Jbaiï d'Essey
( Appelé aussi Jean d*Yvelot, et Jean de Fresvlllc. )
Jean d'Essey était archidiacre de Coulances dès l'an 1 239, caj le lendemain * du dimanche jUetarel*2$& » (ou selon le nouveau style 1239), il termina par un acte d'accord une procédure qui existait entre l'abbaye de Saint-Sauveur et Richard de Petit-Ville , archidiacre des îles ; alors il était lui-même archidiacre , et c'était pendant la vacance du siège. Il le fut pendant toute cette vacance , et pendant l'épiscopat de Frère Gilles de Caén ; il l'était encore en 1 250, comme le livre des visites d'Eudes Nigaud nous en fournil la preuve } nous, reviendrons sur ce livre. Enfin , après deux
ans d'une nouvelle vacance , qui suivit la mort de Gilles I , le chapitre présenta requête à la cour , pour obtenir son agrément à l'élection de Jean d'Essey , - fidèle sujet et ar- » dent zélateur de la gloire et de la prospérité du royaume. » C 'était au mois de Janvier 1251 , suivant noire manière de compter.
Jean d'Essey nous est connu par quatre actes importans : le premier est la rédaction du livre noir , qui fut faite par ses ordres. C'est une statistique complète du diocèse à celle époque ; un étal détaillé de toutes les cures, de tous les bénéfices , de tous les patronages , avec leurs revenus et leurs redevances , ainsi que leurs droits : c'est une des pièces importantes de la collection d'un antiquaire , ou d'un historiographe. \jC second est une information sur la vie cl les miracles du bienheureux Thomas Hélic , prètic , de Biville , curé de Saint-Maurice, chapelain du roi Saint Louis (B). L'information dura dix ans, c'est-à-dire depuis 1261 jusqu'en 1271; frère Raoul Des-Jardins, gardien des Jacobins de Cou tances (C) , la lit conjointement avec l'évêquc; lorsqu'elle fui terminée elle fut envoyée en cour de Home ; mais elle fut renvoyée à Cou tances , pour vice de forme , et pour défaut de qualité des solliciteurs , qui n'étaient que deux simples curés. Cependant 1 evôque mourut , et l'affaire en resta là.
Les deux autres actes qui nous restent de Jean d'Essey , sonl d'une autre nature. Il s'éleva une contestation entre l'archevêque de Rouen , Eudes Rigaud , et ses suffragans , relativement aux appels , qu'il recevait directement des archidiacres , quoique l'ordinaire n'eût pas été appelé à juger : celte contestation fui portée au tribunal du Souverain Pontife ; Jean d'Essey , évéque de Cou tances , et Robert de Coroegruc , évéque de Séez , furent députés par leurs confrères pour soutenir leur cause commune; le pape jugea eu faveur
«les évéques. Par suite de ce jugement , il y eut entre l'archevéque et ses suffragans une transaction , qui fut conclue en un concile provincial , assemblé à Ponl-Audemcr , Tan 1256; et par suite de cet accommodement, l'évêque assembla son synode , qui en approuva les clauses. L'acte synodal est daté du mercredi avant la féte Saint Denis.
Jean d'Essey eut avec son propre chapitre une affaire bien plus grave , et bien plus compliquée : la procédure roulait sur trente deux chefs principaux. Mais , ce qu'il y eut de plus grave encore, ce fut l'animosité réciproque entre l'évêque et le chapitre ; les choses en vinrent au point que , en Tan 1268 , le chapitre jeta l'interdit sur la cathédrale; c'était huit jours avant Noël , et à la Purification il durait encore. Cependant l'évêque bravant les censures de son chapitre fit ouvrir les portes de la basilique , sonner les cloches, pour convoquer le peuple , et célébra solennellement les saints mystères. Le chapitre, irrité de ce qu'il appelait l'audace de l'évêque , cassa les sonneurs , les bédeaux et tous les autres officiers qui avaient concouru de près ou de loin à la célébration de cet office , selon lui profanatoire. Comme il était impossible de marcher plus long-temps dans cette voie , il devenait nécessaire d'une réconciliation et d'un arrangement. L'arrangement eut lieu devant des arbitres choisis par les deux parties , qui furent contraintes de faire des sacrifices réciproques. Ce que nous y remarquons de plus saillant, c'est que le chapitre reçut le blâme des excès auxquels il s'était porté contre son évéque. Cet acte qui condamne Jean d'Essey à payer au chapitre huit livres tournois pour chaque fuis qu'il manquerait a l'office , aux jours de Noël , Pâques , Pentecôte , Assomption et Saint Laut , ferait supposer qu'il résidait peu dans son diocèse, ou au moins dans sa ville épiscopale. Il faut se garder cependant de prendre d'après ceq une opinion défavorable de ce prélat ; si ces contestations
refroidirent temporairement la charité dans son cœur , elles ne l'y éteignirent pas, car elles ne l'empêchèrent pas de faire de grands biens à son chapitre.
Il reste de Jean d'Essey un livre rituel ? composé en Tan 1259 ou 1260, sous la forme d'Qrdo, qui diffère en beaucoup de points du livre des offices de Saini-Laul de Rouen * soit que ce dernier ne fût pas propre à tout le diocèse de Cou- Usées >c<*nme nous l'avons dit , d'après l'auteur de l'histoire ecclésiastique de Normandie; soit que le rit eût été changé depuis sa rédaction. L'on y voit , entr'autres choses , qu'il n'y avait que deux degrés pour les fêtes : le simple et le double. Que l'office des Pontifes est rangé dans la classe de celui des Confesseurs. Que la Procession ne se faisait qu'aux fêtes doubles, et après-Tierce. Qu'on célébrait dès-lors à Couiancesles fêtes de la Sainte Trinité , de la Conception de la Sainte Vierge et du Saint Sacrement. Cette dernièie ne fut rendue universelle qu'en 1262 , c'est-à-dire , deux ou trois ans plus, tard, par le Pape Urbain IV. Ou y voyait l'usage de trois bans , et même plus , avant le mariage , dès-lors établi , ainsi que celui des fiançailles: c'était au jour des fiançailles qu'on bénissait l'argent et l'anneau , qui devaient être placés , pour cet effet , sur le livre même dont le prêtre faisait usage. Le fiancé avait, à répondre sur une multitude de questions concernant les. articles de la foi.
On y voit encore que Thomas ftélie , qui n'était mort quedepuis un peu plus de deux ans, jouissait déjà du titre de bienheureux ; et que le 3 janvier 1259 , ou 1 260 , selon notre manière de compter , l'évéque députa en cour de Uomc le vicaire de l'autel de la Sainte Vierge de la cathédrale , pour obtenir du Souverain Pontife sa canonisation. Ce fut sans doute par suite de celte démarche que fut commencée l'information, dont nous venons de parler.
Ou y voit encore qu'en Tau 1258, il n'y cul point d'oui. ;
mais que le temps de la moisson ci de la vendange fut constamment pluvieux et très-froid. La récolte fut cliélive, et de mauvaise qualité. On n'avait jamais vu des vins en si petite quantité et si mauvais : ils étaient verts , troubles , malsains. 11 parait que la culture de la vigne était encore usuelle dans notre pays. Le mois d'avril suivant apporta une grande mortalité : la maladie était instantanée, et la mort presque subile. Le printemps fut un été prématuré , accompagné de grêle , de coups de tonnerre et d'orage , qui causé re ut une grande désolation en bien des lieux.
L'épiscopat de Jean dT.sscy vil s'élever le couvent de la Perrine. Eustache (1) de Montcnay , épouse de Guillaume du Hommet , connétable de Normandie , le fonda vers l'an 1250, en donnant aux religieux de la Merci la chapelle du Dezert. On fait varier la date de cette fondation depuis 1205 jusqu'en 1278 ; cependant il est certain qu'elle eut lieu avant 1255 , car Eustache mourut le 4 de mai 1254. Il est possible aussi > sous un autre rapport , d'assigner à celte fondation différentes dates , et cette remarque esf applicable à toutes les maisons religieuses , car l'établissement fut doté à diverses reprises par plusieurs personnes : or , dans toutes les maisons religieuses , les premiers donateurs sont honorés du titre de fondateurs.
Notre prélat mourut en l'an 1274. Tous les obiluaires marquent s* mort au dernier jour d'octobre de cette année , excepté celui de la Perrine, qui indiquait les calendes de mars .
11 fut enterré dans le chœur de la cathédrale. A la messe , le célébrant asperge son tombeau après celui de Ceffroi Herbert et l'incription de Saint Laut , peu avant de mourir , il avait fondé deux chapelles à la cathédrale , et une troisième
antérieurement.
(1) Domina Eu$taria. — AM$, Bu$tachi<*.
Jean d'Essey portail pour armes , d'argent , à ta fasce lozangéc de gueules.
Après la mort de cet évêque , il y eut dans le siège de Coutances une longue vacance , qui s'explique par les contestations existantes entre les différens ordres du clergé , au sujet des élections. Quoique le père Bessin ait placé en 1279 un concile de Pout-Audemer , qu'il dit être signé d'un Guillaume , évèque de Coutances , il est certain que le siège était vacant , car une lettre de celte époque même , adressée par le chapitre au roi Philippe III , pour le supplier d'envoyer en possession de l'abbaye de Saint- Sever , à laquelle il était élu , frère Richard de Villiers , est inscrite sede vacante. Il faut conclure seulement que le concile se tint en une autre année , et que la signature G. Episcopus appartient à Gilles deCacn.
Cette lettre nous apprend que l'abbaye de Sain t-Se ver était en un état si misérable que les religieux avaient à peine du pain et des vétemens. Elle nous appreud encore qu'à cette époque le roi envoyait dans chaque abbaye des gardes ( custodes) pendant la vacance du fauteuil abbatial. Le même fait nous sera encore confirmé plus tard.
Il est temps de parler de Villedieu , qui commençait alors à devenir important. Henri I , roi d'Angleterre , avait donné aux Chevaliers du Temple , un petit terrain , sis dans la paroisse de Sautchevreuil , au pays d'Avranches , comme dit Guillaume de Jumièges > dans lequel ces religieux fondèrent un atelier de poellerie , et autres ouvrages de cuivre. En 1 250 , il y avait un hôpital , ainsi que nous le révèle la visite d'Eudes Rigaud. L'ordre des Templiers ayant été sup-* primé en 1311 , par le concile de Vienne , l'établissement de Villedieu fut donné en 1312 aux Chevaliers de Rhodes , qui prirent plus lard le nom de Chevaliers de Malle , à cause de leur habitation dans celte dernière lie , après qu'ils eurent
clé chassés de la première par les Turcs. Telle est l'origine de celte ville , qui fut jusqu'à la révolution le chef-lieu d'uue comuianderic de Tordre de Malle, et dont François Desrues, et plusieurs aulres écrivains , attribuent à tort la fondation à Richard III , roi d'Angleterre , en 1485.
TABLEAU DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE
HOMMES CÉLÈBRES
ÉVENEMBNS MÉMORABLES.
1267. Guy du Merle, ar-
1256 et 1259. Saint Louis
chidiacre de Coutances , élevé
visite le diocèse» de Cou-
à l'évêché de Bayeux.
tances.
HTotes,
(A) « Eodem anno , dominicâ quâ cantabatur latare Hieruasfem>1270, Guillelmus post modùm Constantiensis episeopus, in sermonebeati Joannis-Baptistœ, in domo Minorum, Parisiis , prœdicavit quod Uberum arbitrium , etc. De quo reprehensus publici,inseqiAmtidieapo$tolorumPetrietPauliptùlicêretractavit. Data fitit hmc tenUntia Parisiis anno 1240. » Que conclure d'un passage dans lequel on voit une erreur rétractée 30 ans ayant qu'elle ne soit professée ? La quelle de ees dates est la vraie? Y en a-t-i! une de vraie? Quel est ce Guillaume, évéque de Coutances , dont les registres de la Cathédrale n'ont pas connu le nom? Que signifie tout ce passage? On peut, si l'on
veut , l'attribuer à Gillain , auquel il peut convenir ; cependant, 11 faut avouer qu'il n'olfte rien de certain.
(B) Le bienheureux Thomas Hclie mourut au manoir de Vauville , le 19 octobre 1257 , son corps fut porté a Blville et inhumé au milieu du choeur de l'église , dans un sarcophage de pierre d'une seule pièce , recouverte d'une seconde. 11 y est resté jusqu'au dimanche 13 juillet 1794, qu'il fut enlevé pendant la nuit, par M, Lemarié , prêtre, vicaire-général de M. de Talaru , aidé de quelques amis , qui voulaient le soustraire aux profanations des révolutionnaires. Il a été rendu depuis ik cette même église , où l'on voit son tombeau de marbre blanc , sauf une portion de ses reliques, qui sont restées à l'église de Yirandcville.
(C) Les Frères prêcheurs , ou Dominicains , autrement appelés Jacobins, du nom de l'Eglise Saint-Jacques , de Paris, qui leur f il cédée par l'université, existaient à Coutances dés Tan 1247 ; l'on croit même qu'ils s'y établirent dés te temps de Saint-Dominique , leur fondateur , qui mourut en 1221 f et qu'ils remplacèrent des bénédictins, qui y étaient depuis un temps que l'on ne connaît pas. Ce couvent, fondé ou doté par lesPaynel, dont on voyait les armes en plusieurs lieux des bAlimcns, fut brûlé par les calvinistes, en 1563 , et rétabli en 1579, par les soins du chapitre et de plusieurs particuliers, dont on voyait les armes aux vitres , a la charpente et aux corniches du chœur. Les premiers religieux vinrent de Dinan , en Bretagne ; on y en vit par la suite jusqu'à cent, dont la plupart étaient des docteurs de Paris. A la fin , celte maison avait bien perdu de sa splendeur; maintenant , les bâllmens réparés et exhaussés servent de grand Séminaire.