIEU · texte numérisé non relu

LA TRÊVE DE DIEU

Cependant Conrad, ayant fait la paix, se rendit à Strasbourg avec son fils, le roi Henri, et y célébra la fête de Noël (1033). De là, il entra avec une armée par Soleure en Bourgogne. Arrivé le 2 février au monastère de Payerne, il y fut élu roi de Bourgogne par les grands el les petits du royaume et le même jour il reçut la couronne. Le froid excessif de la saison l’empêcha de prendre le château de Morat dont il commença le siège. Les chevaux qui stationnaient dans le camp autour de la place ne pouvaient se dégager du sol où leurs pieds se trouvaient pris par la gelée; il fallut employer la hache pour les délivrer de ces entraves inconnues jusque là. Le froid couvrait le visage des assiégeants d’une couche de givre qui blanchissait la barbe des hommes et en faisait paraître une semblable aux jeunes imberbes de l’armée.

Conrad II retourna à Zurich où il trouva la reine veuve Hermengarcle, Burcard, archevêque de Lyon, frère du roi défunt, et la plus grande partie des seigneurs bourguignons qui avaient dû passer par l'Italie pour lui faire hommage, parce que Eude et Gérold tenaient le pays qui était sur la route ordinaire. 1

L’année suivante, Conrad II réduisit Gérold à l’obéissance, chassa tous les partisans d’Eudes, se fit couronner à Genève et obligea les principaux seigneurs du royaume à le suivre en Allemagne pour s’assurer de leur fidélité. Tandis que ces choses se passaient, l’impératrice Gisèle était à Bâle d’où elle se rendit à Strasbourg pour y attendre le retour de l’empereur. 2

Ces guerres continuelles et prolongées qui, à cette époque, désolaient une grande partie des Etats chrétiens de l’Europe, furent arrêtées pour un temps par la Trêve de Dieu. La papauté fit les efforts les plus généreux pour mettre lin à ces entreprises meurtrières. Sur les instances du pape, l’évêque de Lausanne, Hugues, que l’on disait fils de Rodolphe III, roi de Bourgogne, réunit en 1036 un synode à Montriond entre Lausanne et le lac. 3 II s’y trouva tout le haut clergé de la Bourgogne transjurane, les archevêques de Vienne et de Besançon et leurs suffragants, les évêques de Bâle, de Belley, de Genève, de Maurienne et de Sion, avec une foule de seigneurs et de chevaliers. On y jura la Trêve de Dieu. Toute guerre fut interdite désormais depuis le mercredi au soleil couchant jusqu’au soleil levant du lundi; en outre, chaque année, depuis l’Aveu I jusqu’au huitième jour après l’Epiphanie et dès la Septuagésime jusqu’au dimanche de Quasimodo. De sorte qu’il ne restait plus que quatre-vingt quinze jours environ dans l’année, durant lesquels on tolérait les hostilités. L’observance de la Trêve de Dieu fut jurée solennellement par les seigneurs et les chevaliers. Un peuple immense couvrait la plaine, agitant des rameaux verts et criant : Pax Domini ! Les prélats lurent à l’assemblée une bulle d’excommunication qui serait lancée contre tous ceux qui enfreindraient ce pacte. Les transgresseurs de la Trêve de Dieu ne devaient être reçus à la communion dans aucun diocèse. Les évêques jurèrent de se prêter un mutuel secours pour faire observer cette paix. 4

L évêque de Bâle, Udalric, prit part à cette auguste assemblée et sa voix sé mêla à celle de ses augustes collègues pour annoncer et proclamer la Trêve de Dieu.

1 Ibid, apud Pistorium, t. III. p. 438. = 2 Wippo, Vita Conradi Sal. — Henri. Contract. ad 1033. — Otho Frising, etc. — 3 Montriond — Rotundus mons, est un monticule isolé, à Cour, entre Lausanne ei

le lac, au pied duquel sont deux campagnes, dont la plus ancienne a été habitée par Voltaire et par le médecin lissot. (Dict. de la Suisse par A. de Sprecher, t. II. p. 42.) = 4 Ex chronico Lausann. à la biblio-

thèque de Berne. Cette chronique, écrite par Conon d’Estavaver, prévôt de la cathédrale de Lausanne,

date de 1228.

Page 1