RlCHA&D DE BoHOlf
Richard III , issu de la noble famille de Bohon , alliée à la i mille ducale de Normandie, et probablement originaire
"de Tune des paroisses de ce nom , étail archidiacre de Uïieux, lorsqu'il fut appelé à remplacer Algare, en Tan 1151. Le grand nombre d'actes sur lesquels est apposée sa signature font pYeuve qu'il passa une grande partie de son temps aux assemblées ecclésiastiques, et même aux assemblées séculières, se tinrent en dhTérens lieux. Cë- -pendant il trouva assez d'heures encore pour s'appliquer aux affaires de son diocèse ; c'est dans cette carrière > que nous allons le suivre.
En l'année 1152 , il consacra l'église de l 'abbaye de Mon te- 'boorg , cette solennité se fit avec la plus grande pompe ; la puissante famille deReviers , de Néhou , fonda triée de la maison , y avait convoqué tonte la noblesse du pays. Henri , duc de Normandie et roi d'Angleterre , y assistait avec tous ses barons ; i'arcjievéqae <jc Rouen , l'évéque d'Evreux , y étaient avec tous les abbés de la province. En 1154 , ou 1155 , Richard de la Haye-du-Poils et Mathildc de Vernon , son épouse , fondèrent la célèbre abbaye de Blanchclande. Telle en fut l'occasion : Richard, qui était gouverneur de Cherbourg , ayant refusé de se sonmettreà Geffroi , comte d'Anjou , tut obligé de se sauver , lorsque ce prince se fm rendu maître du pays; il fat pris sur mer par des pirates, et réduit en servitude. Dans son malheur , il eut recours à Dieu , et fil vœu à Notre Dame et à Saint Nicolas de fonder uric tnaison religieuse , aussitôt qu'il serait délivré. Il ne tarda pas de l'être, nous ignorons par quel événement , mais aussitôt après son'retour, il s'empressa de remplir dignement ses promesses ; a cet effet , il manda ses serfs , invita ses amis et ses tenanciers , pria l'évéque de lui assigner un jour ; et au jour dit , un autel de gazon ftit élevé dans la blanche landé , qui était le lieu désigné : lieu vaste , commode , et à proximité du manoir seigneurial. L<.^ assistans d posèrent leurs offrandes sur l'autel , ainsi que leschartos de leurs donations,
«1 révoque y célébra le saim sacrifice. Il n'y eut jamais , diion , de cérémonie plus belle cl plus imposanlc que celle-ci , qui fut favorisée d'un temps convenable, et qui eut lieu en plein air, en présence d'une noblesse distinguée et d'un concours immense de peuple , rassemblé de tous les points des vastes domaines du puissant baron de La-Haye. Les religieux furent tirés de Brocquebeuf , prieuré fondé réecinmeul , dans les environs , par les seigncursdu même lieu. Cette nouvelle demeure ne plut pas, cependant , à trois d'enlr'eux , qui retournèrent bientôt joindre les deux qui étaient demeurés dans l'ancienne habitation , et il n'en resta que deux à Blanchclande.
Richard de la Haye-du-PuitsetMalhilde de Vernon avaient fondé , en 1152 , ou 1153 , le prieuré de Saint-Michel-du- Bosc , pour des religieuses Bénédictines , qui furent tirées de l'abbaye de Moulons , au diocèse d'Avrauches. Satnl-Miclietdu-Bosc pétait pas éloigné de Blanchelande. Raoul , V.abbé de Lessay , donna le terrein pour son emplacement ; Richard de Bohon consacra l'église en 1153. La maison fut dotée plus tard par les seigneurs du Hommet.
En 1156, notre évèque assista , avec Rolrou , évèque d'Evreux , et Herbert , évèque d'Avranches , à la translation des reliques de Saint Guillaume-Firmat , qui fut faite en l'église de Mortain , par l'archevêque de Rouen ; de là , il se rendit , avec ces trois prélats , au Mont-Sainl-Michel , où ils firent une retraite de quelques jours.
Par un rescrit du souverain pontife , Adrien IV , à la date du X des calendes de mai 1158 , il fut commis pour juger un procès élevé entre l'abbaye de Mootebourg et le couvent de Satnl-Cosme-du-Mont , au sujet de l'église de Morsalines.
Richard de Bohon cul des rapports intimes avec Thomas Bctket , archevêque de Canlorbéry , à cause des dilférens de celui-ci avec Henri II . Thomas , obligé de fuir l'Angleterre ,
vint chercher un refuge en France : il séjourna à Saint-Laut , ou bien il y passa , dans le temps que les lia bilans construi- , saient une nouvelle église , en exécution d'un vœu qu'ils avaient fait a l'occasion d'un tremblement de terre*, qui eut lieu le 1." janvier 1161. Consulté par eux à quel saiul il convenait de dédier celte église , il répondit : à celui qui souffrira le premier le martyre
Après quelque séjour en France , les amis de Thomas et les nonces du pape Alexandre III obtinrent des deux partis une conférence de conciliation : elle eut lieu à Baycux , le dernier jour d'août 1169. L'évèque de Coutances porta la parole au roi , et parla avec tant de bonheur qu'il obtint la réconciliation désirée. L'archevêque fut aussitôt rappelé à gouverner son église de Canlorbéry , mais la paix ne fut pas longue. Dans son extrême rigidité , il ne voulut rien céder à son roi , ni même le paraître ; alors , dans un moment d'humeur, Henri prononça celle parole inconsidérée: parmi tous ceux que j'ai comblés de mes bienfaits , il n'y a donc personne qui inc délivre de ce prêtre, qui trouble le royaume. Aussitôt quatre vils courtisans , Guillaume dcTracy , Hugues de Morvillc , Richard Lcbrélon el Rcnaul fds Ursey (1) , dans leur désir de faire leur cour, s'cinprcssèret d'aller faire changer I evéque de sen limons , par la persuasion ou par la force. Ils le trouvèrent s'enlrctenant après son repas avec ses serviteurs; l'on ignore quels furent alors leurs procédés , mais Thomas s étant enfui à son église , ils le suivirent et l'assommèrent au pied de l'autel. C 'était le 50 décembre 1170. Le pape Alexandre III canonisa bientôt le nouveau martyr, qui devint connu sous le nom de Sl-Thomas-de-Canlorbéi v. •Les habttans de Sainl-I^ul prirent pour une prophétie les paroles qu'il leur avait répondues en passant, el lui dédièrent
(I) Reginaldus, (Wiu Vrsi.
leur église , qui prit le nom de Saint-Thomas. La consecra-. Uon eut lieu le 28 juillet 1174 , et fut faite par Renault de, Bohon , évêque de Bath (1) , en présence de Richard de Bohon , son parent , évôque de Cou lances , et de Guillaume de Marlinville, abbé dcSaint-Laut. Une, partie delà paroisse de Sainte-Croix fut détachée de son ancienne église, pour former la part de la nouvelle.
En la même anjiée % Richard de Bohon fonda en faveur de la cathédrale la prébende dcHuherville. En 1178 , il assista à la consécratipn de l'église de l'abbaye de Lcssay , en la compagnie de l'archevêque Rotrou qui fit la cérémonie.
En Tan 1156 , il apparut vers lç midi du diocèse, et principalement à la Lande-d Airou , un météore nui jeta l'épouvante dans l'esprit des populations : c'était une trombe de vent , qui arrachait sur son passage les arbres , les récoltes , le toit des maisons,, et qui était accompagnée de tous les autres phénomènes ordinaires à ces terribles ouragans. Le l.cr Janvier 1161 (2), le diocèse éprouva une forte .secousse de tremblement de terre , la ville de Sainl-Laul, surloiit , fuj maltraitée. Bientôt après , une nouvelle famine se fit sentir, et l'on craignit de voir se renouveler les scènes de l'année 1149, où l'on vendit de la chair humaine. Le peuple éprouva les plus grandes terreurs et les njus grandes alarmes ; 1 evôquc lit ses efforts pour tourner vers le çicl , d'où vient tout secours et toute consolatiou , le cœur de ses diocésains : il institua des prières publiques j il ajouta aux litanies cel# supplication , que Ton chaulait à genoux après chaque invocation : ji. O rereDeu», trinus et tinus , exaudipre-
(tj Bal h, Butonia, la principale ville du Sommerselshirc, Angleterre,
(2i Selon quelques auteurs , ce trembleincnl de terre arriva en 1159.
çe$ populi hujus. n). Non sumus digtii à te exaudirit peccatis nos tris immô puniri (1).
Le 27 septembre 1179 , il avait été tenu on coqcile dans. 1 église Saint- André d'Avranches, à l'occasion de l'interdit jeté sur l' Angleterre, et la Normandie par le Souverain. Pon->tife , à cause de l'assassinat de l'archevêque de Cantorbéry. Notre Richard tut un des membres de cette assemblée , dans laquelle un légat du même pape leva l'interdit.
Richard de Bohon mourut le 1 Juin M79.
Ses armes épient d'azur , à la bande d'argent , accompa^ gnée de deux cotices de même, avec 6 lions d'or.
{1) Ce qui signifie en français : 0 vrai Dieu , un seul en (rois, personnes, eiaucez les prières de ce peuple. Nous ne sommes pas dignes de votre miséricorde, hélas ! nous méritons plutôt vos. vengeances.
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Note*
(A) Plusieurs auteurs relatent une fort longue charte que l'évéque Algarc dut obtenir du Souverain-Pontife Eugène III , en confirmation des biens de la cathédrale. Celte pièce est si différente d'elle-même dans les différens auteurs qui la rapportent, que nous ne pouvons en tirer aucun parti. D'ailleurs nous y avons trouvé des caractères de supposition , ou de falsification; tel que celui-ci, par exemple : elle relate la terre de Foville comme appartenant alors à la cathédrale , lorsqu'au contraire l'acte par lequel cette terre est donnée à la cathédrale en contr'échange pour la terre et la forêt de Soûles est de l'an 1238: c'est-à-dire , postérieur de plus ou prés d'un siècle.
Épitaphe d'Algare, composée par Amoul, archidiacre de Séez, ensuite évéque de Lisicux, en 1141.
Prœsulis Algari cineri natura sepulto
Non potuit meritum consepelire viri:
Nam terram titulis, ealum virtutibus implens,
Dùm no6î* moritur , ut sibi vivat, obit. Ipsum igitur quia terra virum cœlique loquuntur
Consignarc brevi sufficit eîogio :
Hune ut martyrem meritorum eonseia terris
Abstulit et cœlo reddidit una dies.
(B) « La famine fut si grande dans la Basse-Normandie , que » la somme de bled valait quarante sous, et l'avoine, alors » manger ordinaire des plus grands seigneurs, se vendait seize » sous. Cependant les religieux faisaient de grandes aumônes » pour subvenir aux nécessités des pauvres; et fut telle la né- » cessité, que quelqu'un fut trouvé vendant de la chair humaine
« des personnes qu'il avait égorgées» lequel fut condamné o d'être pendu. » ( Gabriel Dumoulin. )
Il faut savoir qu'à cette époque le froment valait ordinairement deux sous le boisseau.