‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 31 sur 158 · Herbert II ... Herberius · texte numérisé non relu

Herbert II ... Herberius

Herbert II ne fut que peu de temps évêque de Coulances : élu vers 1024 ou 1025 , il permuta bientôt après avec Robert, évêque de Lisieux. L'on ignore la cause de celte permutation, formellement contraire à la discipline d alors. Il parait , par les emplois auxquels Herbert fut appelé comme évéque de Lisieux , et les fréquens rapports qu'il entretint avec le duc Richard II et le pape Léon IX , qu'il fut homme d'un grand sens et d'un mérite reconnu. Son mérite était encore rehaussé par la noblesse de sa naissance , car il était proche parent du duc de Normandie.

Coutances devra lui savoir toujours gré de ce qu'il renonça au repos de sa maison de Rouen , pour venir fixer son siège au milieu de son troupeau. La ville de Coutances ne fut pas cependant le lieu de son séjour , car cette ville ne put lui offrir un asile , ce fut Saint-Laut : la maison

episcopale avait été épargnée par les Normans, ou relevé** de ses ruines depuis leur conversion. Il commença dans celle ville les grands cl importans travaux qui furent continués par ses successeurs. Il chassa de Cou lances les chanoines , qu'il avait trouvés illettrés el peu édifions , et saisit leur temporel, jusqu'à ce qu'il en trouvai d'autres plus capables. Hais il s'arrêta tout-à-coup an milieu de ces excel-1 lens projets , et quilla Sainl-Laul pour Lisieus. Le diocèse de Coulantes ne le posséda qu'un an ou deux.

%6 Robert... i Rodhertu*.

La première signature que Ton connaisse de Robert , cil qualité d'évéque de Cou tances , est apposée à l'acte de fondation de l'abbaye de Bernay , à la date de l'an 1027< 11 nous en reste de sa main un grand nombre d'autres apposées à des actes semblables , nous ne relaterons que celle qui se lit à la fin des décrets d'un concile de fcouen , de l'an 1046 ou 1047, pareeque c'est la dernière.

L*on croit que ce prélat était originaire dti diocèse de Coulanccs. Il devait être d'une très-haute noblesse , car les actes des miracles de Saint Wulfran l'honorent du litre de très-noble personne (I) , et réservent cet honneur pour lui seul de tous les évoques de la Normandie. Celle haute naissance n est pas cependant son principal titre à notre recommandation. Il répara les dommages causés par les Normans à la ville de Sainl-Laul, il releva ses tours , ferma les brèches de ses murailles , reconstruisit le palais épiscopal , rétablit l'église paroissiale. Quoiqu'il ne vint pas habiter Coutanceô , celte ville appela cependant sa sollicitude , cl il la prépara

(1) Nobilissimus.

4 redevenir l'habitation de I evêque. C'est lui qui jeta les fondemensdc la cathédrale, ce superbe morceau d'architecture , qui se distinguent parmi les plus beaux monumens religieux , et 4ui offre dans son dome une construction peut - être unique dans l'univers. La première pierre fut posée par la duchesse Gunnor , veuve du duc Richard I et mère de Richard II. Celte princesse donna à cette occasion la terre de Sotteville (1) , pour aider à l'édification.

L'on reproche à Robert d'avoir détourné les propriétés de son église au profit de ses neveux et de ses cousins , auxquels il donna les prébendes saisies par son prédécesseur sur les chanoines dont nous avons parlé , qui consistaient dans les tennemens de Blainville , Courcy , la terre et la forêt de Soûles , et des mains desquels on eut peine à les retirer par la suite.

S'il fut charitable , il ne dut pas manquer d'occasions de faire l'aumône , car son épiscopat fut traversé par une affreuse famine et une peste effroyable. La famine dura pendant les années 1030, 1031 et 1032. Trois ans d'une famine extraordinaire ne suffirent pas pour appaiser la colère de Dieu contre un peuple pervers : la peste devait s'adjoindre à la famine pour comble de désolation. Cette mortalité , que les auteurs du temps appellent le Feu-Sacré , sévit principalement en l'année 1040. Hélas ! les mœurs de ce peuple nouveau converti , ne différaient guère des mœurs de son ancien paganisme. Les gens armés étaient la terreur et le fléau de leurs propres concitoyens ; il était peu de seigneurs auxquels il ne prit fantaisie de se marier à la manière des Danois , ainsi que le dit Guillaume-de-

(t) Terram Radulphi de SoUevilld; aliàs, de Sortosvillâ; aliài , de Fortivilld.

Jumièçes ; le meurtre , le vol , le viol , le pillage à main armée , étaient choses d'usage journalier. Le clergé sorti de ce peuple n avait eu le temps ni de s'instruire ni de se f ormer aux vertus cléricales ; comme c'était une église toute jeune encore , l'observance de la discipline n'était point passée en usage. Tant d'années de paganisme avaient effacé toutes les traditions du christianisme ; Haigrol , roi de Dancmarck , avait amené de nouveaux milliers d'infidèles , qui ne faisaient que de retarder l'œuvre de la conversion. Enfin , la foi chrétienne fut plantée , mais l'ignorance empêcha longtemps la morale chrétienne de s'établir et de produire ses fruits.

Cependant , les églises commençaient à surgir de leurs ruines, les seigneurs faisaient à l'envi des fondations pieuses ; celui , disent les auteurs du temps , qui passait un jour sans faire à Dieu quelque largesse , croyait perdre la journée. En 998 , Richard II de St-Sauvenr-le-Vicomte fonda , dans son château, une collégiale, qui devint plus tard l'origine de l'abbaye de ee lieu. Le contrat de dotation du duc Richard à son épouse Adèle , a la date de janvier 1026 , nous apprend que déjà il existait une abbaye à Portbail , sur la rivière de Géréfleur (*). Ce ne sera cependant qu'au siècle suivant que nous verrons les plus amples et les plus nombreuses fondations.

Vers ce temps, se formèrent les confréries pour l'édification des églises. Les confrères se partageaient entr'eux différentes fonctions : les uns avaient pour emploi de faire des quêtes pour la subvention des autres ; ceux-ci préparaient les matériaux des nouveaux édifices , ceux-là les transportaient, d'autres les mettaient en œuvre. Les membres de ces affiliations étaient liés entr'eux par des vœux temporaires ou

(1) De Gerofluctu,

^orp<*tucls. C'est à ces confréries que Ton doit la consiriic2 tion d'un grand nombre des monumens do l'époque.

Notre évôque Robert mourut en Tan 1048. li signait Hodbertu* Cotutancie.

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