‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 37 sur 158 · Chapitre ISU · texte numérisé non relu

Chapitre ISU

CUUAAVME DE TOU&NEBU. -~ YI\m.

V9 GUIUAUMB le

L'illustre famille de Tourncbu avait pour habitation. h> château de ce nom , à cinq lieues de Caen , sur la route dç Falaise à Thury M » ces* Çn ^ ueu Probablement que n&quit notre évéque. Lorsqu'il fut promu à 1 evèché de Coulances i\ élait doyen de Baveux ; l'époque de soi) élection date de l'an 1^182, suivant Robert du Mont ; ce qui est inconslesiable, c'est quelle eut lieu avant 1183, puisqu'elle fut continuée par f archevêque Rolrou , qui mourut celte année-là même. Le sacre fut différé de jour en jour , à cause des infirmités de Rolrou, et de la vacance du siège archiépiscopal pendant les deux ans qui suivirent sa mort. Pour abréger ces délais , le chapitre de Coulances consulta celui de Rouen sur la marche qu'il y avait à suivre ; le chapitre de Rouen s'en référa à celui de Reims ; celui-ci conseilla d'assembler lçs évèques de la province , pour consacrer l'élu , et l'envoyer en fonctions ; mais le chapitre de Rouen ne sç pressant pas de le faire , celuj de Coulances écrivit directement au Souverain-Pontife, Luce 111 , qui , par un bref, à la date des calendes de mai 1184 , ordonna la mesure prescrite par le chapitre de Reims , et

enfin l'ordination cul lieu. Guillaume était évéque de Goulauces eu 1185; le 19 février de celte année il bénit de nouveaux édiiiees à l'abbaye de Blanchelande.

La souscription de Guillaume de Tournebu se trouve dans les cartulaires de toutes les abbayes du diocèse et de plusieurs des diocèses voisins, et aux actes d'un concile d'Evreux tenu au sujet de la croisade , Tan 11 8S.

En 1190 , il sista comme juge en un différend rélatif à la juridiction , élevé entre Gaultier , archevêque de Rouen , et Guillaume , sénéchal de Normandie. Les juges laïques voulaient s'immiscer dans des contestations du ressort des juges ecclésiastiques ; l'affaire fut terminée à l'honneur do l'église. En la même année, il fit la dédicace de l'abbaye d'Aulnay , construite par les soins de Guillaume du Hommet , lils de Richard , fondateur du monastère , l'évêque de Baveux en étant empêché par ses infirmités.

A celle époque , les archidiacres de Goutances, abusant de leurs privilèges , menaient un si grand train dans leurs visites, que c'était une ruine pour les curés ; Guillaume de Tournebu , qui ne pouvait seul , ou qui ne le voulait pas , essayer de réformer cet abus , porta plainte contre ses archidiacres au concile de Rouen, de l'an 1189. Le concile fit droit aux justes plaintes des curés, en leur penne lia ni de se réunir quatre à cinq pour défrayer l'archidiacre , ou de lui donner chacun trois sous Angevins , pour l'honoraire de sa visilc.

L'on peul rapporter au lemps de ecl évéque la rédaction du livre des offices de Saint-Laul de Rouen : ce livre n'est pas aulre chose que l'ancien riluel du diocèse , accommodé aux usages des chanoines de Saint-Laul. En le parcourant , l'on est loul-à-la-lois surpris cl édifié de voir combien peu l'église de Goutances a varié dans ses usages depuis uu lemps immémorial ; nous disons un temps immémo-

tiai , car l'auteur du livre avertit qu'il Ta composé en conformité des autres rituels plus anciens. Beaucoup d'otlices : ceux delà Semaine-Sainte, des Koga lions, de Noël , par exemple, y sont tels que nous les célébrons encore ; quelques antiennes de plus ou de moins , ou quelques versets , ne font pas un changement sensible. Nous ne pouvons compter ces peliles différences, nous remarquerons seulement les plus notables.

Alors on ne fêtait pas encore à Coutances Saint Jean l'évangéliste , les Saints Innocens, la Circoncision. Quoique loflice de la Trinité se trouve dans ce livre , on ne la fêtait pas non plus à la cathédrale ; mais c'était une fêle spéciale au prieuré de Saint- Laul , qui avait la Sainte Trinité pour patronne.

Il ne se disait qu'une messe en chaque église le jeudi , le vendredi et le samedi Saints ; tous les prêtres devaient communier chacun de cet trois jours , les laïques le pouvaient également, même le vendredi.

Les fêles étaient distinguées en quatre degrés , savoir : les triples , les doubles , les moyennes et les simples. Les tripies cl les doubles se subdivisaient eu trois autres degrés, de triples ou doubles majeures , moyennes et communes. Aux fêtes triples , l'antienne de Magnificat se chantait trois fois , dans le même ordre que les 0 de Noël , qui en sont un reste : aux fêtes doubles, l'antienne de Maanificat se chantait deux fois. Noël , Pâques , la Pentecôte , l'Assomption , la Saint-Laut , la Dédicace , la Toussaint , étaient les fêtes triples , ainsi que la Sainte-Trinité. Les doubles majeures se réduisaient à l'Epiphanie , la Purification , l'Annonciation , la Saint- Jean-Bap liste, la Saiot-Frémond cl la Sainl-Rompbaire , et de plus la Saint-Augustin , qui était pareillement spéciale a la communauté , dont les chanoines étaient des Auguslins.

Drîfice des trois derniers jours de la semaine sainte non* apprend pourquoi l'un appelle du nom de Ténèbres les matines et les landes de ces trois jours , et pourquoi l'on frappe sur les bancs à fa fin de l'office. Les laudes devaient être finies avanl~1e jour, et comme l'on éteignait un cierge à chaque psaume , àia fin du dernier l'on se trouvait complètement dans les ténèbres? on récitait ainsi sans lumière le Benedictut , les Kyrie qui le suivent , \eMherere, les f*rière$ , pendant lesquelles ehacun était prosterné. A la fin, le prieur donnait le signal de la sortie du chœur , en frappant de son livre sur le banc , et chacun se rendait ensuite à son appartement sans lumière.

L'an 1200 , le 3 mai , Guillaume de Tournent! bénit et dédia sous l'invocation de Saint Thomas de Cantorbéry ; Téglise du prieuré de la B lumière, fondé l'année précédente, dans la paroisse de ce nom -, pour des chanoines réguliers de Saint Augustin , par Richard de Rollos (*)"• L'on trouve plusieurs signatures apposées de sa main sur des chartes de Blanchelande en l'an 1202. Celte année fut celle de sa mort. H laissa la réputation d'une grande piété, d*une vertu excellente , d'un grand zèle pour l'honneur de la religion et la liberté de l'église. 11 fut inhumé à la cathédrale , dans la chapelle Saint-Pierre-^S-Liens.

Il portait d'argent à la bande d'azur.

Il nous reste de ce prélat un règlement fait pour tout clergé du diocèse , mais plus spécialement encore pour celui de la cathédrale ; qui doit être le modèle de l'autre. Voici la substance de ce statut , le plus ancien que nous connaissions: Il y est dit que le prêtre doit être chaste et de bon exemple , qu'il doit éviter avec le plus grand soin la compagnie et la conversation des personnes de mauvaises mœurs , ou seule-1

(1) Herot Dominus Richardus de RoUo$, vir nobilit.

ruent mal famées; qu'il ne doit point sortir seul pendant là nuit , sans des raisons graves. Il est enjoint d'éviter les cabarets , sous peine de perdre son revenu bénéficiai pendant huit jours , et d'être dépouillé de l'habit de chœur pendant le même espace de temps ; cette censure sera encourue ipsâ facto par les contrevenans , sans préjudice de peines plus graves , s il y a lieu. Etant revêtu de l'habit de chœur , il ne faut converser avec personne ; de même, lorsqu'on assiste à l'office , il ne faut ni parler , ni interrompre léchant, sans une grave nécessité ; mais il faut chanter ou psalmodier, conformément à l'usage et à l'office du jour.

Cliacuu doit résider en son bénéfice) ou au lieu dans lequel il est appelé à exercer ses fonctions.

L'on devra nommer, tous les ans , dans le premier chapitre tenu après la fête de l'Assomption , des députés qui visitent les vicairies, ainsi que l'église Saint-Nicolas et la chapelle de la Mare. Il est enjoint de punir les chapelains > lorsqu'ils le mériteront^

I-ors de leur promotion , les vicaires perpétuels et les chapelains jureront obéissance à l'église de Coutanccs, an chapitre , à Févèque , et l'observance des statuts du diocèse i Les fêtes Saint-Maur , Saint-Clair , Saint-Georges , sont élevées au rang de semi-doubles.

Il y aura un registre dans lequel seront écrits tous les miracles qui s'opéreront dans l'église , et dont le garde du lu^ ininaire aura le soin, et sera chargé de la rédaction.

L'on peut conclure, d'après ce document» que les habitant de la paroisse de Saint-Nicolas de Coutances avaient une église paroissiale , et qu'elle était soumise à la juridiction du cha1pitre , long-temps avant la construction de la chapelle qui fut l'origine de l'église actuelle, ainsi que nous le dirons plus tard , ci que ce fut par suite de la ruine de celte église , qu'ils firent leur église paroissiale d'une de» chapelles de la cathé* drale.

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