Chapitre
nepala 1003 Juwquen ils*.
hAOUL. - AOGER. - RICHARD Î)Ë BRÏXï
i> Raoul. Radulphu*.
(Rodulfus, )
Après la mort du bon Geffroi , Ton choisît pour lui suc* céder l'un de ses archidiacres , du nom de Raoul kr cet arrhiuiacië y était d'autant plus apte , qu'il avait plusieurs fois gouverné le diocèse en qualité de vicaire général , pendant l'absence de l'évéque. Il fut sacré à Rouen , le tu des nones d'avril, 1093 , le samedi veille de la Passion (1). Lé premier soin de ce prélat fut d'ordonner un service pour le repos de l'âme de son prédécesseur ; il lë rendit ensuité annuel pour tout le diocèse * et le fixa au tu des nones de février. En ce jour , chacun des chanoines dut donner1 aux léproseries sa part de la distribution canoniale , et aux pauvres un pain cl sa part des revenus du manoir de Winterbourk.
L'épiscopat de Raoul fut traversé tout entier jttr tttlé
(1) Scion notre manière de compter, ie 3 avril 1004. geloh* l'ancienne manière ce n'était encore que 1003 , puisque t'annéti ne devait commencer que lr jour de Pâques suivant
succession incessante de petites, guerres , qui se faisaient de paroisse à paroisse , de château à château ; à ces guerres de meurtres , d'incendie , de brigandages, se joignirent de» guerres civiles d une plus grande portée ; de sorte que le pauvre peuple se trouva plongé dans une misère dont l'exposé paraîtrait à peine croyable. L'église , toujours attentive au soulagement de ses enfans, institua contre cet abus la trêve de Dieu : c'était trop peu , mais on ne pouvait faire davantage ; celui qui rompait la trêve encourait l'excommunication. Celte trêve était un temps pendant lequel il n'était permis à personne de guerroyer. La trêve de Dieu existait depuis le dimanche d'avant le carême, jusqu'au lundi d'après l'octave de la Pentecôte ; depuis le mercredi d'avant l'Aven t , jusqu'après l'octave de l'Epiphanie ; pendant toutes les semaines de l'année , depuis le mercredi soir jusqu'au lundi malin ; tous les jours des fêtes de la Vierge , des Apôtres , et des vigiles des unes et des autres ; à perpétuité pour les clercs, les femmes , les religieuses , les pèlerins , les marchands t les laboureurs , et toutes les choses à eux appartenantes ;
• de sorte qu'en aucun jour que ce fût , personne n'osât les
• attaquer , les dépouiller , les prendre , leur causer quelque » dommage. » Celte trêve , souvent mal observée , fit cependant beaucoup de biens , etprépa ra la voie a de plus grands encore. Elle avait été établie dans un concile de Clcrmont, présidé par le pape Urbain II ; elle fut adoptée telle , et de nouveau promulguée au concile de Rouen , tenu en février 1096 , sous la présidence de l'archevêque Guillaume-Bonne- Ame *r notre évêque Raoul y fut présent , et en signa les décrets.
Pendant l'épiscopat de Raoul , mais surtout en l'an 1100 et 1101 , le Saint moine Bernard d'Abbcville parcourait le diocèse, prêchant contre les mœurs détestables du temps, avec toute la ferveur cl la sainte liberté que donnent au zèle la conscience pure et l'autorité d'une vie exemplaire. L'uis-
loWe a conservé le souvenir d'un sermon qu'il fit dans la cathédrale de Coutances ; il n'entre pas dans nos plans de le rapporter , nous dirons seulement que pendant le discours , les partisans des mauvaises mœurs, au nombre desquels était un archidiacre de l'évéque , s'élevèrent avec un grand Scandale contre le prédicateur j mais que bientôt convaincus et pénétrés par son éloquence , ils s'appaisèrent , et 1 archidiacre lui-même le protégea contre la sédition qu'il avait excitée. Bernard , natif d'Abbeville , ami du bienheureui Vital , de Morlain, et de Saint Robert d'Arbrissel , fondateur de Fonlevrault , se fil moine de Sainl-Cyprien de Poitiers j il se relira , quelques années plus tard > dans file de Chausey, pour éviter les poursuites de ses confrères, qui voulaient le faire leur abbé. Il le devint enfin malgré lui , et assista , en cette qualité , au concile de Poitiers * de l'ad 1100 ; ce fut aussitôt après , que , quittant de nouveau son monastère, il vint parcourir en missionnaire le diocèse dé Coutances. Il se retira une seconde fois a Cbausey ; il nf mourut pas * mais à tiron , dont il fonda l'abbaye.
Orderic nous a conservé le souvenir d'un sermon , plus fameux encore , qui fui prononcé dans l'église de Carëstan , ïejour de Pâques, de l'an 1106, par Serlon , évéque de Séez : voici qu'elle en fut l'occasion. La Normandie était déchirée par les guerres intestines dont nous venons de parler ; le duc ne prenait aucun soin d'y mettre ordre. Henri 1 , roi d'Angleterre , était à Carenlan avec toute sa cour j l'évéque de Séez , chassé de son siège , par suite de ees guerres , vint l'y trouver. Quand le roi et sa suite entrèrent dans f égHse , pour y célébrer la Pàque , elle se trouva encombrée des meubles et des ustensiles que les pauvres paysans y avaient apportés 1 comme en un asile d'assurance , pour les soustraite au brigandage des gens armés. Animé par cet aspect , et se sentant inspiré d'un zèle brûlant , L'évéque demande à haran-
guer Rassemblée ; il se place en face des princes , s'agcnouilfe enlre deux cercueils , et dans celle posture , prononce une allocution que tout concourt à rendre plus frappante. 11 tonne d'abord contre le duc de Normandie , qui souffrait ces dé^ «ordres ; ce premier point obtint un plein succès : il fut ré-' solu par acclamation que la guerre était déclarée au duc , et qu'il était déchu de son duché ; comment eût-on résisté à tous les témoignages de récriture et des pères que citait l'o-*' râleur, pour montrer que Robert devait être immédiatement dépouillé ? Il chercha ensuite la cause de la colère du ciel contre la Normandie : il la trouva dans les mauvaises mœurs de seshabitans ; ainsi, dans un second et nn troisième point, H tonna contre le luxe , cause et indice des mauvaises mœurs. Le second point roula sur les longues barbes et les longs cheveux , qui étaient alors à la mode : il fut amplement démontré que rien nélait plus contraire k l'écriture et aux pères; la preuve porta jusqu'au fond des cœurs la conviction y et , qui plus est , la persuasion ; car , au sortir du sermon y le prédicateur tondit le roi , et les courtisans se rendirent le» uns aux autres le même service. Le troisième point roula sur la chaussure des femmes , qui s'appelait des pigaces , et dont le bec allongé , eftilé , contourné , ressemblait à des queues de scorpions , ou plutôt encore , à la queue des sauterellesqui désolèrent l'Egypte sous Pharaon. Le prédicateur ne fut pas sans doute moins abondant , mais l'historien ne dit passi les femmes furent dociles.
Revenons à notre évéque : nous connaissons sa présence à> un concile de Rouen, de l'an 1106 , tant par sa souscription f que par une longue narration , qu'il y fil à ce même Serlon f dont nous venons de parler j car c'était un vieillard d'une grande sagesse, et l'oracle de ses confrères. Raoul alla donc le trouver , et lui raconta qu'il y avait à Cou lances une antique église , érigée en l'honneur de l'apôtre Saint Pierre r
qui avait de tout temps été illustrée par de fréquens miracles , mais qui était devenue plus célèbre encore par celui-ci, opéré depuis peu. Une religieuse, qui demeurait dans un appartement attenant à cette église, avait vu souvent des cierges allumés descendre de la voûte , sans le secours d'une main d'homme. Elle en avait même éteint , et ramassé , qui s'étaient trouvés consumés dans son coffret, sans y avoir communiqué l'incendie. Enfin, le jour de ta dernière fête Saint-Pierre , trois cierges fort-gros descendirent ainsi tout allumés , et restèrent suspendus en l'air , sans être supportés par rien ; ils brûlèrent pendant tout le temps de l'office , et ne fui ent totalement consumés que le lendemain au lever de l'aurore. Toute la ville accourut à ce spectacle , tout le peuple. put les voir ainsi pendant un jour et une nuit. Celui du milieu était carré : il portait sur ses côtés une écriture annonçant des punitions et des vengeances du ciel , tous les clercs et les hommes. lettrés purent la lire à leur volonté.
Le concile fut épouvanté de ces récits de l'évèque de Coutances ; et l'historien remarque qu'en effet la Normandie ne tarda pas à se trouver affligée de graudes calamités. Des guerres , des tempêtes , des famines , des pestes h la mort de l'évèque , qui suivirent , en se sucaédaut à petits intervalles , servirent d'explication à la prophétie (*).
Nous trouvons un acte souscrit de la main de Raoul , en la même année de la tenue du «ouwile de Rouen , c'est-àdire 1106 : cet acte est une donation du prieuré de Pirou à l'abbaye de Lessay. Pendant son épiscopat , Laetitia , femme de Jourdain Tesson , fille de Néel de Saint-Sauveur, fonda le prieuré de la Coupperieà La-Colombe, et celui de Cel-
(1) Cette église Saint-Pierre , dont il est quetHon dan» le récit de Raoul , n'est pas l'église actuelle : celle-ci fut construite à la lin du iôV siècle.
souêf, àSaint-SaBvcup-le-Vicomlc ; Adam de Brii , eeW de SainlWôUvin, à la Luluumière ; Roger de TurqueviUe , celai de SaiDter-CroU , à Virandeville ; Riebardde Reviers fonda une église , ou chapelle , en l'honneur de la Sainte Vierge, dans son château de Neliou.
Raoul mourut l'an 1109 ou 1110 , ei eut pour successeur Roger,
% Roger Rageriim* ( Rogerus.)
Nous ignorons quel élail ce Roger, mais il y a toute apparence qu'il était des premières familles du pays, car il perdit au naufrage delà Blanche-Nef, dont nous entretiendrons bientôt nos lecteurs , son (Us , son frère et trois ne-* veux } or, c'était la fleur de la noblesse de Normandie qui s'était embarquée sur ce malheureux vaisseau, Roger avait été marié avant de devenir évéque de Coutances.
La Normandie avait trois dues de nom , et était partagée en deux grands partis t le parti de Guillaume, fils du roi d'Angleterre , soutenu par «on père , et le parti de Guillaume, fils du duc Robert, soutenu par le roi de France. Ainsi , la guerre civile et la guerre étrangère y étaient toutà la fois flagrantes* Il n'en faut pas la ni pour ruiner une province ! Et encore un légat du pape Gelaso II vint en 1118 , à un concile de Rouen , demander de l'argent pour soutenir son maître maltraité , chassé de Rome , par la faction des Frangipani. Les évêques , du nombre desquels était Roger , répondirent que la Normandie était pour le moins autant a plaindre , qu'ainsi , elle n'avait pas moins besoin d'argent que le souverain pontife. Le légat fut obligé de se payer de cette réponse,
L'année d'après , Roger assista au concile de Reims , et y noria la parole au nom des malheurs de la Normandie, en présence du pape Calixle , de quinze archevêques et de plus de deux cents évêques. Malgré les efforts de l'archevêque de Rouen , son éloquence Ut proclamer la fin de la guerre ; mais en vain , et il ne vit pas celte paix , objet de ses désirs et de ses travaux, car il mourut en 1123 , et le roi d'Angleterre devait prolonger doiu
vince.
Nos évéques avaient dans l'enceinte de leur château de Saint-Laut une chappelle appelée Sainte-Maric-du-Chaslel ; Roger la rétablit à neuf. Celte dernière est l'origine de l'église actuelle de Saini-Laut , qui n'a été conduite au point où elle est que par des constructions successives. La première des deux tours et le portail ne furent achevés qu'en 1630, l'autre tour fut faite cinq ans plus tard, des dons des habitans , qui lelevèrent pour la régularité de teur église. ' En 1117 , la chapelle du château de Néhou fut changée en collégiale. Les registres de la cathédrale nous apprennent qu'il existait un monastère à Saint -Cosme-du-Mont. Le procès-verbal de la levée des reliques de Saint Gaud nous fait connaître qu'il en existait pareillement un à Saint-Pair , sur la colline voisine de l'église.