‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 38 sur 158 · Vivien · texte numérisé non relu

Vivien

L'on trouve des actes de Vivien-, successeur de Guillaume de Tournebu , dès Tan 1202 : l'un consiste en une signature apposée à l'acte de consécration d'une nouvelle église de l'abbaye dé Saint-Laut, elle est accompagnée des signatures de Guillaume Bore) , évèque d'Avranches , et Robert de Molay , quatorzième abbé de la maison. L'autre est une permission donnée aux moines du prieuré de Keaulicu , diocèse de Rouen , de se choisir un prieur dans le prieuré de Saint- Laut , qui était leur maison mère , excepté cependant le prieur de celte communauté. Cet arrangement fut passé entre Vivien et Gaultier de Coutances, archevêque de Rouen . qui avait été d'abord évèque de Lincoln (1).

L'avant dernier acie connu de Vivien est de Tan 1207 : en

cette année il assista , avec lesévéqnes de Séez et de Lisieux, à un échiquier, ou assemblée générale des états de Normandie, tenu à Rouen . Le dernier est de l'an 1 208, nous y reviendrons.

Pendant 1 episcopat de Vivien , il s'opéra nn changement politique dans l'état du diocèse de Coutances et de toute la Normandie : cette province , qui était séparée de la France depuis trois cents ans , y revint parla conquête que Philippe- Auguste en fit sur Jcan-sans-Terre. Dès-lors , l'église de Couianccs rentra dans la glorieuse nationalité de Péglisc z Gallicane , et se gouverna suivant les mêmes lois ; mais ce changement, lit §urgir quelques difficultés , particulièrement sur les droits de patronage et la régale ; Vivien s'employa a les terminer ; il réussit quelquefois et échoua pareillement , comme nous allons le dire.

(1) Il existe encore une famille noble de ce nom, dont était madame la comtesse de Boormont, décédée récemment.

\scs seigneurs qui possédaient des biens en Angleterre cl fen Normandie furent contraints d'opter entre l'Angleterre et la France : ceux qui possédaient de plus grands biens au delà du détroit préférèrent l'Angleterre -, comme ils étaient en grand nombre , il resta beaucoup de paroisses sans seigneurs, et par conséquent , sans patrons qui pussent présenter à la cure. Les évéques adressèrent en commun une requête au roi , le suppliant de s entendre avec eux pour régler ce point, ce qui eut lieu conformément à leurs désirs. Ils demandaient entr'aulres choses que dans tous les cas litigieux , pour tout bénéfice quelconque , il y eût une information faite par quatre chevaliers à ce commis par lui , et quatre prêtres nommés par Tevèque , aux fins de savoir à qui venait le droit. Ce fut Vivien qui fut chargé de rédiger et de présenter cette supplique.

Quadt au droit de régale , l'archevêque Gaultier de Coutances (1) étant venu à mourir en 1207 , le roi se saisit du temporel de l'église ; le chapitre prétendit être exempt de la régale , sous prétexte que les ducs de Normandie n'avaient jamais usé de ce droit envers l'église de Rouen. Ce fut encore Vivien qui fut chargé de cette affaire ; ce qui ferait sup-^ poser qu'on le regardait comme étant bien à la cour du prince. En conséquence , il écrivit au roi la lettre suivante : * Vivien, par la grâce de Dieu évéque de Cou tances , à son » révérend et scrcnissinie seigneur , Philippe V , par la » même grâce Roi deà Français , salut , au nom de celui » de qui vient tout salut.

• Ayant appris par des témoignages dignes de foi , que , » l'archevêque de Rouen venant à mourir , tous ses biens , » tant spirituels que temporels , étaient réservés à la régie

(1) Gaultier de Coulances avait un doyen nommé Jean de Coulanccs.

* du chapitre de la même église , sans que le roi d'Angle- » lerrc , du lemps qu'il gouvernait la Normandie , ni ses » ofliciers , eussent aucun droit de mettre la main à aucun » bien appartenant à l'archevêché ; nous supplions , autant » qu'il est en nous , votre majesté de conserver , pour votre - honneur et votre salut, selon votre pieuse coutume , l'église » de Rouen clans la jouissance de toutes les libertés dont » elle est en possession de lemps immémorial , tant par » droit que par usage. Je vous souhaite une longue santé. •

Au reçu de celte lettre , le roi nomma treize chevaliers pour informer sur la vérité de son contenu ; malheureusement il se trouva que Vivien avait été induit en erreur , eri conséquence la lettre resta sans effet (*).

Vivien mourut à Coutances le 15 février 1208 , et fut inhumé dans la cathédrale. Quelques auteurs ont avancé qu'il avait été inhumé dans l'église de Bréhal , mais c'est par suite d'une équivoque , à laquelle le Gailia-Chrisliana donne occasion , en disant que cet évéque fit une fondation obiluaire à Bréhal , et ajoutant aussitôt qu'il fut inhumé dans l'église : In ecchêiâ \ mais l'auteur ne dit pas que cette église soit celle de Bréhal. Au surplus , cet obil fondé par lui dans l'église de Bréhal pourrait induire à penser qu'il en élait originaire. Quant à sa famille , divers auteurs l'ont cherchée en vain , elle restera ignorée.

(1) Rouaull dit que cette lettre obtint son effet , mais Dumoulin nous est garant du contraire.

Notes*

(A) L'habitation de la noble famille de Tournebu , dont un membre accompagna le duc Guillaume & la conquête , dont un autre s'est signalé À la défense du Mont-Saint -Michel» fut constamment en la paroisse de Tournebu , dans l'arrondissement de Falaise. Quelques écrivains cependant l'ont dit natif de» Andelys, mais nous croyons que c'est par suite d'une confusion a?ec une autre famille Tournebu , connue en littérature sous le nom de Turnébe : Turnebus, qui donna au monde savaut Le» deux Adrien et Odet Turnébe.

Chnpilre 1»

Hugues de Moeville Hugo.

( Henrieui. )

Hugues II , de l'illustre maison de Morville , probablement originaire de la paroisse de ce nom , près Yalpgqes ; surnommé Sieur de Meret , du nom d'une terre sise en celte paroisse ; frère du cardinal Raoul de Morville , était archidiacre de Coutanccs pendant l'épiscopat de Vivien : le clergé du diocèse jeta les yeux sur lui pour en faire son évéque ; on ne ûl jamais un meilleur choix.

Bienfaiteur des pauvres , ami des malheureux , compatissant médecin de toutes les douleurs , il consacra son temps à visiter , à consoler , à soulager les indigens , les affligés et les malades , cl sa fortune à leur élever des asiles. Dès la première année de son épiscopat , il changea en un hôpital l'abbaye de Saint-Potenlin de Coûtantes ; mais comme la maison n'était pas appropriée à cet emploi , il la fit rééditicr en 1217 , et afin de se mettre à l'abri des réclamations des moines, il en fit confirmer l'usage par le Souverain-Pontife , Honorius 111 , qui donna à cet effet des bulles datées du dixsept des calendes de décembre (15 novembre ) , quatrième année de son pontificat j puis de nouvelles, cinq ans après les premières , à la date du douze des calendes de mars. On lisait au dôme de celle maison les deux vers latins suivans ,

qui n'y furent placés qu'après la mort de l'évèquc , ainsi qu'il çsi facile de le voir.

Banc tibi , Christ* * domum coMulit Hugo piut De Morvillâ : urbis hujusprœtul fuit Hugo (1).

Hugues de Morville, qui savait si bien faire l'aumône d& ses propres deniers , savait aussi bien provoquer ses diocc- S ins à la faire. En fondant l'Hôlel-Dieu de CouUnces, il établit une confrérie pour le desservir, l'entretenir et lui procurer des secours. Cette confrérie , la plus ancienne du diocèse , fut fondée en 1209. Cependant il niellait plus de délicatesse encore a recevoir, que dliab.ileié à provoquer; il prenait des précautions excessives pour s'assurer que ceux qui donnaient pouvaient le faire légitimement, cl sans causer leur propre ruine : ainsi un homme noble , du nom de Michel Meurdrac, voulant donner à l'abbaye du vœu la moitié du patronage et des revenus de l'église des Pieux , n'obtint de lui la permission de le faire, qu'après avoir présenté le mémoire de sa fortune et le montant de ses dettes. Un homme qui a tant de justice dans le cœur , de justesse • ei de moyens dans l'esprit , fait ordinairement de grandes choses ; aussi , par les bons soins de Hugues , l'ordre et l'cconomie qu'il établit dans la maison , et les secours qull lui procura , l'HôteUDieu de Coutances ne larda pas à devenir fort riche. Il enréla pareillement en une confrérie , qui fut la seconde du diocèse , les tisserands de Saint-Laut : les règlemens qu'il fit alors furent si sages , qu'ils ont servi i!e modèle à bien d'autres , et qu'ils élevèrent le commerce <le celle ville à un haut état de prospérité , dans lequel il, s'est maintenu longtemps*

[i) Le pieux Hugues de Morville vous consacra celle maison ,. t Jisus. Hugues fui évëque de celle ville,

L'impulsion qu'il donna fit surgir dans le diocèse un grand nombre d'hôpitaux ei de léproseries ; entr autres celle de Néhou , dont il fit lui-même la dédicace au mois de Juillet 1222. La ville de Saint-Laut lui dut son Hôtel-Dieu et la plus grande partie de ses doutions ; de même celle de Vire ; Cherbourg , la restauration et la meilleure fortune de son hôpital , dont la fondation remonte à Guillaume-le-Conquérant. La cathédrale , l'établissement d'un théologal et d'un pénitencier, qu'il maintint de ses propres deniers , jusqu'à ce qu'il vaquât des prébendes. En un mot , tout fut agrandi , changé , vivifié par les soins de cet homme admirable.

Parmi les faits de sa vie épiscopale , qui sont nombreux , ainsi que les actes souscrits de sa main , nous rapporterons seulement les plus importans. Nous le trouvons à Hotien , Tan 1 Î13 , Ma mi-capéme , séant comme juge avec lesévéques de Lisieux , Evreux et Séez , en une contestation élevée par Guillaume Payncl et autres personnes. L'année suivante , il revint dans la même ville , pour assister à un concile tenu au sujet de la croisade ; il y était encore , lorsqu'il confirma la donation d'une chapelle et de quelques propriétés situées à Montaigu-la-Brisette , près Valognes , faite par Philippine d'Alençon , femme de Philippe de Roumare , au prieuré de Crasvilte. Eh 1222 , il assista au concile de Paris , dans lequel fut résolue la guerre contre les Albigeois ; l'anm'c suivante , au mois de juillet , il y revint encore pour assister aux funérailles de Philippe-Auguste ; l'an 1222 , il cône hit avec l'abbé de Lessay la convention suivante : l'abbé céda à l'évèque le patronage des églises de Montchaton , Suini-Sauveur-Lcndelin , OsmonviUe , Ouville , Orval , l'Aulne et Hcugueville ; et l'évèque , de son côté , créa l'abbé de Lessay chanoine de la Cathédrale , avec tous les honneurs et les émolumens attachés à celte dignité ; sauf, toutefois , le droit de voter à l'élection de l'évèque. Le chapitre contesta bien

des faits depuis , mais en vain , ce droit , qui resta perpétuellement allaché à l'abbaye do Lessay.

Vers le mémo temps , Hugues de Morvillc conclut un ar^ rangement avec lesofliciers de Henri 111 , roi d'Angleterre % au sujci des revenus de File d'Aurigny , qui devaient être partagés entre le roi , les liabilans et le clergé : le roi , d unepart , et le clergé de la cathédrale , de l'autre , partageaient enlr'eux le sixième du produit des terres , du croit des animaux , et les deux tiers des objets rejetés par la mer.

L'an 1238, notre évoque échangea avec Saint Louis la terre de Seules et la forél , à la réserve du patronage do l'église , contre la terre de Fôville , « que le roi tenait de * la forfaiture des Anglais , » moyennant trois cents livres, tournois , données par l'évéque en contre-échange , cl la décharge , accordée par le roi , de l!enirctien d'un soldat % que la cathédrale devait à l'armée pour le iief de Soûles. Le chapitre confirma cet échange par un acte daté du mois d'août de La même année.

<ie fut aussi en cette année que décéda l'cxeelleut év<*quc , le vingl-huilième jour d'octobre (A). Il fui inhumé dans le chœur de la cathédrale , et l'on entoura son tombeau d'une belle grille de bronze. Elle y resta quelques centaines d'an** nées , mais on se lassa de souffrir d «ns le chœur un monument fort incommode , on l'enleva et on la déposa dans, la chapelle Saint-Sébastien , où elle fui long-temps encore. Kufin , Monseigneur tle Bricnne faisant foudre les cloches, de la caUiédralc, en 1711 , fil ajouter ce bronze pour augmenter leur poids ; mais en mémoire du monument que l'on détruisait , il lit donner à la grosse le nom de Hugues do Morvillc.

Les armes de ce PréUu.élaient de Sinoplc au lion d'or; on les remarque encore maiulenant à l'uu des angles ocei-» dentaux de la tour de 1 ejjlise de l'hôpiial de Coûtâmes.

La plupart des anciens écrivains ont lait deux évoque» de Hugues de Morvillo , l'un du nom de Hugues et l'autre du nom de Henri. U est vrai que £acte de Rouen , de Tan 1213 , dont nous avons parlé , porte en toutes lettres le nom de Henri , évoque do Cou tances ; et que la charte confirmaiive de la donation de la chapelle de Notre-Dame de la Salle , dans la paroisse de Sainte-Croix de-Monlaigu , au prieuré de Grasville , est intitulée Henri par la grâce de Dieu , humble ministre de l'église de Coutances ; mais il est incontestable que ces actes ont été altérés par des copistes , trompés par l'initiale du nom de Hugues , qui écrivait simplement //, de Morvillâ , ou //. Episcopus% puisqu'il est certain que ce prélat fut éveque de Coutances depuis 1208 jusqu'en 1338.

TABLEAU DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE

COMTE DE MORTAIIf,

Philippe-lc-Rude,ou Hurepel.

Eu 1 247 , le comté resta

HOMMES CÉLÈBRES

ÉVKISEMENS M KMORABXKS.

Foulques Pay-.

nc4.

1212. Prise

de Morlain ,

, < , , jThomas Hélie Philippe^

vacant , et Saint Louis Ie| de Rtville. i

I Auguste.

donna au comte d'Artois. Guillaume de Mais dès l'an 1222 le diocèse de Coutances en fut détaché ; ainsi nous ne citerons plus ses comtes , qui nous sont désormais étrangers.

St - Pierre' rima le roman du Mont-Saint- Michel. U était natif de Saint- Picrre-Eglt-se.

Notes,

(A) L'épitaphe de ce prélat nous apprend le jour de sa morfc d'une manière positive , et nous la suivons préférablemeot à quelques nécrologes qui la marquent à un autre temps.

Qui jacet hic Hugo , Cote pectore , Tullius ore ,

Muneribus Titus, prœsul honore fuit.

Quique sequens Martkm studium requiemque Mari*

Ques sua sunt tnundo rcddidit, atque Z>«o. Prœvia quem rapuit lux festi Sitnonis, annos

Post bis sex centos, octoque, ter que decem. Pet Dominas huic veri seeum sine fine montre K

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