‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 78 sur 158 · Chapitre · texte numérisé non relu

Chapitre

4 perçu historique sur fa fin de cette époque.

L'Église de France s'était élevée à on haut degré de gloire dans le monde chrétien ; distinguée par ses lumières et les vertus de ses évéques, elle était , sans contredit , la plus belle et la plus savante portion de l'héritage apostolique. Tous ses prélats appartenaient aux premières familles de France et à la célèbre université de Paris. (1) ; ils étaient tous des hommes de mérite , puissans dans la doctrine et le langage , et un grand nombre , des modèles accomplis des vertus chrétiennes et cléricales. Le clergé inférieur suivait de près ses premiers pasteurs , pour la science , la piété, la régularité. La discipline n'avait jamais été meilleure et mieux observée ; les écarts de mœurs étaient rares et ne restaient pas impunis. Les communautés de religieuses étaient remplies de filles dévouées par goût aux devoirs de leur état, et qui faisaient du cloître leur honneur et leur bonheur. A la vérité ; les communautés d'hommes n'étaient pas aussi bonnes : dans notre diocèse , les abbayes de Blanchelande et de Lessay étaient peu édifiantes , mais il n'y avait encore que peu de temps qu'il en était ainsi , et tous les moines de ces maisons n'étaient pas également mauvais. Nous allons en citer une preuve. L'abbé Toulorge , de l'abbaye de Blanchelande , émigré d'abord , puis rentré en France , malgré la loi contre les émigrés , fut pris et conduit devant le tribunal

(I) Pour être évéque , il fallait être docteur.

révolutionnaire de Couiances. Dans le désir d'arracher sa lêle à la guillotine, ses amis voulaient le faire passer pour insensé, les juges s'y prêtaient volontiers ; mais il prouva qu'il ne l'était pas. Ses amis lui conseillèrent ensuite de nier son émigration , ses juges le lui inspiraient ; il dit, non : je suis aussi incapable de mentir que de feindre , je ne rachellcrai point ma vie par un mensonge ; j'ai émigré. C'était sa sentence ; il le savait bien ; il alla avec le calme d'un confesseur de la foi porter sa télé au bourreau.

Un grande révolution s'était opérée dans le monde politique : Unis XIV avait détruit l'antique féodalité , sans mettre à la place autre chose que sa volonté , et le prestige de la gloire qui entourait son trône ; mais sa volonté devait passer avec lui , et le reflet de sa gloire devait passer après. Le gouvernement de Louis XV marcha par l'impulsion que lui avait donnée le bras puissant de Louis XIV ; mais le gouvernement plus faible de Louis XVI devait s'arrêter au moindre obstacle.

|^ cour voluptueuse de I^ouis XIV , la cour crapuleuse du régent, la cour licencieuse de Louis XV avaient accoutumé le grand monde avec le vice. Autrefois l'on était galant par chevalerie , par courtoisie , alors on était vicieux par mode ol avec ostentation. La foi vivait encore , mais il était passé en usage d'être impie.

Alors vint le siècle philosophique , lequel trouvant la morale perdue , détruisit encore la foi : cl il ne resta rien. Au siècle des philosophes , snecéda l'ère nébuleuse des politiques , dont le trop célèbre Montesquieu fut le père ; cl ensuite , l'ère plus nébuleuse encore des économistes. Les courtisans avaient détruit la morale , les philosophes avaient détruit la foi , les politiques avaient miné les fondemens de la monarchie , les économistes mêlèrent les guides dans les mains d'un gouvernement inhabile , qui y

perd il la raison ; alors que pouvait-il arriver? (le <{ui advint : une catastrophe ; non pas une révolution , car elle était déjà laite.

Comme si elle eùl conspiré contre elle-même , la noblesse abondait dans le sens du philosophisme : c'est un scandale de voir les bibliothèques de beaucoup des châteaux de celle époque. Toules les mauvaises brochures du temps , depuis celles de Vollaire , jusqu'à celles du proiestaul Neker , s'y trouvent au grand complet.

Il n'y avait que Tordre ecclésiastique qui ne fui pas entamé ; cependant , les imprudentes manœuvres du ministre Neker ayant jelé des germes de déliauce entre le clergé intérieur et fépiscopal , il y eut une voie ouverte pour l'attaquer. Ce corps étaii fortement constitué , riche de biens , de gloire , de science et de puissance j mais pour l'abattre , il sudisailde le déconsidérer , car il n'avait de force, que la force morale. Pour le déconsidérer , il n'y avait qu'à le diviser ; les malheureuses querelles du Jansénisme en avaient indiqué la voie , les libertés de l'Eglise-Callicane , que gàlèrent leurs irop ardens défenseurs , en fournirent les moyens.

La cour lit des fautes énormes et multipliées , il n'est pas de notre sujet de les rapporter , la dernière fui d'avoir cédé devant le serment du Jeuile-Paume -, de ce moment t tout fut perdu. Le peuple devint seul souverain , car il ramassa le sceptre que le pauvre roi avail laissé choir ; il lui laissa encore un diadème viager , vain ornement d'une majesté éclipsée.

La noblesse fui dépouillée de son honneur , puis de ses litres. L'église fui ébranlée dans sa constitution , et dépouillée de ses biens. Une partie de la noblesse sortit de France , l'autre y resta ; une partie du clergé entra dans la nouvelle église , l'autre préféra la vieille foi et l'exil. La

royauté , le clergé , la noblesse , entraînés dans une chute commune , partagèrent le même sort. Le roi , les prêtres cl les nobles restés en France furent traînés aui prisons cl à la mort; les princes , les prêtres cl les nobles qui sortirent de France perdirent rang , honneurs , lerres , châteaux , évêchés , bénetiecs. Jamais on n'avait vu rien de semblable à ce qui arriva. Tout fut anormal, sublime, féroce, horrible , majestueux comme un orage , terrible comme une tempête.

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