‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 73 sur 158 · Charles-François de Loméhie de Brienne · texte numérisé non relu

Charles-François de Loméhie de Brienne

A la mort d'Eustache II , la cour offrit 1 evéché de Coutances à Henri-Louis de Loménie ; ce jeune homme , d'une grande naissance et d'une piété plus grande encore , s'était retiré depuis deux ans aux pères de l'Oratoire ; après quelqu'hésitation , il préféra l'humilité de cette retraite aux richesses , à la grandeur et aux honneurs de la prélature : il refusa. Sur son refus , le roi jeta les yeux sur Charles-François , son frère puiné , docteur de Sorbonne , abbé de Saint- Eloide Noyon (1) , de Saint-Médard de Soissons , de Saint- Germain d'Auxerre, qui accepta. Sa nomination date du 5 décembre 1666. Charles-François était fils de Henri-Louis de Loménie, comte de Brienne et de Monbrun, baron de Pougy , seigneur de la Yille-aux-Clercs , secrétaire d'état , prévôt et maître des cérémonies des ordres du roi ; et de Louise de Béon. 11 était connu dans le monde sous les noms du comte de Monbrun et de l'abbé de Brienne. Avant d'entrer dans la cléricature , il avait été page de Louis XIV. En le nommant à 1 evéché de Coutances , dont la plus grande partie des revenus étaient absorbés par les pensions , ce monarque y ajouta , en compensation , l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers.

Il ne fut bullé que le 12 décembre 1667. 11 reçut l'onction le 19 février 1668 : cette cérémonie eut lieu dans l'église des Carmélites de Saint-Denis , fondée par ses aïeux. Il ne vint à Coutances que le 28 octobre suivant. Il amena pour grandvicaire son précepteur , Pierre Lelanger, docteur de Sorbonne. Le 1." septembre 1669 , Charles-François dédia l'é-

(1) En 1721 , le père Beaunier estimait Saint-Eloi à 18000 livres, Saint-Médard à 22000 livres, Saipt-Cyprien à 9000 livres, Saint-Germain à 8000 livres.

glisc des Capucins de Coutances , ei en la même année celle des Eudistes. Le 19 mai 1676, il publia de nouveaux statuts. I* 27 octobre 1680 , il dédia la nouvelle église des Bénédictines de Contances. En 1714 , il publia un nouveau bréviaire.

Le corps de statuts qu'il publia en 1676 , et qui sont la reproduction de ceux de Léonor I , sauf des additions considérables, nous révèle l'uni fonui té et Tordre admirable qu'il avait à coeur de voir régner dans son diocèse. D'abord il institue un synode général , qui devait se tenir tous les ans le mercredi d'après la Quasi modo , auquel les prêtres étaient invités à venir en plus grand nombre possible , pour y recevoir des ordres et des avertissemens de la bouche même de leur premier pasteur. 11 règle ensuite qu'il ne se tiendra qu'une calende en chaque doyenné, qu'elle sera sous la présidence du doyen , etqu'elle aura lieu après le synode général. Dans cette assemblée de tous les curés du doyenné , chacun d'eux devait donner des explications sur la foi et les mœurs de ses paroissiens , l'état de son église , de sa maison , et de tout ce qui concerne le matériel du culte , dans sa paroisse. Le doyen recueillait les notes , et les conservait , pour en rendre compte à son tour au synode des doyens , qui s'assemblait le premier mercredi d'octobre. La doctrine et les mœurs des pasteurs, l'exécution des ordonnances épiscopales , l'état des églises et leurs revenus , ainsi que des chapelles particulières , telles étaient les questions agitées dans ce synode. Alors les doyens avaient droit de visite , comme les archidiacres. Les conférences générales n'existaient pas encore, mais le prélat se proposait de les établir , et en attendant , invitait les curés de chaque doyenné à se réunir en conférences particulières.

Les protestans ne cessaient de remuer , quoique leur nombre diminuât de jour en jour ; enfin , par arrêt du mois de juin 1685 , leur prêche de Sainl-Laul dut être démoli , en punition de leurs méfaits , et vu l'cxiguité de leur nombre.

Aprtîs la révocation de ledit deNantes,quieutlieule 22octobre suivant, l'évéque, dans sa sollicitude pastorale, fonda une maison de l'union chrétienne , pour la réception des tilles de celte religion qui voudraient revenir au catholicisme : on les appelait les nouvelles converties. En 1686, il donna une mission à la ville de Saint-Laul , afin d'opérer la conversion de ceux qui n'avaient (ait qu'une abjuration apparente de leurs erreurs. 11 en fit lui-même l'ouverture , le dimanche de la Trinité. Il monta plusieurs fois en chaire pendant le cours de la mission , et il prononça à la clôture un discours admirable d'éloquence et d'onction. Charles-François possédait un rare talent oratoire , qu'aidait puissamment une voix superbe et une forte poitrine. Cependant les efforts de ce bon pasteur ne convertirent pas tous les huguenots , et l'édit du roi ne les fit pas tous sortir de France : ils continuèrent à manifester leur présence en difîérens lieux , par des troubles , des placards séditieux , et autres moyens à l'usage des minorités turbulentes. Le 3 janvier 1687 , l'on trouva l'affiche suivante placardée aux murs dans les divers quartiers de la ville de Sainl- Laut :

Annu$ adhuc tupertst quo Chrlsti sacra vigebit Rclligio , née erit Papa , née Ignatiut (1).

Outre le couvent des filles de l'Union Chrétienne , que cet évéque fonda par lui-même , cl les grandes augmentations qu'il fit de ses propres deniers à son palais épiscopal ; il aida encore à l'établissement des hôpitaux de Saint-Laul , Valogncs , Cherbourg et Saint-Sauveur-le- Vicomte , qui furent fondés en 1682 , par les soins du père Chaudrani.

(1) Ce qui signifie : Encore un an, et la sainte religion du Chrisl, c'est-à-dire le protestantisme, reprendra le dessus: -alors , plus de Pape, plus de Jésuites.

Nous devions une mémoire à ce bon Jésuite, que sa charité porta à de si grandes œuvres en faveur de no» pauvres.

Charles-François assista en 1699 à l'assemblée provinciale des évéques de Normandie , convoqués à Gaillon , au sujet du livre des Maximes de l'évéque de Cambray. U s'y distingua par ses senlimens gallicans, et fut l'auteur de deux réserves apportées à l'acceptation de la constitution d'Innocent XII, condamnant vingt-trois propositions du livre : la première porte sur les droits qu'ont les évéques déjuger en première instance des choses de la foi , auxquels l'assemblée entend ne pas déroger ; la seconde avait pour objet les libertés de l'église gallicane.

Notre prélat eut la douce satisfaction d'imposer les mains à son théologal, M. Gaillard , nommé à l'évôché d'Api; la cérémonie fut faite à Coulantes même , et ce fut à cause d'elle et pour elle 'que l'on ôla du chœur l'incommode tombeau de marbre blanc de monseigneur de Briroy.

Charles-François mourut le 7 avril 1720 , après avoir été cinquante-quatre ans évèque de Coutances. Il est inhumé dans le chœur de la cathédrale.

Charitable, savant et modeste, plein de bonne volonté, mais sévère , on ne lui tint pas toujours compte de ses bonnes intentions ; cependant , mieux apprécié après sa mort que de son vivant , on lui rendit justice , et l'on convint de son mérite.

U portait pour armes , écartelé d'or et d'argent : au premier et au quatre , aux deux vaches de gueules accornées d'azur ; au deux et au trois , au lion montant de gueules , lainpassé et couronné d or ; et sur le tout , de Loménic : qui est d'or à l'arbre planté de sinople, ayant les racines chargées d'un besant d'or ; au chef d'azur , chargé de trois lozanges d'argent.

TABLEAU DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE

HOMMES CÉLÈBRES

1665. Naissance , à Valognes ou aux environs , de Hervé Lepoitevin , Eudiste , auteur ascétique.

1666. Mort de Jean Lorrey , natif de Carentan , auquel sa gazette burlesque de la cour donna une grande célébrité.

1671. Naissance, àCoulonces, de Pierre Polinièrc , mathématicien et physicien.

1672. L^bbé Lesauvage, de Granville, nommé évéque de Lavaur ; ce prélat était réputé pour sa grande vertu.

1680. Mort de Louis Lebourgeois , natif de Héauville, poète et catéchiste.

1686. Mort de Guillaume Piron , de Hambye , humaniste, poète, historien.

1685. Naissance, à Ozeville, de Joseph Dufort , Eudiste , théologien.

1687. Mort de Jean Hamon, natif de Cherbourg, médecin.

1693. Naissance , au Mesnil-Hue , du célèbre Jésuite Charles Frey de Neuville , prédicateur. 11 eut un frère , nommé Claude , pareillement Jésuite et prédicateur renommé.

EVETïEMEîH'S.

1691. Bataille navale de la Hougue, perdue par le brave

Tourville,< te de

tin. En 1693 , il prit une revanche complète sur les Anglais.

HOMMES CÉLÈBRES

1704. Naissance, à Valognes, de Pierre-François Bouclier , qui devint supérieur des Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur , et qui a laissé une histoire manuscrite de l'abbaye de Cerisy.

1709. Mort et inhumation , au Mcsnil-Opac , de Richard Toustainde Billy.

1763. Mort, à Londres, de Charles Lemarqueiel de Saint-Denis , seigneur de Saint-Evremond , natif de Saint- Oenis-le-Gast , célèbre dans les lettres et dans les armes.

1707. Mort de Eléonor Langevin, deCarentan , controversiste.

1716. Mort , à Paris , de Jacques Lefévre , de Coutances , auteur fécond et estimé.

1719. Mort du célèbre Jésuite et confesseur du roi, Michel Letellier , natif de Coulonces.

Dans ce temps vivait François Timoléon de Choisy , prieur de Saint-Laut, académicien , voyageur , écrivain.

La Palluelle, seigneur de la Luzerne , syndic du Diocèse de Coutances , jurisconsulte , dédia un traité des bénéfices à Monseigneur de Loménic de Brienne.

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