‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 55 sur 158 · BlCUAHD-OLIVrER DE LOJSGUEIL, CARDINAL DE COVTANCES · texte numérisé non relu

BlCUAHD-OLIVrER DE LOJSGUEIL, CARDINAL DE COVTANCES

K'ichard-Olivier de Longueil , sieur d'Angis , lils de Guillaume de Longueil , vicomte d'Auge , seigneur de Varengeville cl d'Oiïreinville , gouverneur de Caen ; et de Catherine de Bourguenoles ; licencié es lois , prolonolairc apostolique , président en la chambre des comptes , chanlre de Lisieux , chanoine et oflicial «le la métropole de Rouen ,

archidiacre d'Evreux , abbé de Saint-Corueille de Compiègne , de Sorèze , de Vendôme , d'Ambournay , avait partagé les suffrages avec Philippe de Roses , autre officiai de Rouen , à la mort de l'archevêque Raoul Roussel ; mais Nicolas V écarta les deux candidats , en laveur de Guillaume d'Kslouteville , abbé du Mont-Sainl-Miehel , et nomma Richard-Olivier à 1 evèché de Coulances , vacant par le déplacement de (iasliglione.il fut sacré le 28 septembre 1453; le 12 mai suivant, il prêta serment de fidélité au roi pour le temporel de son église.

Richard-Olivier de Longueil est incontestablement l'un de nos plus excellens prélats , et un de ceux qui ont le plus illustré l'église de Coulances. Il faut convenir cependant qu'il ne résida pas constamment dans son diocèse : la cour du roi de France , ou celle du souverain pontife , jouirent plus souvent de sa présence. Pendant ce temps , le diocèse était gouverné par son neveu , Pierre de Longueil , qui devint évêque d'Aoxerrc , et qui était alors archidiacre de Coulances. Les fonctions d'ordre étaient faites par un coadjuleur du nom de Jean , évéque in partibus de Janopolis ou Juslinopolis.

Ce coadjuleur consacra en iUQh , le jour Saint-Michel , la nouvelle église de l'abbaye de Cherbourg , construite à la place de celle que Charles-le-Mauvais , roi de Navarre , avail démolie en 1359. Arlus Dumoustier dit simplement qu'il la réconcilia , et qu'il en consacra le maître-autel sous l'invocation de la Saiule-Vierge ; ce qui indiquerait que cette église avait été restaurée plutôt que reconstruite à neuf.

Dans la même année , il conféra, le sacremeut de l'Ordre , le 18 et le 19 septembre en la ville de Coulances , le 20 à Hauteville , le 21 à la Perrine , le 22 à Sainl-Laut , le 9 octobre à Péricrs et à Sainletiy , le 11 à Carentan , le 12 àEmondeville , le 13 à Orglandes , le ih à Valognes , le

15 à Qucllchou , le 10 à Bailleur , le 17 à Gattevillc , fc- 18 à Cherbourg , le 19 à Hcileville , le 20 aux Pieux , le 21 ' à Barneviile , le 22 à Sainl-Sauvcur-lc-Vicomte , le 23 à Blanchclande , le 24 à Lcssay , le 25 à Montsurvcnl , le 26 à Monl-Marlin , le 27 à Granviile , le 28 à la Haye- Payncl , le 29 a Villedieu , le 30 à Hambye, le 31 à Tessy , le 2 novembre à Soûles. U était d'usage que l'évèque, ou son sufiragant , se transportassent ainsi dans tous les* lieux où il y avait des ordinations à faire j les ordinans faisaient au prélat une offrande , et celait le meilleur revenu, éu coadjutcur. L'an 1513 , il y eut 626 personnes qui reçurent la tonsure pendant la tournée épiscopalc , et qui donnèrent 155 francs; 144, qui rcçurentlcs ordres mineurs,, et dont le total des oblations s'éleva à 36 francs. En 1460 ,. Richard-Olivier conféra lui-même les ordres : à Villedieu. 23 personn e reçurent la tonsure , il y en cul 47 à Gavray 43 à Boufossé , 110 à Saint-Laul , 106 à Garentan , 43 à. Laulne, 15 à la Hayc-du-Puits , 170 à Varogncs. Celle ordination sappelail de tournée (Per turttum) et n'avait lieu que pour hi tonsure et les ordres mineurs. L'ordinationappclée générale , qui comprenait tous les ordres , ne se faisait qu'à Coutances, Saint-Laut ou Boafossé. Ainsi, L'année même pendant laquelle noire évèque cardinal conféra les ordres à tan l de personnes (tons sa tournée , il fil aussi une ordinaliou générale à Coutances , dans laqnclleil y eut 131 tonsurés, 63 acolylhes , 11 sous-diacres , 12 diacres et 23 prêtres. Ceci peut suffire pour donner au lecteur une idée des usages d'alors , ei du nombre des ecclésiastiques répandus dans le diocèse de Coutances.

Richard-Olivier élail le chef du conseil de Charles VH , et le plus intime des confiée îs de ce monarque , qui lui donna un gi and nombre de preuves de sa confiante. Il le chargea auprès du duc de Bourgogne de lacomuiisV.c-n délicate d ob-

tenir l'expulsion du Dauphin, depuis Louis XI , de fa cour die* ce prince. Il le mit à la lé" le de la députa lion chargée d'aller recevoir les ambassadeurs du roi de Hongrie , qui vinrent en Î457 demander pour leur maître la main de sa fille , la princesse Madeleine. 11 le lit présider au jugement qui fût prononcé contre te duc d°Alençon, accusé d'être le fauteur de la révolte du dauphin. En 1456 , il le chargea de revoir ,. avec l'archevêque de Reims , Pévêque de Paris , un inqui- ' sileur nommé Jean de Bréhal , et plusieurs docteurs , le procès de la Puceltc d'Orléans, et de réhabiliter sa mémoire. La sentence de réhabilitation , rendue le 7 juillet , condamne à être brûlés vifs deux des juges de celte infortunée , qui vivaient encore, et porte que les ossemens de ceux qui étaient morts seraient exhumés pour être brûlés pareillement. Faible réparation de celte grande iniquité , qui sera* une tacheéicrnclle à la mémoire de Bedfort (lj , qui la commanda , et de Charles VII , qui ne fit rien pour Fem pécher. Les deux dernières clauses de celte sentence ne furent point exécutées; mais les habitans de la viHe de Rouen élevèrent un monument commémoratif et expiatoire sur le Kcu où l'héroïne Française avait été livrée aux flammes.

En 1456 , il fut crée , par Calixte IH , cardinal , du titre de Saint-Eusèbe , mais il ne reçut le chapeau rouge qu'après te décès de ce souverain pontife , en 1458 , de la main de Pie II. Aussitôt après sa promotion-, levèché de Cou tances fui mis en régale, elBrandadeCastiglione, chanoine et archidiacredé Coulances fut chargé de l'administration du temporel. La. régale était une sorte de garde-noble royale , ou droit éminent de la couronne , qui faisait rentrer , à chaque vacance d'un évèché , les fruits et revenus qui en dépendaient , dans la main du roi. EHe s'ouvrait par la mort de l'évéquc , par sa

(1) Rigenlde France , pour le roi d'Angleterre..

démission , sa résignation , sa félonie , el même par sa promotion au cardinalat , mais seulement du jour de son acceptation de cette dignité.

Quoique Richard-Olivier n'eût pas approuvé 1 eloigncmenl du Dauphin pour la personne de son père , puisqu'il lui écriv it une lettre , à la date du 17 juillet 1461 , pour l'engager a changer de conduite et à revenir vers lui ; et quoiqu'il eût l'ail une démarche hostile à ce même Dauphin , en voulant le faire expulser de la cour du duc de bourgogne ; cependant il n'encourut pas pour cela sa disgrâce , car il fut un de ceux qui reçurent les premières marques de sa faveur , à son avènement à la couronne. Louis XI le convoqua nommément à ' son sacre ,et l'envoya bientôt après en Italie , avec le cardinal d'Arras , porter au souverain pontife la nouvelle de la révocation de la Pragmatique , et demander l'investiture du royaume de jNaples. Mais comme il ne réussit pas dans cette mission , comme d'ailleurs il prolongea trop son séjour en Italie , auprès du Pape , qui l'avait accueilli avec distinction et le comblait de ses faveurs ; ce monarque lui relira ses emplois à la cour , et donna à un autre sa charge de premier président en la chambre des comptes. Le souverain pontife le dédommagea de ses perles en lui donnant les riches abbayes de ttcrnay cl de Saint-Pierre- su r-Dive. Le même pape , qui lui avait voué une affection singulière , el qui voulait le conserver perpétuellement auprès de lui , lui donna encore les évêchés de Porto et de Sainte-Kuline. L'évcché de Porto , dans la campagne de Rome. , est le second des six qui sont réservés aux six cardinaux évéques. 11 conserva celui de Coulances au moins jusqu'en I/16O , puisqu'on voit qu'en cette année il y remplit ses fonctions épiscopales ; mais on ignore ce qui advint dans la suite : en effet , on ne trouve pas de traces de vacance du siège dans les actes du temps , elil n'apparaît pas de nouvel evéque jusqu'en 1470, qui fut

l'époque de sa mort ; cependant les historiens parlent dc'sa démission comme d'une chose probable , et l'inscription suivante, qu'on lisait dans l'église Saint-Pierrc-dc-Romc , laquelle ne le qualifie pas d'évôquc de Coutanccs , semble in" diquer qu'il l'avait faite réellement , quoique plusieurs supposent qu'il ait gardé les deux évéehés en vertu d'une dispense : « Richard , évèque de Porto, cardinal de Coutanccs , » ordonna de réparer à ses frais cet antique autel, auprès » duquel il repose. *

Par un hazard peut-être unique , et bien honorable pour l'église de Cou lances, son ancien évêque, Jean de Casliglione, et son évêque actuel , Richard-Olivier de Longueil , furent faits cardinaux en même temps , dans le même conclave. L'un fut connu dans la suite sous le nom de cardinal de Pavie ; et l'autre , sous celui de cardinal de Coûtantes. Celui-ci devint aussi archiprêlrc de l'église Sainl-Pierre-de- Romc ; il fit de grandes réparations à cette basilique ; et fit reconstruire à neuf le palais archipresbyléral. Il fil briser un magnifique Jupiter Capitolin , dont les artistes déplorèrent la destruction , et de ses débris, il fit jeter en moule une statue assise du prince des apôtres , qu'il plaça dans son église Saint-Pierre. Le peuple a conservé jusqu'ici iincgrandc vénération pour celte statue , dont il va baiser les pieds , et sous la main bénissante de laquelle il aime à se prosterner.

Quant à son diocèse de Coutanccs , nous ne savons pas que Richard-Olivier ait fait quelque chose pour lui. Sous son administration , en l'an 1458 , il paya une det iine de 1290 livres, 15 sous , 3 deniers. En 1463, Louis M fit démanteler Coutanccs , pour punir celte ville de l'asile quelle avait donné aux troupes du duc de Bretagne , qui suivait le parti de son frère , le duc de Berry , dans sa rébellion.

Libre dans ses pensées , franc dans leur expression , ténare dans son opinion , Richard-Olivier ne savait jamais céder ,

pdùr peu qu'il crût avoir raison , ni faire taire la voix île sa «conscience devant celle de ses intérêts. Contraire à la prag-*ma ligue sanction , qui était l'idole de Charles VU , il s'opposa 'de tout son pouvoir à sa publication ; un jour il en parla en plein parlement , ainsi que du roi , avec si peu de ménage-" mens et d cgtrds , qu'il fut condamné à dix mille livres d'amende : somme énorme à cette époque. Cette condamnation ,q»i peut nous donner une idée de la fortune immense de ce prélat , et cette opposition , aidèrent peut-être à lui concilier les faveurs de la cour de Rome , à laquelle elle était plus antipathique encore ; et peut-être aussi à le faire rentrer d:vns les bonnes grâces de Louis XI , qui adopta pour principe , en montant sur le trône , de détruire ce que son père avait fait (B).

Le neveu de notre prélat , dont nous avons parlé sous le nom de Pierre de Longueil , se distingua sur le siège d'An-" xerre particulièrement par son zèle pour la propagation de la croyance en l'Immaculée Conception de la Sainte-Vierge et rétablissement de sa féte , qu'on a long-temps appelée fête des Normal s.

Le 15 août 1470 , Richard-Olivier de Longueil mourut à Pérouse décoré du titre de Légat d'Ombrie et en remplissant les fonctions. Il fut rapporté et inhumé à Rome dans son église de Sl-Pierre (C). Le souverain pontife Pie II a fait de lui cet éloge , qui vaut la plus belle oraison funèbre : • Plût » au ciel que l'église complût dans son sein plusieurs cardi- » naux de Coulantes : c'est un homme grave , un homme bon , • un homme doux , un homme docte , un homme franc et » sincère (P). •

Richard-Olivier portait pour armes , écarlelé , au premier et au quatre d'azur à trois roses d'argent au chef d'or chargé de trois roses de gueules , qui est de Longueil ; au deux et trois , d'azur au lion d'argon i armé d'or, lampassé

de gueules et accompagné de trois étoiles du premier émail \ qui est de Bourguenoles.

ÎVÉKEMEINS.

Le 26 octobre 1438 , cession du roc de Granvilk , par Jean d'Argouges, à Thomas lord Scale, moyennant un chapeau de roses vermeilles , payable à la Saint-Jean.

Le 9 août 1458, Guillaume le Tellier , baron de la Luthumière, donne un terrain dans lequel les Cordeliers de Valognes fondent leur premier établissement.

HOMMES CÉLÈBRES

Jean de Dunois , seigneur de Sainl-Sauveur-l'Endelin.

1451 , naissance dans la paroisse du Désert de Guillaume de la Mare, chanoine de Coutances , prédicateur et théologien.

Yole*.

(A) Epitaphc de Gilles de Duremort, dans l'église Sainl- Laut de Rouen :

H'tc jacet bonœ memoriœ , eximiœ quondam scientiœ et eloquenti(B reverendissimus in Christo pater /Egidius Durœmortis , nacrœ theologiœ professer ; Canobiorum pridem Belli- Prati, hinc Belli-Ilecchi , posteà t'iscanensis abbas ; postremù Constantiensis episcopus, qui dteessit anno 14 H, 29ji</it.

(B L'église de France se gouverna long-temps par ses antiques usages , qui étaient presque tous apostoliques : c'est ce que l'on appelait les libertés de l'église Gallicane ; au nombre de ces usages était l'élection des prélats et des bénéficiers. Cependant les entreprises des rois, des papes, des particuliers; le laps du temps et les dilTércns caractères des siècles apportèrent dans cet ordre de choses des perturbations. Vers le commencement du 15/ siècle , plus on s'en éloignait , plus l'on disait qu'il fallait) revenir. En 1438, une assemblée du clergé, tenue à Bourges , sur la convocation de Charles VII, voulant régler la matière des bénéfices, formula en ordonnance plusieurs des décrels du concile de Bâle : d'après cette ordonnance , la collation des bénéfices fut rendue aux ordinaires, avec réserve d'un tiers pour les gradués , l'élection des prélats fut rétablie , cl sa forme déterminée ; on laissa au pape les préventions, on établit les prébendes théologiques , l'on abolit les déports , les réserves et les aimâtes. C'est ce décret qui prit le nom de Pragmatique-sanction. Il mil en foreur les faméliques de l'Italie, qui circonvinrent les souverains pontifes jusqu'à ce qu'enfin ceux-ci en eussent obtenu l'abolition.

(C) Inscription funéraire de Richard-Olivier de Lougueil , dans l'église Saint-Pierre de l'orne :

Richard» $ episcopus Portumsis . cardinal is Constantiensis.

yormandià oriundus , hoc altare vctustiisimnm novtî farte et <lote novd testamento jusstt ornari , ubi inpace requicscit.

(D) Nous voyons par les détails des états tenus à Tours en 1481, que sous le règne de Charles VU, les revenus du royaume ne se montaient qu'à 1,200,000 livres; mais alors le marc d'argent n'était qu'à 8 livres 10 sous ; tandis qu'il est aujourd'hui à 50 francs (1). La décime de 1200 livres représente donc une valeur actuelle de 7588 francs, puisque la livre d'alors esta la nôtre comme 17 est à 100. Les plus anciennes décimes furent imposées au clergé à l'occasion de la guerre sainte , et pour subvenir a ses frais. Cet impôt une fois inventé ne tomba pas dans l'oubli : les papes se l'attribuèrent quelquefois , et il Onit par rester aux rois. En 1516 , Léon X accorda une décime à François I." , pour faire la guerre aux Turcs; François prit les Turcs pour alliés, au lieu de leur faire la guerre ; mais il leva cependant la décime et employa l'argent à d'autres usages. En 1561 , le clergé , dans une assemblée de Poissi , donna au roi douze cent mille livres par an, pour faire la guerre aux Huguenots ; il donna ainsi jusqu'à sept millions cinq cent mille lifres. En 1585 , il renouvela la décime de douze cent mille livres pour dix ans ; elle devint dès-lors fixe et annuelle. Les assemblées du clergé, qui se tenaient de 10 en 10 ans, y ajoutaient des dons gratuits , qui rélevaient à deux millions et plus par année.

(E) Utinatn constantietiscs haberemus plures : benè consul— tutn esset Ecclcsice. Vir gravis est , vir bonus , vir mitis , vir doc tus , semper in mis sententiis verus. ( Epist. 97 Joan. Castigl. Card. )

1) Sauf la différence «le In livre avec le demi-kilogramme

Page 1