‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 42 sur 158 · Chapitre 2 S · texte numérisé non relu

Chapitre 2 S

La Fuite d'Eudes liigaua*.

L'ait 1250 , Eudes Rigaud , archevêque de Bouée , fil la visite des maisons religieuses du diocèse de Coulanccs ; nous allons extraire du journal de celle visite, que M. de Caumont vient de faire imprimer tout récemment , d'après le manuscrit de la bibliothèque royale , ce qui nous semblera devoir présenter Le plus d* intérêt.

L'archevêque entra dans le diocèse de Cou lances par Saint-Sever , le 6 du moi» d'août , et commença par celle abbaye qu'il visita le lendemain ; il y trouva dix-sept moines,, peu réguliers , ayant trois prieurés , doul deux en Angleterre* environ huit cents livres de revenu , cinquante livres de pensions et le patronage de vingt-deux églises.

Le huit du même mois , il se rendit à Villedieu de Sautchevreuil (1) , où il Tut reçu par les hospitaliers. Pendant qu'il était en ce lieu , maître Nicolas de Houislrcham (2) , vint lui déposer une plainte et un appel par écrit , contre le chapitre de Cou lances , qui refusait de le mettre en possession d'une prébende à lui conférée par l'évéquc défunt.

Le neuf , il visita l'abbaye de Hambie. Celle abbaye avait dix-sept moines , dont deux habitaient chacun dans un prieuré , ce qui était contre la règle , car ils devaient y être au moins deux ; ils n'avaienl pour tous qu'un seul calice ;

(1) Apud Villam Dei de saltu caprt.

(â) Xieofau* de Uoslrehomt.

au lieu de cellules , il n'y avait dans lu maison , qu'un dorloir commun ; Ton y observait fort mal la règle , sur les articles de la confession , du jeûne , de l'abstinence. La maison avait six cents livres de revenu , mais la gestion en était en désordre ; les hôtes étaient assez mal reçus ; il y avait onze cents livres de dettes. Six églises étaient sous sa dépendance.

Le dix et l'onze d'août, la visite se lit à l'abbaye de Sainl-Laut : il n'y avait pas de grands désordres dans cette maison , maïs elle n'était pas plus régulière que la plupart des autres. Elle avait 25 chanoines , dont vingt étaient revêtus du caractère sacerdotal ; ils acceptaient volontiers les cures qui leurs étaient offertes , même malgré leur abbé , ce qui était contre la règle. Us avaient tous quelque chose en propre , ce qui était également défendu. Les malades étaient mal soignés , la clôture mal gardée. L'abbé agissait d'une manière sordide envers les parens des chanoines , lorsqu'ils venaient leur rendre visite , ce qui obligeait ceux-ci à acheter des provisions pour les recevoir. La maison avait mille livres de revenu , elle était endettée de cent quarante livres , et grevée de huit livres de pensions ; les comptes étaient mal en ordre.

Le chapitre de Cou lances était composé de Vingt-six chanoines , et sept dignitaires , savoir : quatre archidiacres , le chantre , l'écolàtre , et le trésorier ; ces trois derniers étaient obligés à une résidence perpétuelle. Tout n'était pas régulier dans le chapitre : les chanoines parlaient fort haut pendant l'office ; les ornemens étaient mal tenus ; les chanoines Guillaume d'Oissel , Richard de Trégoz , Richard Trigalos , Avisard Thomas Lcfevre et Jean Lefevre , reçurent de sévères réprimandes.

Il y avait au prieuré de Saint-Pair , deux moines du Mont- Saint-Michel , jouissant de mille livres de revenu , dont ils rendaient compte à l'abbaye, et endettés de 840 livres.

L'archev&roelcurinterdii l'usage de la viande et des matelas.

La visite se fit le 18 d'août à Bricqueville ; le 19 , à Périers ; le 20, à Lessay. Celle abbaye avait 36 moines, plusieurs prieurés , dans chacun desquels demeurait un moine seul , ce qui était contre la règle ; quatorze cents livres de rente , quatre cent cinquante livres de dettes. La règle était mal observée , principalement sur l'article du jeûne et de l'abstinence .

Blanchelande fut visitée le 21 ; cette maison fut probablement trouvée régulière, car il n'est rien dit de plus sur le journal. Le 22 , ce fut le tour de Saint-Sauveur ; il y avail dans l'abbaye 25 religieux , et hors de l'abbaye, il y en avail 1A , habitant dans six prieurés. Le pain de l'aumône ne valait rien. 11 y avait deux avocats demeurant dans la maison , ils étaient de mauvaise conduite , propres à rien , et fort onéreux. L'abbaye jouissait de mille livres de rente , sur lesquelles il y avait pour 20 livres de pensions ; elle ne devait rien , elle avail même de l'avance. Le jeûne et l'abstinence precrits par la règle étaient mal observés.

Montebourg avait trente-sept moines , tous prêtres excepté les novices ; trois cents livres de renies , sur lesquels étaient affectées trenie livres de pensions. 11 y avait dans la maison beaucoup d'abus à corriger.

Les lies (1) n'avaient qu'un seul moine. Eudes Rigaud donna ordre de le rappeler à l'abbaye ou de lui adjoindre un compagnon. Nous ne savons quelles sont ces Iles , mais nous pensons avec M. de Caumont que ce sont les îles Sa in l- Ma rcou , parce qu'il devait y avoir plus d'un moine à Jersey. Il n'est point fait mention de celle-ci sur le journal.

Le 24 août , l'archevêque passa la journée à Yvetot , dans

(1) item in insu lis est unus monachus solus; ordinavimus quod revocetur , vel detur ei socius.

la maison de l'archidiacre Jean d'Essey. Le lendemain , il visita le prieuré d'Héauville , qui avait deux moines de Marinouliers. Vauville avait quatre moines de Cerisy , qui jouissaient de 1400 livres de rentes , et devaient quarante livres. Ces religieux n'avaient point de règle écrite ; aussi n'obscrvaient-ils presqu'aucuoe règle.

Cherbourg (i ) avait 27 chanoines, tous prêtres, excepté six. L'abbaye possédait 800 livres de rentes, elle était endettée de 700 livres j c'était la moins régulière de tout le diocèse , l'abbé, principalement, se trouva gravement repréhensible, le bailli fêtait un peu moins. Barfleur n'avait qu'un religieux. Le prieur de Saiul-Cosme se nommait Richard de l'Angle. Bohon avoit huit religieux de Marmou tiers , jouissant de 280 livres de rente ; le Prélat ne put que leur adresser des conseils , parce qu'ils étaient exempts. Saintcny reçut la visite , mais ne put héberger l'archevêque , vu la petitesse du local; il y avait deux moines de Saiot-ÎSioolas-d' Vngcrs , peu réguliers j le compagnon du prieur était gravement repréhensible. Marchesieux avait trois moines de Cormery ; l'observance de la règle n'était pas leur vertu , ils n'avaient pas même la règle de leur ordre par écrit. Le revenu de la maison était de 200 livres , et les dettes de soixante. Saint* Frémond était riche de 50 livres de renies et devait quarante livres. 11 y avait 15 moines de Cerisy , tous préires. Il se trouva encore plusieurs abus dans la communauté et peu de régularité , mais cependant point d'immoralité.

L'archevêque termina là sa visite, et se rendit le même jour ( 2 septembre ) , au château de Neuilly , appartenant à l'é-* vêquè de Bayeux. En partant , il laissa , à l'adresse de l'archidiacre , Jean d'Essey, une longue ordonnance concernant l'ordre à rétablir dans l'abbaye du Vœu.

(1) Cherbourg est appelé dans ce journal, Cmord Burgu$ et Chartmborc.

Ce que nous avons remarqué de plus fréquent dans le livre des visites d'Eudes Higaud , c'est que la clôture des menas* tères était mal gardée , le jeûne et l'abstinence prescrits par les règles monacales , mal observés , principalement dans les prieurés ; que les moines couchaient presque tous sur des matelas , tandis qu'ils devaient coucher sur des paillasses ; que les comptes étaient presque partout mal en ordre. Pour remédier à cet abus , l'archevêque ordonna que chacun des abbés rendit ses comptes deux fois l'an à la communauté, que chacun des employés rendit les siens une fois le mois à l'abbé , que les prieurs en fissent autant à leur maison mère , toutes les fois qu'il serait nécessaire ; qu'il y eût à cet effet , dans toutes les maisons , des registres ouverts pour inscrire jour par jour la dépense et la recette ; et d'autres , pour inscrire les revenus et les dettes. Il s'occupa encore spécialement des infirmeries , et donna des ordres pour que chaque maison reçût convenablement les hôtes.

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