‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 34 sur 158 · Richard de Beix · texte numérisé non relu

Richard de Beix

( De Bruis , De Bruère , De Èrinx , De Brus. )

Riehard , natif , selon toute apparence , de la paroisse de Brix ; issu de la noble famille de ce nom , qui donna des rois à l'Écosse , desquels le célèbre Robcrt-d«-Bruce fut le premier , dont descendaient et dont héritèrent les Sluarts ,

*uccéda , Tan 1124 , à Roger sur la chaire épiscopab de. Coulanccs.

En cotte même année , il consacra l'église de l'abbaye de. Savigny , en présence de. Turgis , évêque d'Avranches ; de. . Richard , évéque de Bayeux ; de Jean , évoque de Seez $ de HHdebert , évoque du Mans. L'an 1125 , il autorisa la donation faite par Renaut de Carteret , seigneur de celte paroisse , à l'abbaye du Monl-Saint-Micbel , de l'église de, Carteret et de la chapelle Saint-Ouen-de-Jersey, L'abbé qui reçut celte donation et qui était le treizième , se nommait Richard de Méré ; il avait pris l'habit religieux et prononcé ses vœux dans le couvent de Saint-Plancheis , où il retourna finir ses jours : il y mourut le 12 janvier 1131. En, la mémo année 1125 , Guillaume , fils de Hamon , fonda, à Jersey , l'abbaye de Sainl-Hélier , qui fut réunie soixantedeux ans plus tard à celle de Cherbourg , et dans laquelle il ne resta que cinq chanoines pour le service. En 1129 , Richard I assista au concile de Rouen , qui fut présidé par Mathieu , évoque d'Albe et légat du Pape. En 1131 , il visita le corps de Saint Gaud , dont une foule de miracles avaient révélé le tombeau. Le saint corps fut trouvé intact dans son sarcophage ; c'était plus de six cents ans après sa, sépulture.

Richard I mourut peu après , et en la même année. Il fut • Inhumé à la cathédrale , dans la chapelle Saint-Sébastien.

On lui donne pour armes : d'or , au sautoir de gueules v au chef de même.

O Icmps ! O mœurs ! Nous n'osons retracer les tableaux que nous en ont laisse les auteurs du temps , et particur liçrpiucut Orderic Vital.

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Le Naufrage de la Blanche - Nef.

C'était le VII des calendes de décembre , ( 25 novembre) de Tan 1120. La France était désolée , ses villes et ses châteaux étaient en cendres , ses hommes d'armes étaient vaincus , ses armées étaient détruites; les champs ravagés ne produisaient plus de récoltes } la faim , la misère , les maladies , les larmes, étaient partout. Henri I , roi d'Angleterre , l'auteur de tous ses maux , se disposait à la quitter. Guillaume, son fils légitime, et deux de ses autres enfans, l'accompagnaient. Ses navires l'attendaient dans le port de Barfleur.

Tout étant prêt pour lo départ , Thomas , fils d'Etienne , fils d'Airard , nautonnier du port de Barfleur , aborda le roi et lui dit , en loi présentant un marc d'or (*) : « Sire , mon

• père eut l'honneur de porter dans son navire le conquérant , » votre père , quand le bonheur lui donna la victoire contre

• Harold , et depuis fut continué en la qualité de pilote royal : » je sais , ou peu près, aussi bien les routes de la mer que » lui , et tiens tout prêt un vaisseau qu'on appelle la Blanche- » Nef, pour vous servir en cet ofifice, duquel je supplie votre » majesté m'honorer. *

Le roi lui répondit qu'il en était satisfait , mais que pour cette fois il avait pris d'autres dispositions qu'il ne changerait point; cependant il ajouta qu'il lui confierait ses enfans, avec un grand nombre de personnes dune haute noblesse , en lui

(1 Valww actuelle, 4« 783 livres 2 sous \ deniers.

recommandant de les bien conduira. Les matelots , réjouis 4e celte faveur , vinrent trouver le jeune prince , et lui demandèrent le vin des compagnons. Il commanda qu'on leur eu délivrât trois muids.

Cependant Henri s'eiu|>arqua et fit embarquer ses gens^ C'était au soir , la mer était houleuse , [l'air IVullk. et froid , le ciel sombre et brumeux , le vent était en poupe et la marée favorisait le départ. Le lendemain , avant le jour , on devait aborder de l'autre côté du détroit. Le navire du roi , ouvrant Ja marche , flotta bientôt en pleine mer.

Guillaume , fils légitime ; Richard et Adèle , son frère et sa sœur ; le comte de Chester et la comtesse , sa femme , pièce de Henri ; seizç autres dames , toutes tilles , sœurs , nièces ou femmes de rois et de comtes ; Olwer , frère du comte de Clicster , Gilleberl d'Hiesmes , le jeune Thierry-", neveu de l'empereur d'Alleniaguc ; deux jeunes fils d'Yves de Grcnl-Mesnil et Guillaume de Redoleul , leur cousin ; Guillaume , fils de r\ogcr , évêque de Cou tances , chapelain du roi , et trois autres chapelains ; le frère du même évêque et trois neveux d'un rang dislingué,que 1 evèquc avait bénis poulificalcment , et qui s'en étaient moqués ; R^onl Leroux , Geffroi Ridel , Robert Mauduit , Guillaume Bigot , Guillaume de Pirou , écuyer tranchant , Hugues de Moulins ; en tout % cent soixante personnes de qualité , cent cinquante soldats , cinquante matelots et trois pilotes, s'embarquèrent sur la, Blanche-Nef,

Presque tous étaient ivres ; beaucoup avaient totalement perdu la raison. Les prêtres vinrent pour bénir le navire à son départ : arrière , arrière les prêtres et leurs clercs , cria le jeune prince , et toute sa cour accompagna ces paroles impies de grandes huées et d'éclats de rire. Descendons , quittons celte jeunesse folle cl maudite de Dieu , se dirent deux moines 4e Tiron , Etienne , comte de Mortain , avec deux

thèvatiers ; Guillaume de Roumare , le chambellan Rabel ; Edouard de Salisbury , ei plusieurs autres ; ils descendirent ei s'embarquèrent sur un autre navire.

Au signal donné , chacun met la main à la manœuvre , le vaisseau mal dirigé J>art comme un trait et va se briser sur le rocher de Cotlerase. 4ussitôl de grandes ci «inédrs sé mélerit au bruissement de la vague qui roulait sur les rochers et parviennent jusqu'au rivage Jusqu'à Barflcur , jusqu'au vaisseau du roi , qui , malgré une inquiétude mal dissimulée, les attribue aux cris de joie du départ.

Le jeune prince s'était jeté dans la chaloupe, et allait se sauver, lorsqu'il entendit les cris de sa sœur bien-aimée, qui l'appelait à son secours. 11 commanda d'approcher , mais la nacelle ne fut pas plutôt auprès du vaisseau qu'elle fut remplie de monde , et qu elle disparut sous les (lots. Tout fut perdu. Il n'avait pas encore dix-sept ans , et U laissait une épouse âgée de douze ans : Maihikle , fille de Foulques d'Anjou, qu'il avait épousée au mois de Juin précédent.

Un boucher de Rouen , nommé Bérokl , et le noble jeune homme Geffroi f fils de Gillebert de l'Aigle , étaient restés suspendus à la grande vergue* Le pilote , Thomas , luttait contre les flots. A la faveur.de la lumière de la lune , qui y alors dans son dix-neuvième jour , éclairait ce désastre , il les vit et leur demanda ce qu'était devenu le fils du roi. Il est noyé , lui répondirent-ils. U répartit , je ne lui survivrai pas , et s'enfonça dans les flots. Geffroi tomba bientôt après t de la vergue f et fut englouti à son tour. U ne resta donc que Bérold , qui fut recueilli le lendemain , par des pécheurs.

La nouvelle n'en fut pas plutôt arrivée à Barfleur , que les habilans coururent au rocher et relevèrent le navire ; on y trouva les effets des* passagers et les trésors du roi , ainsi <roc le cadavre du comte de Chcslcr. On en trouva ensuite encore quelques autres dans tes rochers*

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Henri , heureusement débarqué en Angleterre , në voyant point arriver son fils , croyait qu'il avait abordé en quel-3 qu'autre port. Mais la nouvelle du naufrage vint le surlen-* demain aux oreilles de Thibaut i comte de Blois ; il en fit part aux courtisans , qui bientôt fondirent tous en larmes pour la perte de leurs parens et de leurs amis ; cependant aucun d'eux n'osait faire connaître au roi son malheur : i! ne le sut que le troisième jour , de la bouche d'un enfant , que le comte de Blois chargea de le lui apprendre j et qui alla se jeler à ses genoux en lui disant : hélas ! sire , tout est perdu. Ce mot de perte le frappa comme un eoup de foudre, il tomba à la renverse, privé de sentiment ; ses cour-* tisans le relevèrent et remportèrent. Dès qu'il fut revenu â lui , sa douleur s'exhala en plaintes amères et en un torrent de larmes. De ce moment , nul homme ne vit plus jamais rire l'infortuné monarque.

Les Français que ses armes avaient désolés , et ceux qui n'étaient pour rien dans son malheur , dirent que cette foi» encore le ciel avait été juste dans sos vengeances (*)*

(1) Omnes, autferè omnes, sodomiticâ labe dicebantur , et èrant irretiti. ( Hcht 218 ).

Filii régis et sorti sui incomparabili superbiâ tumidi , lux* ria et Ubidinis omni tabe macula ti, ( Gbuvas 1339 )<

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