Chapitre
Depuis 143* juvqu en 14»©.
VALLES DE DUREMORT. — JEAN DE CASTIGLIONE. — RICHARD-OLIVIER DE LONGUEIL.
i.° Gilles de Duremort.
Gilles de Duremort) uatif de Rouen , professeur éméri le de théologie en Sorbone , abbé de Fécamp , et plus ancicnnemcnl abbé de Beaupré et de Beaubee , protégé des Anglais, auxquels il avait donné des gages , fut porté par eux au siège de Coutances , vers le commencement de Tannée iUUO. Il fut sacré à Rouen le 28 juillet , par le métropolitain , Louis de Luxembourg.
H avait été, avec Nicolas Habart et Pierre Cauclion, évoque de Bcauvais, un des juges qui condamnèrent au feu , comme hérétique , sorcière et relapse , l'infortunée puceile d'Orléans. Nicolas Habart répara l'honneur de sa victime en avouant son innocence ; Pierre Gauchon , devenu évêqiic de Lisieux , fonda dans sa cathédrale une messe quotidienne de beatâ ; nous ne savons ce que fil Gilles de Duremort , ni même s'il reconnut son erreur. Il s'excusa peu l-élre en alléguant la nécessité politique. Gelte excuse est aussi commune qu'elle est vaine .
Gilles 111 n'avait rien qui l'obligeât de rester éloigné de
«on diocèse , puisque ses bons amis les Anglais y étaient les. maîtres ; cependant il préféra l'oisiveté du prieuré de Saint- Laut, il y mourut au bout de quatre ans d'épiscopal , sans avoir rien fait pour son église. On peut dire encore Je celui-ci, avec Touslain de Billy , qu'il ne fut évêque que de la main.
Pendant la première année de son épîscopal , les moines, de Sainl-Laul de Rouen apportèrent en grande solennité à. la cathédrale un des bras de notre cinquième évoque. Ils avaient permission de porter celle relique par tout te diocèse : ils l'y portèrent en effet, et ramassèrent de grandes aumônes pour leur couvent; ce qui était le but de leur offrande et de leur voyage.
Lorsque l'évéque de Coulanccs résidait en leur maison ils lui devaient des nappes , des serviettes et du sel sur les tables ; des verres de bois , des pots de terre el des plats de bois. Le jour de son ordination , lorsqu'elle avait lieu à Rouen , ils lui donnaient une paire de gants , le ruban de sa croix pectorale, ses souliers de cérémonie el une paire de bottes. Ils allaient processionetlement te chercher à la métropole , accompagnés des ecclésiastiques des deux paroisses de Saini-Laui cl Saint-Jean , des Templiers , des Carmélites , des moines du Bec , de Jumièges , de Vallemonl et de Beaubcc, et le conduisaient en leur égHse , où il exerçait ses premières fonctions.
(lilles de Durcmori mourut subitcmenl le 29 juillet H fut inhumé dans l'égHsc du prieuré de Sainl-Laul (A)
2 " JE\> DE (*ASTI(iLIO>£, CARDINAL.
A (iillcs III, le Souverain pontife iïneènc IV substitua, par droit eje réserve , le iv des uoncs de septembre de la même
année , un Italien , du nom de Jean de Castiglione , qui ne devait jamais venir dans son diocèse. Natif de la ville de Milan , issu de cette noble famille qui donna au monde chrétien le pape Cèles tin IV , et les cardinaux Geflroi et Branda Castiglione ; il était neveu de ce dernier et cousin germain de Zanon Castiglione , évéque de Lisieux , et ensuite de Baveux. Le cardinal Branda avait été évéque de Lisieux. L'envahissement des églises de la Normandie par cette famille peut s'expliquer par les rapports du duc d'Orléans avec Milan , dont il prétendait à la souveraineté.
Nous ne savons en quel lieu résida ce prélat pendant qu'il fut évéque de Coulances ; à moins que ce ne fût aussi à Rouen: nous l'y trouvons.cn 1449, à l'entrée solennelle du roi Charles VU, à laquelle il assista en habits pontificaux. Son grand-vicaire , qui était aussi son intendant , et qui Lui faisait passer les revenus de l'église de Cou tances , se nommait Guillaume de Varoc.
Après une trêve de quatre ans , la guerre avait repris avec violence dans la Basse-Normandie , mais cette fois ce fut au détriment des Anglais. Cou tances , cl presque tout le reste du diocèse , fut repris par le roi , ou par ses généraux , dans le cours de L'année 1449. Les habitai» du Colon lin , las des Anglais , secondaient les Français de tout leur pouvoir ; enfin , le 12 août 1450 , Cherbourg , leur dernière place dans le Cotentin , leur fut enlevé. La garnison évacua la ville le surlendemain , vies et bague* sanre* , un bâton bluuc à la main. Le peuple se porta en foule à l'cglisc , et y chaula le Te Deum avec un enthousiasme exiraordinaire.
En mémoire de celle délivrance , attribuée à la protection de la Sainte-Vierge , un mécanicien , nommé Jean Aubei l , composa une ingénieuse machine , représentant l'Assomption de la Sainte-Vierge et son couronnement dans le ciel : elle se mouvait par des ressorts ; son jeu était admiré
encore Irois cents ans après. Elle lut élevée à la voûte de l'église , d'où elle prit le nom de No Ire- Dame-Montée ; on la faisait jouer à certaines solennités, ce qui attirail un immense concours de spectateurs; elle donna même naissance à une fort nombreuse confrérie . qui prit le nom de Notre- Dame-Montée
Pour juger du malheureux état auquel se trouva réduit le diocèse de Cou tances pendant ces guerres désastreuses , il su Hit de répéter après Amelgard , historien contemporain , que le pays était au pillage de tous les partis , dévasté par les Français aussi bien que par les Anglais , et que « les troupes
• du roi de France voyaient avec douleur les villes et les
• bourgs de la Normandie rentrer d'eux - mêmes sous la - domination du roi , parce que cette reddition volontaire
• leur ôlait le moyen de s'enrichir par le pillage. »
En 1452 , ou 1453 , Nicolas V transféra l'évoque de Coulances au siège de Pavie. Calixle ÏÎT 1 éleva au cardinalat. 11 mourut à Macéra la , le vm des calendes de mai (24 avril ) 1460 , et fut rapporté à Milan , où il repose dans le tombeau de sa famille.
Ii portail pour armes , de gueules , au lion laropassé d'argent , louchant de sa patte droite un château d'or.