‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 74 sur 158 · Léoko* II · texte numérisé non relu

Léoko* II

Léonor, fils de Charles-Auguste Gouyoo de Matignon , maréchal de France , et d'Elisabeth Berlhelot , était prieur du Plessis-Grimoull(l) et abbé de Lessay , le trente-septième depuis la fondation de cette maison , et le cinquième des commcndalaires , lorsque , le 8 janvier 1721 , il fut nommé à 1 eveché vacant. 11 fut sacré à Paris , dans l'église des Carmes- Déchaussés , par le cardinal de Fleuri , assisté des évéques de Sécz et d'Avranches , le 11 janvier 1722. 11 arriva à Coulances le dimanche 11 octobre suivant , et prit possession le lendemain , sans cérémonie ; le grand-chantre , Pierre Leroux de Néville , reçut ses sermens.

Laid , petit , bossu , précédé d'une réputation d'idiotisme , il fut accueilli avec défaveur. Sévère , brusque , les commencemens de son épiscopal furent orageux. Heureusement pour lui que son grand-vicaire , nommé M. deHoullé ,

(1; Le Pleisis-Grimoult valait 7000 livre».

fiait son ancien précepteur , partagea avec lui la haine publique ; ministre responsable des volontés de son maître , ce grand-vicaire fut sensé lui avoir inspiré les mesures acerbes de ses commenceraens. Il déploya un luxe d'autorité qui surprit : il employa contre ses prêtres jusqu'aux lettres de cachet ; il confina dans des monastères jusqu'à des curés d un rang au-dessus du vulgaire : Julien Duhamel , curé de Saint-Nicolas de Cou tances , mort aux Chartreux , en est un exemple mémorable. Enfin , I evôquc finit par avoir raison ; le clergé se fil a ses façons d'agir , la sévérité de discipline , l'exactitude des mœurs, la science positive et supérieure s'établirent dans le diocèse ; de sorte qu'il put être cité comme modèle. Celait loul ce que désiraient Léonor 11 et son vicaire ; quand le but fui atteint, les temps s'adoucirent. Après la mort de M. de Houllé, ce fui un sieur Gondoin qui obtint le canonical , la charge cl la faveur de cel ancien précepteur, et qui n'en élail pas moins digne. Car Tévéquc avait le bon espril de s'entourer de gens habiles et sages, qui agissaient au lieu cl place de lui-même ; pour lui , il élail paresseux , inappliqué , inconstant , fantasque : c'est-à-dire que la fortune ou l'éducation avaient gâlé son caractère naturellement bon ci droit. Il aimail dans ses vicaires généraux et ses officiers un zèle ardenl, une grande activité, une grande promptitude , se réservant de les modérer au besoin.

Fixe dans les principes de l'orthodoxie , il fil une bonne ei vigoureuse guerre au Jansénisme ; aussi en préscrva-t-il le diocèse. Il ne reçut jamais un ecclésiastique aux ordinations , ni un prêtre aux fonctions du saint ministère , sans auparavant lui avoir fait signer le formulaire.

Cet inflexible attachement à la foi orthodoxe lui attira la haine des Jansénistes, qui se vengèrent en inventant sur son compte ceni sortes de fables, tendantes à le faire passer pour un stupide ; cl ils y réussirent dans l'esprit de beaucoup de

personnes. Il netait pas ici cependant, car il aimait la société, et n'y était point déplace ; il faisait lui-même ses mandemens, et tournait assez bien une lettre. Ses goûts étaient dirigés vers la générosité : une maison somptueuse , une table splcndide , un bel équipage : telle était son ambition. Quant à ses aumôues , elles étaient abondantes , mais réglées ; excepté envers les pauvres honteux , auxquels il donnait selon la , mesure de leurs besoins. Tel fut ce Prélat, que l'on s'est plu à couvrir d'un ridicule immérité.

L'œuvre principale de son épiscopat fut la refonte complète des livres d'église : du bréviaire de Paris et du rituel de Rouen , fort bons l'un et l'autre , et des usages propres au diocèse , l'on fil un tout , non point parfait , mais meilleur que tout ce que l'on avait possédé jusqu'alors , cl que , probablement, l'on ne dépassera guère. L'évèquc n'eut point d'autre part à ce travail que de l'approuver ; mais c'est déjà beaucoup que de savoir laisser faire à propos. L'on regrette seulement le long et fastidieux office de Saint lxîônor , qui n'avait point d'autres droits pour entrer dans notre liturgie , que celui d'avoir l'honneur d'être le patron de Monseigneur.

Léonor II fil beaucoup édifier et détruire : il fil des augmentations considérables à son palais ; c'est à lui que l'on doit ces belles écuries de 1 evêché , desquelles la justice n'a pas dédaigné de faire long-temps son sanctuaire, il fil détruire le château de la Molle , qui demandait beaucoup d'enlrelien el de grandes réparations , sans être alors propre à l'habitation. H fil construire le mur du bois du parc , qui présente plus d'une lieue de développement , el franchit lanl d'obslacles. Il fit de grandes réparations à la Cathédrale , mais ce fut malheureusement aux dépens de beaucoup de bas-reliefs , el autres ornemens d'architecture , dont les amateurs déplorèrent hautement la destruction , sans pouvoir obtenir grâce. C'est probablement à celle occasion que

furent enlevées de leurs niches , où elles nom jamais remonté depuis , les statues couronnées de Tancrède et de ses fils ; mais alors il n'en restait plus que sept.

Léonor mourut le 29 mars 1757 , âgé de 74 ans ; il fut inhumé dans le chœur de la cathédrale.

Léonor II portait les mêmes armes que Léonor I.

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