‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 32 sur 158 · Chapitre · texte numérisé non relu

Chapitre

IX'piit* ÎOI» jusqu'en 1003.

Le Siège EpUcopal rétabli à Cou tance*.

Cefpkoi de Mo^tbaat.,.. Geiffridus.

r ^afui Gauffl-idu,, Joffridus, Goitfridut. Godefrùht,

Goffredut. ) ^

C'est ici fini des plus grands évêques dont I église de Coulances puisse s'honorer , el l'un des plus grands hommes auxquels noire pays ait donné la naissance. Issu de Illustre famille de Monlbray ; natif de la paroisse de Mombray, chef lieu du doyenné du même nom , GeflVoi fui promu dès sa jeunesse à l'épiscopat. Un de ses frères lui acheta iVf éV.KJ de Coulances ; il reçut l'ordination à Rouen le 10 «viil 10&9 (1) , de la main de f archevêque Maugcr. Ce cimwnci.cement est la seule tache a l'histoire de noire étêquc , s.ms cependant être personnelle à ce prélat ; car , dans cm concile de Reims , tenu l'année suivante , sous la présidence du pape Léon IX , il aflirma avec serment qu'il avait i-iuré d'abord cette simonie j que quand il l'eut connue , il voulut

(1) Le* registres de la Cathédrale portent : Anno iQW dundfreim tantitm diebus ipsius annirestantibus , id est I V (dut eprilit ind. I Gaufridut Itotomagi conteeratur. Citait 1058. sv' : manière en '•«•'irf: n»-i.^0<9.

s'enfuir , mais que son frère lui avait fait violence. Cette n(* firniation fut adoptée par le suffrage universel du concile ; qui maintint l'évéque de Coulances sur son siège j tout en se montrant plus sévère envers plusieurs autres.

Quelques écrivains ont dit qu'au sortir de ce concile Geffroi suivit à Rome le souverain pontife , qu'U assista au concile de Rome dans lequel Bérenger fut condamné , fnris à la canonisation de fcaini Gérard , étéque de Tulle, qui eut lieu Tan 1050 ; mais tout ceci est avancé gratuitement y car Ton n'en trouve point les preuves* Ce quil y a seule-' ment de certain, c'est qu'au commencement de son épis-' copat il se tendit en Italie, auprès de ses parens , les de* Hauteville , pour en obtenir des secours en faveur de sa! cathédrale. Quelques-uns des enfans de Tancrède, seigneur7 de Hauteville (A) , avaient conquis la Sicile et la Pouille: la Sicile sur les Sarrasins , pour le compie des Grecs , et la Pouille sur les Grecs , pour leur propre compte ) et s'étaient ainsi enrichis des dépouilles des uns et des autres. Aussi donnèrent-ils a Geffroi de très-grandes sommes", tant en or qu'en pierres précieuses , et meubles de grand prix ? ce fut par le secours de ces largesses qu'il put reprendre et continuer avec vigueur la construction de sa magnifique basilique; six ans après, le corps principal élait achevé, et la dédicace e* fut fafic le VI des ides de décembre (1) f avec la pompe la plus solennelle. C'était l'an 1057 (*); ce fut Maurillc , archevêque de Rouen , qui fil la cérémonie ^ en présence du duc Guillaume , de tous les plus grandsseigneurs de la Bretagne (C) et de la Normandie j de tous les prélats , évéques et abbés de la province , et d'un nombreux clergé. Ûaïtt sa reconnaissance poùt ses généreux parens , Geffroi fit ériger dan» le portail du uor*

(1) Le 8 décembre/

tept statues (D) en leur honneur. Nous disons que le corps principal de la cathédrale fut dédié en 1057 j c'est que la croisée (1) n était pas encore achevée , et ne fut dédiée que quelques années plus tard.

Ceffroi de Montbray acheta du duc Guillaume , pour le prix de trois cents livres , la meilleure moitié de Coûtantes et de ses faubourg, avec la moitié du tcrrage; les moulins , et la terre de Grimouville. Il se construisit un palais, il fit deux étangs et deux moulins au bord de la ville. 11 acheta, du comte de Mortaiii la terre du Parc , il la sema en bois , l'entoura d une haie et d'un double fossé , la remplit de cerfs , qu'il avait fait venir d'Angleterre. Il racheta la forêt de Saint-Ebremond , dont il fil un parc , dans lequel il mit des cerfs , des sangliers , des vaches , des taureaux , do* chevaux. Il dégagea Blainvillo et son moulin. 11 acheta de ses frères 1a terre d'Uncey et celle de Crapoli, dans le diocèse de Bayeux. Il reprit aux moines l'église de Saint-Gilles et Ses revenus. 11 obtint ou acquit du duc Guillaume les églises de Cherbourg , de Tourlavilllc, Equeurdreville , Barfleur ; de grands biens dans les îles de Gcrscy , Guernesey , Cerck , Aurigny ; à Ljngrevilje , la terre de l'Oiselière ; une partie des prairies et des forêts du domaine ducal dans le Colentin , avec la dime de la venaison du même domaine ; à Valognes , une terre dans laquelle il sema un taillis , bâtit une chapelle et un palais. Il attacha tous ces biens à son église.

11 fournit sa cathédrale de tous les livres , les vases , les meubles , les ustensiles , les ornemens nécessaires , et tous plus précieux les uns que les autres. 11 avait trouvé cinq chanoines à Coutanccs , il en rappela sept de Rouen ,

(1) On appelle croisée d'une église, la partie qui forme \v% deux bras de la croix.

lcer en adjoignit deux nouveaux , établit un- diantre r un SiKis-cùantre , un écolatre, des clercs, des cuslos. ftoik cOtilcnl d'établir , il veilla au maintien de tout; mais comme il ne pouvait tout faire par lui-même , il se créa un aide dans la personne d'un chanoine nommé Pierre , auquel iC donna le litre et la fonction de son camérier. Cependant iL ne uégUgcaft pas d'entrer par fois dans les plus pctUs détails,, jusqu'à visiter les petites écoles, qu'il avait établies en différeus lieux > il y interrogeait maîtres et élèves , veillait à la probité des uns et à leur bonuc doctrine , en même temps qu'à l'instruction des autres , distribuant par ses propres, mains les récompenses, à ceux qui les méritaient.

Cet homme qui planta des forêts et des vignobles (E) r qui acheta tant de terres, fit tant de constructions, et enrichit son église de tant de biens de toute nature , vivait avec la plus gi andc simplicité : sa table étail frugale % peu abondante en vins , et ses domestiques mangeaient du pain bis. Ce fut celle économie qui lui fournil les moyens de faire tant de choses ; car une grande partie de ce que nous venons de raconter était lait avant la conquête de l'Angleterre : c'està-dire y avant qu'il eût les immenses richesses que lui procura celle conquête.

Quand il arriva à Coutances > il trouva pour église une pauvre masure , dans laquelle cinq chanoines , à peine recoiinaissantes pour des clercs , faisaient un pauvre oflice , sans livres , sans linges , sans ornemens ; pour tout palais , un chétif appentis adossé à celle masure , et pas seulement une écurie pour héberger son cheval. Quel changement dans lieu d'années 1

La ville de Saint-Laul n'eut pas une moindre part dans ses soins et dans son allée lion. Gcffroi acheva son église (*) ,

(I) L'église actuelle de Sainte-Croix.

construisit des moulins , ût bâtir un pont sur la Vire , ù cdlê «le remplacement de l'ancien , rompu par les Norman». Enliii, ce bourg (1) se trouva tellement augmenté par les bons soins de 1 evêque et ses sages améliorations , que son terrage s'éleva de 15 livres à 200 livres <.-\ 11 portail à celte ville une affection singulière. 11 en prenait quelque fuis le nom. Il souscrivit ainsi une charte de donations faites eu Tan 1061) par le conquérant , à l'abbaye de Saint-Denis , ego Goiffridu* episcopus Sancli-Laudi.

Non content de ces immenses aumônes , Geffroi en faisait de quotidiennes : tous les ollicicrs de sa cathédrale étaient à sa charge ; le jour de la dédicace de la croisée , il donna à son chapitre le manoir de Winlcrbourk , situé en Angleterre, valant annuellement 16 livres sierbngs ; ce revenu est le principe de la commune capitulaire En outre il nourrissait en Angleterre cinquante clercs prébendés.

Relatons maintenant quelques-unes des assemblées ecclésiastiques auxquelles assista iwlreévèque : nous avons déjà parlé du concile de Reims , en l'an 1049; en 1055, il assista à deux conciles assemblés à Lisicuxclà Rouen. L'an 1001 , il assista à un concile assemblé à Caeu ; dans ce concile fut portée l'ordonnance desonner la cloche à la chute du jour, pour avertir chacun d'éteindre son feu ; c'est l'origine du couvre - feu des Anglais , Guillaume leur ayant importé et imposé cet usage. 11 assista pareillement à l'assemblée de Lilleboiuie , de 1066 , dans laquelle fut résolue l'invasion de l'Angleterre , et il en fut uu des principaux moteurs. 11 assista

(1) C'est l'expression de «c registre de la Cathédrale , («imposé par un clerc qui avait été sacristain de Geffroi , et duquel uous avons traduit presque tout ce qui précède.

(2) Sous Louis-le-Gros , qui commença à régner en 1108, le terrage de la ville de Paris n'était que de 24 livre*.

au concile de Londres, en Tannée 1075, et à trois autres flans le même royaume; il en souscrivait ainsi les actes: Moi Geffroi (*) , évèque de Coutances , et l'un des primats d'Angleterre , je souscrit- En 1077 , il fut présent à la dédicace de l'église Saint-Etienne de Caen , et il y fit ses offrandes parmi les seigneurs et les prélats qui se trouvaient à cette cérémonie. J-'an 1082 , il assista à la dédicace de l'église de Mpr^ifli qui fut fajte par l'archevêque de Rouen, Gui!- Ijumç Bpnpe-Ame, en présence des deux fils du conquérant , Guillaume et Henri , et d'une brijlanie assemblée des prélats e\ des nobles de la province.

L'épiscopat de Geffroi de Montbray vit surgir de leurs ruines plusieurs de nos anciens monastères , et de nouveaux s'élever en plusieurs lieux. En 1049 , Néel fonda une abbaye de Bénédictins en i lace de la collégiale établie précédemment en son ciiàleau de Saint-Sauveur ; plus tard , c'est-à-dire en 1067, ce premier emplacement étant devenu trop étroit pour le nombre des moines , il faltyt la transférer au lieu où elle fat depuis. En 1056, Ricliard-Tnrstin-Halduc , Emma , sa femme , et Eudes-au-Capet , leur fils, fondèrent l'abbaye (Je Lessay , que les plus riches familles du pays : les Saini- Jean , les La-Haye , les Bobon, les Bricqueville K les d'Aubigny , enrichirent ensuite à l'envi. En la môme année , l'abbaye de Saint-Laut fut rétablie , et confirmée en celte qualité par le duc Guillaume.

Vprs le même temps fut fondé le prieuré de Broquebeuf , origine de l'abbaye de Blanchelande ; plus Urd , Richard-de-la-Haye et Mathilde de Yernon , son épouse , enrichirent les moines et les transférèrent dans la Blanche- Lande , d'où l'abbaye prit son nom. En 1070 , Hugues d'Avran-

l Ego GoiflTridus episcoput Constanticnsis ctunusdepri^ yatibus Jwjlurum his consenti.

ches, comte deChcster, releva l'abbaye de Sainl-Seves., dont Asselin , moine de Jumiège , fut élu abbé. Vers 1090,, Richard de Reviers , de Néhou , seigneur (J? l'ile (Je Wigt ^ construisit l'abbayp de Montebourg , fondée précédemment par le Conquérant , et à laquelle Çuillaume-le-Roux donna; la ville de Montebourg , les foires et marchés du lieu , les moulins , le drojt de police aux foires et marchés , et , dans^ tout le pays soumjs à sa domination , 1 expmp.lion o)es droits de péage , passage , poniage , coutume en, foire et marché , sur terre et sur mer , et le droit de prendre dans la forêt da Jieu le bois nécessaire pour former des clôtures , brûler ^ bâtir e^ tout aufye usage (l). Levêque consacra ces divers, élablisseraens par sa présence , par ses largesses ou jpar scs^ encourageuiens.

Suivons maintenant notre prélat dans, sa carrière polilk que , et , après avoir vu un évéque charitable et zélé , nous, verrons un guerrier valeureux, un ministre fidèle. L'un des approbateurs et des moteurs de la guerre d'Angleterre , il suivit à la conquête le duc, son ami, et l'y aida de ses prières,

de ses conseils et de ses armes. Avant la célèbre bataille de Haslingsl*), qui décida du sort de l'Angleterre , il céle> bra la messe , à laquelle communièrent les principaux d'entre les chefs ; il bénit l'armée , puis , revêtant sa cotte de mailles, et saisissant ses armes , il s'élança dans les rangs , parmi les guerriers les plus intrépides. L'histoire ne uous a pas con-.

(1) Le péage était un droit perçu sur Jes marchandises, a l'en-, trée des foires et marchés. Le passage était un droit qu'on payait pour passer la mer , ou traverser une rivière en bateau, L'on payait le droit de pontage pour passer sur les ponts établis le Iqng des grandes voies de communication. De. là viennent les noms do Pont-au-Rot, de JUa^quc-au-Key , etc. ^ gue ion trouve fréquemment dans la Normandie.

(3) Autrement appelée, par Orderic, de Senlac,

«erré la mémoire des grands coups d epéc qu'il donna dans la mêlée , elle nous dit seulement qu'il se comporta vaillammeul(l). Après la victoire, il suivit à Londres le duc Guillaume, il assista à son couronnement , et y remplit les fonctions de chambellan pour les étals de Normandie.

Lorsque le conquérant fut rappelé dans son duché pour quelques affaires , il laissa levéque de Coulanccs à la tête de ses milices, et s'en trouva bien. En 1067 , les Danois descendirent en Angleterre , les habitans du Dorset et du Sommerset se joignirent à eux , mais Geffroi les attaqua et les battit complètement devant Montaigu. Plus tard , Roger de Brettevillc, comte d'Héréfori, les comtes de Suflbrk et de Norfolk , et plusieurs autres seigneurs , ourdirent une trahison , qui avait pour but de chasser Guillaume de 1* Angleterre; Geffroy découvrit la trame, battit les conjurés, les poussa , les força de s'enfermer dans Norwick , où il les assiéga et les prit par capitulation. La découverte de la conjuration > la guerre, la victoire, le siège, la capitulation , tout était terminé au bout d'un mois. Il fit , contre tant les Danois , que contre les Anglais , bieu d'autres faits d'armes , dont f histoire ne nous a conservé qu'un souvenir général. En récompense de ses belles et nombreuses actions , le conquérant lui donna en propriété deux, cent quatre-vingt terres seigneuriales.

Ordcric Vital , dans un moment d'humeur , a dit de cet évoque qu'il était « plus distingué par ses talcns militaires, » que par ses vertus cléricales, et qu'il savait mieux ranger » des soldats en bataille , qu'instruire des clercs ensouta- » 7i es (-■■ à chanter les louanges de Dieu : » ce blâme n'est pas mérité , car Guillaume de Poitiers , qui le connaissait

(1 j C'est l'expression d'Orderic Vital.

;2 Ce mol appartient à la traduction publiée par M. Guizot.

personnellement , el qui , par conséquent , pouvait en parler avec plus de vérité , le compte nomminalivement au nombre des évéques « distingués par l'excellence d'une grande gém- » rosité , l'illustration des vertus sacerdotales el la sévérité • d'une probité bien connue. •

Tant que sa présence fut nécessaire aux affaires du conquérant, il resta en Angleterre; lorsque tout fut soumis et paisible , il revint dans son diocèse. II y était lorsqu en 1087 Guillaume mournt à Cacn , et il eut la douleur d'assister aux tristes obsèques de ce généreux ami (G).

Bientôt après , il repassa en Angleterre , mais sa présence n'y fut pas longue : il y éprouva tant de disgrâces, qu'il se vit obligé de revenir en Normandie , s'eslimanl heureux peutêtre de pouvoir échapper par la fuite. Le temps des jouissances était passé pour lui , sa vie politique devait se terminer au milieu des contradictions. En mourant , Guillaume avait légué à Robert, son aîné, ses états de Normandie ; à son second , Guillaume surnommé Leroux , sa couronne d'Angleterre ; Henri , son cadet, eut pour sa part cinq mille marcs d'argent, que devaient lui payer ses frères. Cet ordre, de succession déplut à Fcvôque de Cou lances, qui fil une ligue avec Robert Bigot , Hugues de Grenl-Mcsnil , Bernard de Neuf-Marché et quelques autres seigneurs , pour rétablir ce qu'ils appelaient l'ordre de primogéniture , en donnant à l'ainé la couronne royale et la couronne ducale au second. Mais cette entreprise ayant fini honteusement pour les ligueurs, ils furent contraints de repasser en France. Cependant , Guillaume-le-Roux conserva assez de respect et de reconnaissance envers le vieil ami de son père pour ne pas confisquer les terres qu'il avait reçues de sa munificensc. H les laissa donc en mourant à son neveu , « llo- » bert de Monlbray , homme de grande taille , fort , noir et » velu , audacieux et fourbe , ayant le regard triste el sévère ,

* mais qui ne devait pas tes conserver long-temps , à cause » de sa méchanceté et de sa témérité. • ( Ord. Fit. )

Geflroi n'était guère [plus heureux en Normandie qu'en Angleterre, car il eut le malheur de ne pas vouloir reconnaître pour maître Henri , le jeune des lils du conquérant , <jui avait acheté de son aine* , pour le prix de cinq mille cinq cents marcs d'argent (1) , le comté du Cotentin , (fui formait^ disent les auteurs du temps., le tiers de la Normandie. Mais ces deux princes laissèrent le vieillard en rçpos dans son févéché , à condition qu'^l s'y tiendrait lui-môme.

Puisque dorénavant sa vie politique est terminée , suivons flans sa vie privé$cet homme si extraordinaire al qui va le devenir encore d avantage. Doué d une taille majestueuse et dune beauté distinguée, Geffroi de Montbray était d'un abord facile, dune douce conversation} simple dans ses mœurs , peu somptueux dans sa table et dans ses yétemens. Chaque année il observait trois carêmes , pen4aUt deux des^ quels il jeûnait au pain et à l'eau le mercredi et le vendredi de chaque semaine. Les autres jours , il n'ajoulail a celle nourriture qu'un plal d'herbes crues. H jeûnait de même tous les vendredis de l'année. Pendant le carême d'avant Piques , il jeûnait au pain et à l'eau trois jours de chaque semaine , et assistait tous les jours aqx matines de la nuit et aux vigiles des défunts \ ensuite il disait une longue messe (2), et chantait tout le psautier, avec beaucoup d'oraisons. Chaque jour , il donnait largement à dîner à treize pauvres , non compris ses clercs prébendes , qu'il entretenait totalement et dont il avait jusqu'à 50 en Angleterre ; soit à la cour , à l'année où dans son diocèse, il pe changeait rien à ces usages.

(1) Valeur actuelle de 275,000 francs.

(2) Mitsamwe non brevçm*

Ën l'an 1091 , le jour des nones dé décembre (1), un Violent tremblement de terre , accompagné d'orages , ébranU la cathédrale , lésarda les tours , et la foudre emporta le coq doré , qui était sur le dôme. Le bon vieillard , alors alité par le grand âge et tes infirmités , «te voulut cependant s'en rap* porter qu'à lui-même du soin de réparer sa belle église , et donna aussitôt les ordres les plus prompts. Lorsqu'un beau coq doré , pareil au premier, eut été replacé sur le domcy il se fit lever sur le coude dans son lit pour le voir , et cette Vue le récréa singulièrement.

Il languit éncore long-temps ; mais énfin. Sentant que l'heure de mourir était venue , après avoir fait sa confession pu-^ bliquc , et une pénitence proportionnée à ses forces , il mandai un notaire et fil son testament. Le jeudi soir * premier jour de la lune , quatre des nones de février , Tan de l'incarnation 1095 il rendit son âme k Dieu.

Cinq jours avant sa mort, un moine de Cerisy en avait eu révélation j et avait vu son âme emportée au ciel par les anges , et adoptée par la Sainte Vierge , envers laquelle lé bon prélat avait toujours eu une tendre dévotion.

Eudes * éVéque de Bayeux j Michel , évoque d' Amoches j Guillaume, évéquede Durham; GiUebert, abbé de Saint* Etienne de Gaen ; Roger, abbé de Lessay; Roger, abbé de Montebourg j qui étaient venus le visiter dans sa maladie , célébrèrent ses funérailles. 11 fut enterré dans le chœur de ta cathédrale, près de l'autel (3) (H),

(1) Lé 5 décembre.

(2) Le 2 février 1094 , selon* notre manière actuelle de compter.

(3) Plusieurs àuteurs disent qu'il fut inhumé sous la gouttière de la Cathédrale , comme son humilité l'avait porté à le demander/

TABLEAU DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE

DUCS DK NORMANDIE.

COMTES DU COTKM-I*.

ÉVÉHEMEKS MÉMORABLES.

iàuillaiime II,

Robert, frère

1064. Harald vient au Co

tlit le Con-

du conqué-

lenlin, faire hommage à (Guil-

quérant.

rant.

laume de la Couronne d'An-

Robert III.

Henri , fils du

gleterre.

conquérant.

1066. Bataille de Hastings

et conquête de l'Angleterre.

ATofcs,

<A) Tancréde , seigneur de Ilautevllle , pré» Cou lance» , eut douze fils : Guillaume, surnommé Bras-de-Fer, Drogon , Hunfrey , Gcffroi , Seerlon , Robert , surnommé Guichard , Herman, Maugcr, Auvrey , Ilumbert, Tancréde et Roger. Tancréde, l'un des plus célèbres parmi les croisés, a été immortalisé par le Tasse. Guichard a laissé un nom qui passera pareillement a la postérité la plus reculée. Les auteurs ignorans de noire langage bas - Normand disent Guiscar , mais c'est une erreur; il faut écrire Guichard : ce mot vient de guicher, qui veut dire cligner d'un œil ; on dit dans le même sens guigner et guincher. Un guichard est celui qui regarde du coin de l'tpil.

Guillaume- Bras-de-Fcr passa le premier dans l'Italie , qu'il remplit bicnlol du bruit de ses faits d'armes ; Drogon et Hunfrcy t ses deux frères de mère allércut le rejoindre. Ces trois preui,

après avoir fait plu» que u*cùl pu faire la plus belle armée en faveur des princes de Capoue et de Salcrne , engagèrent leurs services à l'empereur de Conslantinoplc, qui les envoya en Sicile, pour en chasser les Sarrasins. Ils l'eurent bientôt fait, mais les Grecs leur refusant leur salaire , ils se firent repasser en terreferme , et en peu de temps il enlevèrent à ceux-ci la Pouille , dont Guillaume-Bras-de-Fcr prit aussitôt le titre de comte. Quatre de tours frères étant allés les rejoindre , ils étendirent leur conquête et y ajoutèrent la Sicile. Telle est l'origine du royaume de Naples-et-Sicilc , dont la postérité de ces preux chevaliers conserva le tronc jusqu'en 1195.

(B; Les registres disent anno 1050 indictione X. Mais comme ils ajoutent que la cérémonie fut faite au mois de décembre , la x.' indiction , à cette époque, ne peut convenir qu'à l'an 1057. Ils disent ailleurs que la guerre d'Angleterre se fit la neuvième année en suivant; or, ayant eu lieu l'an 1060, en rétrogradant, la neuvième année se trouve encore être 1057 : il y a donc erreur dans l'indication ; et non dans l'indicliou.

(C i Quand r0| obtint le duché de Normandie , le roi de France y ajouta la Bretagne en mouvance directe ; ainsi cette province reconnut pour souverains les ducs de Normandie , et ne fut plus qu'un arriére-flef de la couronne de France.

(D) Quelques auteurs disent treize statues; mais ceux qui les ont vues en place n'en relatent que sept. 11 serait digne des habitans de Coutanccs d'ériger de nouveaux simulacres en l'honneur de ces hommes généreux. Quoi de plus national pour Coutances que la cathédrale et les fils de Tancrédc?

(K) L'auteur de la vie de Geffroi de Monlbray, dont nous avons rapporté presque toutes les paroles, nous apprend que ce prélat planta des vignobles; ce n'est pas le seul fait qui nous révèle l'existence du vin indigène dans notre pays: le duc Richard II en mouraut.avait donné des vignes à l'abbaye de Fécamp ; la charte de fondation de l'abbaye de Cerisy , en l'an 1030, assigne ;i cette maison des terrains pour être plantés en vignes. On trouve de pareilles donations à la fondation de beaucoup d'autres ab-

llyes ie noire province. Le pommier, que plusieurs croieâi tl'orlgine Normande , viendrait-Il donc , comme quelques autre* l'ont cru, de l'Espagne, et aurait-Il chassé la vigne de notre pays?

(F) L'on àpbeîalt comrtbrte captlulaire ; dés biens de différent^ nature , dont la propriété appartenait en commun au Chapitre; et dont les revenus se partageaient jour par jour.

(G) Aussitôt que le conquérant fui mort ; set meubles furent pillés par aëi courtisans et seS valets, qui le dépouillèrent luimême i le laissèrent ntid et s'enfuirent: Il ne relia personne pour Veiller auprès de lui ; et lorsqu'enfln l'on eut trouvé assez de bras* foour lui rendre le service suprême } àprèH <rue l'office eut été chanté t avec une eilréme précipitation ) à cause d'une odeur Infecte qui remplissait l'église ; et que des tourbillons de fuméè d'encens në foouvalénl faire disparaître ; car on l'avait rompu eri le pressant dans son bercueil beaucoup trop petit * un bourgeois" de Caen s'ofrposa , par clameur de haro (i) , a l'inhumation , jusqu'à ce qu'on lui eût payé le lerraMn dans lequel dn allait déposer labicrre ; llfalldi bien le faire «puisque la réclamation était juste: Ainsi donc le possesseur de deux couronnes pedSa manquer pour Sa sépulture d'un drap , d;un cercueil, d'un pré ire, dune fosse et de bras pour l'y descendre!

(H) Bisson donné pour arme» h GeftYoi deMbiitbray , de Gueo^ les au lion d'argent. Nous ne savons à quelle source 11 a puisé celle particularité.

(1) La Clameur de haro était une formule par laquelle les Nor- ; en appelaient a leur fluc , de toute injustice qui leur était laite. Etablie par le duc Raoul i dont elfe tire son nom ; elle suspendait aussitôt toute action côftïmericéè, et s'employait contre toutes sortes de personnes , même conirë le roi de France. Ccsta quoi nos rois firent allusion dans foufs ordonnances, flèpuis la réunion de la Normandie i la couronné, en y insérant toujours cette clause , et ce non obstùnt cianteUr de harù.

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