‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 67 sur 158 · NICOLAS DE BRIROY. — NICOLAS BOURGOING. - LÉONOR DE MATIGNON · texte numérisé non relu

NICOLAS DE BRIROY. — NICOLAS BOURGOING. - LÉONOR DE MATIGNON

i.° Nicolas II de Bbiroy.

A la mortd'Artur , Henri III donna à Jacques de Matignon , en [récompense de ses services , la provision , sa vie durante , de l'évêché de Coutances ; en conséquence , le 21 décembre 1587 , il en pourvut un de ses fils , du nom de . Lancelot , Seigneur de Lonray , qui était déjà abbé de Cherbourg. Ce jeune prélat , d'une éminente piété , voulut faire un pèlerinage à Rome , aux tombeaux des bienheureux Apôtres , et recevoir l'onction des mains du souverain pontife , mais la mort l'arrêta dès les premiers pas de son pèlerinage ; il cessa de vivre , le 1 ."janvier 1588. N'ayant pas été sacré , nous ne le compterons pas au nombre de nos évêques.

Après la mort de Lancelot , le roi envoya à son infortuné père , et par forme de consolation , un brévet en blanc , pour une nouvelle nomination. Le maréchal se retint une grosse pension sur les revenus de 1 evêché , et nomma le grandvicaire Nicolas de Briroy , le 29 octobre de la même année. Nous pensons que la nomination ne fut différée si long-temps

qu'à cause des arrangemens qu'il dut prendre , avant tout , avec* les candidats , relativement à la pension , et à la ville de Saint-Laut , dont il craignait de perdre la possession. Du moins , Nicolas fut soupçonné d'avoir transigé sur ce point. L'expédition des bulles souffrit un retard de dix années , parceque Henri III vint à mourir sur ces entrefaites, et Henri IV , son successeur , n'était pas agréable à la cour de Rome. Pendant l'intervalle , Nicolas gouverna le diocèse en qualité de vicaire capilulaire ; et Philippe Troussey fil les fonctions d'ordre , en qualité de suffragant. Ce chorévêque mourut en 1590 , le 24 mai ; il est inhumé à Blanchelande. Enfin, Nicolas H reçut ses bulles en 1597.

Nicolas de Briroy naquit probablement à Ficrville , qui était la résidence ordinaire de sa famille. Il fut nommé euré de Fierville en 1540, à l'âge de 14 ans , chanoine de Coulances en 1570, vicaire-général et archidiacre du Beauptois en 1575 , et enfin évéque le 29 octobre 1588 , ainsi qu'il vient d'être dit. Il parut avec éclat aux états de Blois , de 1576; Henri III y discerna si bien son mérite , ou voulut tellement récompenser ses bons offices , qu'il lui accorda la collation de tous les bénéfices du diocèse tombés en régale. On le trouve encore sur les actes de deux assemblées de Paris et de Rouen , et aux états de Melun , en 1580. Il y porta le cahier des doléances de l'évéché de Coulances , qui présentait un effectif de douze mille quatre-vingt-deux personnes tuées par suite des contestations religieuses , savoir : onze prêtres , seize religieux , cent vingt-huit gentilshommes catholiques , cent soixante-deux gentilshommes protestons , ciuq mille quatre cents soldats catholiques , six mille deux cents soldats calvinistes , cent soixante-cinq personnes de tout rang mises à mort par voie de justice. Le nombre des maisons détruites, incendiées ou saccagés, n'y est pas eompris , leur état n'ayant pu être dressé. Au nombre des

morls , il faut compter les personnes massacrées à la Saint- Barthélemi ; mais il esl nécessairement exigu , car le généreux Matignon , qui savait si bien combattre et vaincre les huguenots , ne savait pas les surprendre désarmés pour les assassiner ; au contraire , il avait refusé de faire exécuter les ordres cruels de la cour ; et pour mieux soustraire les victimes à leurs ennemis , il leur avait offert l'asile de sa maison et de ses citadelles. Le livre intitulé le Secret des finances de France , par Fromenteau , imprimé à la suite de ces mêmes états , et qui contient aussi ces détails , y ajoute que sous le règne de Charles IX , le clergé du diocèse de Coutances avait payé à 1 état la somme de quatorze cent mille livres , pour décimes ordinaires et extraordinaires , et au pape , une somme égale , pour les annales ; tandis que pendant le règne de Louis XI , tout en versant la même somme dans les coffres de la cour de Home , il n'avait été taxé par le gouvernement qu'à trois mille livres , et n'avait payé que neuf mille livres de droits pour franc-ûefs et nouveaux acquêts. Sous Louis XI , son revenu était de soixante-douze mille livres; en 1580, il ne s'élevait encore qu'à cent quatorze raille , toutes charges déduites. On comptait dans le diocèse, trois cent dix-neuf paroisses et cinquante-trois mille familles.

Les villes du diocèse avaient suivi dans les guerres de la Ligue des partis divers , mais elles avaient toutes éprouvé le même sort : c'est-à-dire des assauts , des prises , des pillages et des reprises. Henri IV était venu lui-même appuyer son parti , et avait pris part à différentes affaires ; mais «e bon Béarnais n'avait pu empêcher la ruine des villes et la dévastation des campagnes. Enfin , à la suite de ce long enchaînement de guerres et de désastres, la misère devint profonde ; et la profonde misère fit naître une épidémie, qui, en 1592 , moissonna une notable partie des populations.

Non moins ami de Nicolas que son prédécesseur , Henri IV le confirma dans la jouissance des privilèges qu'il en avait obtenus, el môme il y en ajouta de nouveaux : ainsi , par lettres du 19 mai 1.590, il lui donna les bénéfices confisqués sur plusieurs chanoines de la Sainte-Chapelle , et lui fit remise des droits de joyeux avènement. Enfin , il l'envoya en possession des revenus de levéché en attendant l'expédition de ses bulles.

Le 7 septembre 1597 , Nicolas II fut sacré à Paris, dans l'église Sl-Cermain-des-Près , par les évéques d'Amiens , de Digne et de Beauvais. Il prit possession de son siège au mois de décembre suivant. Dans son humilité , il voulut se soustraire à la réception solennelle el entra secrètement à Coulances ; la même humilité le porta à choisir pour l'intilulé de ses mandemens la simple formule d'évéque par permission divine.

Avanl de passer outre, nous remarquerons deux événemens qui signalèrent son administration comme vicaire général : le premier fut l'abolition du Jeu de la Nativité , en 1592, à cause de la pesle qui désolait la cité : celle pcsle ne fut que l'occasion de la suppression d'un abus dont la religion et la raison réclamaient depuis long-temps l'abolition. 11 fonda son ordonnance sur ce considérant, qu'il n'était pas convenable que l'église, qui retenlissail si souvent des lugubres chants de la mort, les interrompit , pour les remplacer par quelques jours de divertissemens. 11 n'est pas séant , en effet , déjouer au milieu des morts. Le second fut l'édification de la chapelle de IaKoquelle, dont il posa la première pierre le 12 juin 1593. Cet édifice fut élevé par les soins et sous la direction de frère François Hélye, curé de Si- Pierre de Coulances. La ville manifesta un grand enthousiasme pour celte construction , cl aida avec ardeur à l'élever; le lieu était depuis long-lcmps cher à la piété des fidèles.

Devenu évèque, le pasieur vigilant fat perpétuellement occupé à parcourir son diocèse , pour corriger les abus , veiller aux mœurs et à la foi , combattre l'hérésie , donner le sacrement de confirmation , dont les grâces ne furent jamais plus nécessaires que dans ces temps de tentations. François Desrucs , historien contemporain , nous apprend que le bon évèque conféra ce sacrement à plus de trois cent mille personnes.

Le 29 juin 1617, il posa la première pierre du couvent des Capucins de Coutances , fondé Tannée précédente par les sieurs Helloin et Airel , l'un, receveur des tailles; et l'autre , archidiacre , sur un terrain donné par le chapitre. Eu 1619 , il vit s'élever le couvent des Bénédictins du Mesnil- Garnier, fondé par Thomas Moraud , baron du lieu.

Dans sa sollicitude pour la pureté de la foi et la science de son clergé , cet évèque soumit les ordinans et les confesseurs à l'examen de quatre docteurs , nommés à cet efl'cl. II fit retoucher le bréviaire du diocèse et les livres d'église. Dans sa piété, il attacha quarante jours d'indulgence à la récitation des psaumes graduels.

Deux rois avaient comblé de biens Nicolas de Briroy ; mais sans pouvoir l'enrichir , car il écoulait tout dans le sein des pauvres. Sa grande charité fit l'admiration de ceux qui le connurent, et mil l'éloge dans la bouche de tous ceux qui parlèrent de lui. Après une longue vie et un long épiscopat , il ne laissa en mourant que dix-neuf sous , et la vente de tout son mobilier ne suffit pas aux frais de ses funérailles. Quel plus beau panégyrique ?

11 finit sa vie , pleine de jours et de bonnes œuvres , le 22 mars 1620 , dans la quatre-vingt-quatorzième année de son âge , après avoir gouverné le diocèse pendant plus de cinquante ans , dont vingt-trois eu qualité de premier pasieur. Su dépouille inortdlt' fut inhumée dans le chœur de la caillé-

dralc. Adrien de Briroy, son neveu el son archidiacre , lui fit ériger , l'année suivante , un monument de marbre blanc , avec une longue épilaphe. Ce tombeau fut ôtc pendant l'épiscopai de Charles-François de Brienne ; nous dirons à quelle occasion (A) .

A la nouvelle de la mort de Nicolas II y le Souverain Pontife prononça son éloge en plein consistoire , et célébra pour lui un service , avec la solennité réservée pour les rois et les princes de l'église.

Pendant son episcopat , la fureur des guerres entre les catholiques el les protestans était amortie ; il n'y avait plus que le célèbre François Feuardent , Jean-Marie Lécrivain , Récolet , d'une part ; et de l'autre , Basnage et Hubin de la Bastie , ministres protestans , et quelques autres , qui la fissent , du bec effilé de leur plume , quelque peu impolie.

Nicolas II portait pour armes , de sinople au chevron d'or.

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