‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 35 sur 158 · Aiaoaeb Algarut · texte numérisé non relu

Aiaoaeb Algarut

( Algerus, Beatu* Algêrut.)

A l'époque où ce Prélat fut éhi , le clergé seul frisait les élections ; ou plutôt , les chanoines prétendaient les faire seuls, à l'exclusion des autres préires et des moines (*), Nous ignorons ce qui se passa à l'élection d'Algare , en quelle année elle eut lieu , et d'où il était. L'on a dit qu'il fut trèa-lié arec Saint Malachie , évéque d'Armagh (3) ; cela peut être , et s'expliquerait facilement en supposant qu'Algare eût réellement habité pendant long-temps l'Angleterre.

(1) Plusieurs écrivains disent qu'Algare faisait partie du clergé de la ville de Londres lorsqu'il fui élu à t'évéché de Coutanecs; nous croyons qu'ils ont pris cela dans le GalUa Christiana , qui dit: qui diùbauduni monterai clericus Algarut. Mais, k quelle source Claud Robert , le premier auteur de ce livre , avait-il puisé ce fait? D'ailleurs Lûudunum veut dire Laon et Loudun , mais non pas Londres.

(2) Armagh est une vilte d'Irlande , actuellement Archiépiscopale. C'est à ce Saint Malachie qu'on attribue la fameuse prophétie sur le nombre des Papes, Jusqu'à la fin dn monde.

La première irention qui soit faite de cet evéque dans noà Wnumens nationaux est de Tan 1132. 11 pensait déjà à remplacer les chanoines de Saint- La ut de Rouen , et de la ville tle Samt-Laul , par ties religieux d'une vie plus exemplaire ; car, en cette année, H obtint du Souverain-Pontife, Innocent Il , une bulle , datée de Vienne en Dauphiné , qui lui en octroyait la liberté. Cette mesure paraît cependant n'avoir \élé que comminatoire , car les chanoines incorrigibles né furent remplacés par des chanoines réguliers , venus dé Sainle-Barbe^n^Auge^ qu en 1139 (i) , à Saint-Laut , et en 1160 à Rouen. Nous avouerons cependant que ces dates sont contestées , avec qnelqu'apparetice de raison , par le père Dumoustier, qui prétend qu'Algare n'était pas encore évéque en 1132 , et que les chanoines réguliers ne furent introduits dans l'abbaye de Saint-Laut, qu'après la mort du Pape Innocent Il , arrivée au mois de septembre 1 143 , ainsi qu'on peut le conclure de la charte même de leur introduction , qrfi porte en propres termes , quelle eut lieu en vertu des lettres du Pape Innocent de pieuse nie'moire* Quoiqu'il en soit, l'abbaye de Saint-Laut obtint de ce Prélat des soins particuliers et de grands secours : il lui procura de grands biens , la releva de ses propres deniers ; de sorte qu'on pourrai i l'appeler le second fondateur de cette maison. 11 s'occupa* avec un intérêt pareil, de l'abbaye que l'impératrice Maihilde fonda vers 1145 , à Cherbourg. Il y plaça encore des cha^ hoines de Sainle^Barito-cn-Auge. Cette congrégation était alors en grande faveur dans l'église de France;

Voici ce qui donna lieu à la fondation de celle abbaye i l'impératrice Maihilde ayant été surprise en mer d'une

grande tempête , fit vœu de bâtir un monastère au lieu où

(1) Indiction IX, le IV des noncs d'avril ( 2 arril ) , un dimanthe mi-caréme j

elle débarquerait j bientôt après , la vigie annonça la côte de' Cherbourg , et le pilote alla trouver la princesse , qu'il aborda en lui adressant celle joyeuse parole: Cante , reine , V echy la terre. Delà vient le nom de Chaniereine que porte ce lieu , et à l'abbaye, celui d'abbaye du vœu. Ce fut Henri II qui acheva la construction des édifices et qui compléta la fondation. L'église fut consacrée en 1181, par Henri, évéque de Bayeux, assisté des évéques d'Avranches et de Bath : notre diocèse étant alors sans évéque sacré.

En l'année 1 140 , le jour de Saint Barnabé , Àlgare assista , en la compagnie d'un grand nombre d 'évéques et d'abbés, à la translation des reliques de Saint Denis et de ses corn-* pagnons , qui fut faite par Sugcr, abbé de Saint-Denis. Le roi Louis Vil honora cette cérémonie de sa présence. De ce moment , il n'est plus fait aucune mention de notre évéque jusqu'en 1150, que l'on trouve sa signature à des actes de l'abbaye de Valricher , et c'est la dernière qui soit connue. Mais nous avons passé quelques faits sur lesquels il est à propos de revenir. Nous avons déjà cité deux maisons religieuses auxquelles il fit tic grands biens, il faut y ajouter celle de Saint-Sauveur-le-Vicomte , qui lui dut peut-être plus que les autres encore , et celle de Hambye , que Guillaume Paynel fonda vers l'an 1145, à sa recommandation. En l'an 1134, Algare se rendit au concile de Pise , avec plusieurs des évéques de la province ; mais le retour fut malheureux , car, lorsqu'il traversait la Lombardie , avec les archevêques de Reims , de Rouen , et I'évê^ue de Troyes , ils tombèrent entre les mains d'une troupe de voleurs armés , qui les dépouillèrent , les retinrent , et enfin ne leur firent qu'à grande peine grâce de la v.'e.

Dans les divisions politiques qui armèrent la Normandie

et la déchirèrent, Algare prit le mauvais parii : il se déclara

contre Geflroi , comte d'Aijou , légitime souverain ; mais en

politique les erreurs ne sont pas des crimes , et au surplus \ Algare eut le temps et l'occasion de se repentir. 11 avait fortifié Coutances et Sainl-Laùl ; le comte d'Anjou se présenta d'abord devant Saint-Laui , qu'il prit après deux jours de siège. L'évèque avait îait semblant de s'y enfermer , mais la constance l'abandonna à l'approche de l'ennemi , et il s'enfuit à Coutances , où il ne l'attendit pas davantage , et où Geffroi entra quelques jours après , sans coup férir. La vie religieuse d' Algare est hieiï plus recommandable que sa vie politique : distingué parmi tous ses contèmporains par sort tèle pour la religion , sa piété exemplaire , sa grande et inépuisble charité , il a mérité sous ce rapport l'éloge de tous les historiens ; il en est même qui Vont jusqu'à le qualifier de saint Ou de bienheureux ; c'est la preuve du respect qu'il sut inspirer à ceux qui le connurent , et de la bonne renommée qu'il laissa en mourant (A).

A la suite des guerres , ou plutôt pendant la guerre civile , et comme résultat nécessaire , la famine la plus affreuse que l'on puisse voir désola la Normandie : pour la peindre d'un seul trait , nous dirons que l'on vit de la chair humaine étalée publiquement sur la boucherie. Le comte d'Anjou fit pendre le boucher j cela était juste, mais cette justice né ramenait pas l'abondance (B).

Algare mourut le 7 novembre U50 ou 1151 , à Rouen , selon quelques auteurs ; cependant on tient à Coulanccs qu'il est inhumé dans la Cathédrale , sous laulel de la chapelle Saint-Maturin , dite aussi chapelle Saint-Eloy.

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