Chapitre
Du nouvel clat de f bglise.
Ce dut être pour les prêtres , à leur retour de l'exil , un bien étrange spectacle que la France , telle que la révolution l'avait faite : ce n'était plus la France d'autrefois : plus de Bourbons , plus de roi , plus de parlemens , plus de séminaires , plus d'abbayes , de moines , de religieuses , plus de dîmes, de presbytères, de prêtres : l'on n'en rencontrait nulle part , puisque le costume était proscrit. Un langage nouveau, un calendrier nouveau , un calcul nouveau , des lois nouvelles , tout nouveau ; et par-dessus tout , des figures insultantes , moitié moqueuses , moitié menaçantes Mais
reprenons le (il des évènemens.
Par une bulle du 29 novembre 1801 , la France fut partagée en soixante nouveaux diocèses : le nouveau diocèse de
Coulances eut pour circonscription les limites du département de la Manche. C'est-à-dire qu'il se trouva accru de tout le diocèse d'Avranclies et de quarante-huit paroisses du diocèse de Bayeux ; tout en pendant , d'un autre côté , les deux paroisses de Sainl-Laul et de Saint-Jean , réunies au diocèse de Rouen, et vingt-sept autres, réunies au diocèse de Bayeux.
Le diocèse d'Avi anches comprenait cent quatre-vingts paroisses. Les quarante-huit paroisses détachées de Bayeux forment les deux cantons de Saint-Clair et de ïhorigny , tout entiers , avec Beuvrigny , Douijean , Fourneaux , la Cliapclle-Hcusebrocq , Saint-Louet-sur-Vire , la Barrc-de- Semilly , la 1 luzerne , Rampan , Sainte-Suzanne— sur-Virc , et les cinq paroisses enclavées duCotenlin. Les vingt-sept paroisses réunies au diocèse de Bayeux sont celles de Annebecq , Beaumcnil , Campagnolcs , Champs - du - Bout , Clinchanips , Coulonces , Coupigny , Courçon , Elouvy , Fontenermont , la Lande-Vaudemont , Landelles , le Gât , le Mênilbénoil , le Mènilcaussois , le Mènilroberl , Pontfarcy , Sainte-Anne - dc-Vire , Sainte - Marie - l'Aumont , Sainte-Marie-Oulrc-rEau , Saint-Gcrmain-de-Tallevende, Saint-Manvicu , Sainl-Martin-de-Tallevende , Sainl-Sever, les Sept-Frcres , Pontbellanger.
Par un décret du 7 pluviôse, an 1 1 (A) ( 26 janvierl803), ce vaste diocèse fut partagé en quarante-huit cures : ces quarante-huit cures , qui comprennent plus de sept cents paroisses , sont les chefs-lieux de canton actuels. Parmi le grand nombre des paroisses délaissées , un tiers à peu près se virent supprimées , les autres furent érigées en succursales : moi tout nouveau pour notre pays , mais qui ne l'était pas ailleurs, et qui n'exprimait pas une chose nouvelle. (1) Les '
(1) Il y avait des paroisses et des succursales dans les évéchés de Cambray, Agen , Condom , Sainte* , etc. ( V. Dotn Beaunier.)
prêtres mis à la lèlft des succursales furent nommés succursalistes (2) , ou desservans , et placés sous l'autorité des 68 nouveaux curés , qui furent les curés véritables de toutes les succursales du canton. Ceci paraîtra un paradoxe au temps où nous vivons, mais nous avons sous les yeux des pièces signées de quelques-uns de ces premiers curés , et qui portent en toutes lettres : N. cure du canton de, etc. Claude-Louis Rousseau et les membres de son conseil ne pensèrent jamais autrement. Plusieurs membres du conseil de Pierre Duponl- Poursat , le soutinrent constamment contre plusieurs autres, jusqu'à ce que l'évéque, après de longues hésitations, trancha la question par autorité. Enfin , l'article xiv du règlement épiscopaldul8 fructidor, an 11, le déclare positivement, (lest donc certain que les succursalites n'étaient que les vicaires des curés, ou tout au moins, des prêtres commis à leur surveillance , soumis à leurs visites , et dépendans en beaucoup de choses de leur autorité. Mais comme ils ne l'ont jamais supporté patiemment , comme c'était une chose inusitée en Normandie , comme l'usage s'est toujours obstiné à leur conserver le nom de curés , l'on a fini par hésiter entre l'usage et la loi ; et enfin l'usage l'a emporté , et a été confirmé par les articles xi.v et en des statuts de Monseigneur Dupont-Poursat , qui les rangent au nombre des curés , sauf l'inamovibilité.
D'après l'article xiv du concordai, le gouvernement ne s'obligeait à salarier que les curés ; l'article lxvi des articles organiques fixa le traitement des curés de première classe à 1 500 francs, et celui des curés de seconde classe , à 1000 francs. Mais , quelques années plus tard , il attacha un traitement de 500 francs à vingt-quatre mille succursales ; et en 1807 ce nombre fut porté à 30000. Le diocèse de Coutances eut sa part proportionnelle dans cette distribution ; depuis lors , le
2) Et par un barbarisme particulier à notre diocèse , sueeursaires.
nombre des succursales a toujours été en augmentant , de sorte que maintenant il ne reste que peu de paroisses sans litre.
Par un arrêté du 14 prairial an 11 ( 2 juin 1803) , fait en commun par l'évèque et le citoyen préfet, le son de la cloche redevint autorisé , pour convoquer les fidèles au service divin.
Par un règlement du 18 fructidor (4 septembre) de la même année , te* succunaires furent soumis à la visite des curés , et placés sous leur surveillance et leur direction. Une addition à ce règlement remit en vigueur les anciens ' statuts du diocèse , sauf l'obligation de porter le costume clérical , excepté dans l'accomplissement des fonctions ecclésiastiques.
Un arrêté du 7 thermidor ( 25 juillet 1804 ) , rétablit les fabriques, et leur rendit l'administration des biens non aliénés : ces fabriques furent composées de trois membres , à la nomination du préfet.
Une ordonnance épiscopale, du 1." ventôse (19 février), fixa les oblations pour l'administration des sacremens et l'honoraire des messes.
Un règlement épiscopal, du 24.c jour du même mois ( iU mars ) , établit, en concurrence avec les fabriques d'administration civile, d'autres fabriques, auxquelles il fui donné de régir les revenus des quêtes, du loyer des bancs, du casuel.
Un décret impérial du 30 décembre 1809 établit de nouvclles fabriques , composées suivant la double base des anciennes ; mais homogènes , et réunissant tous les biens de l'église sous une seule administration ; c'est ce décret qui règle encore présentement la matière.
Ce fut ainsi et par ces gradations que le culte divin se rétablit,que les églises furent rendues à leur destination, et que la religion reprit ses droits.
Qu elles étaient pauvres, les églises, lorsqu'elles furent rendues à la célébration des saints mystères ! une petite cloche , car les grosses avaient été prises et fondues , deux ou trois oi-neinens de laine , une ou deux aubes et autant de surplis de grosse toile , des chandeliers de bois , une croix de bois , un ostensoir de fer-blanc , une custode et un calice d etain : voilà tout leur mobilier.
Le décret d'organisation du 15 pluviôse an lt (3 février 180/| ) établit le clergé de la cathédrale ainsi qu'il suit : deux vicaires-généraux , huit chanoines titulaires, dix-huit chanoines honoraires.
Vers ces temps , apparut dans le diocèse une église schisina tique de nouvelle espèce : quelques prêtres et quelques laïques s'imaginant d'avoir plus de zèle que le souverainpontife , trouvèrent mauvais qu'il eût anéanti tous les sièges épiscopaux de la France , et qu'il eût abandonné tous les biens de l'église aux mains de ceux qui les détenaient ; en conséquence, ils prononcèrent du haut de leur sagesse que le pape avait failli , et ils se séparèrent de sa communion ; regardant comme intrus les évéques d'institution nouvelle , et appelant de tous ses actes au papë futur. Ils recommencèrent donc à tenir des assemblées secrètes , comme au temps de la persécution ; et ils les tiennent encore , car les papes qui sont venus après Pie VII n'ont point reçu leur appel. Presque toutes les paroisses du diocèse ont fourni des recrues à ce misérable schisme ; et ce qu'il va de plus déplorable, c'est que ces nouveaux sectaires sont sortis des rangs de ceux-làméme qui s'étaient bien conduits pendant la révolution. Ils sont entretenus dans leur aveuglement par des prêtres de mauvaise foi , dont la plupart ne se sont séparés de la communion de Monseigneur Rousseau , qu'après avoir postulé des emplois sous son administration ; nous le savons , mais nous ne n oyons pas que ce soit la peine d'en administrer les preuves.
— fiQU —
Misérable église , sans évêque , cl bienlùl sans prêtres , destinée à périr d' inanition , anonyme jusqua ce qu'elle meure : on dit pourtant qu'elle s'appelle elle-même la petite église. Église sans union et sans centre d'unité; église qui ne fait point de prosélilcs , cl qui n'en fera jamais.
Revenons à noire sujet: préscniemenl le diocèse se compose de cinquante-neuf cures , cinq cent soixante-quatorze succursales, desservies par le même nombre de pasteurs, aidés de trois cent soixante-douze vicaires ; ce qui donne, en y ajoutant les prêtres habitués , les chapelains et les aumôniers deséiablissemcns publics , à peu près douze cents prêtres employés dans le ministère. Sur le nombre des succursales, il y en a iroisde nouvelle création, savoir : le Ponthéberl, Notrc-l)ame-du-Roule cl Saint-Jacques de Néhou.
Noies,
(A) Eii faveur dés lecteurs qui ne sont pas familiarisés avec le calendrier républicain , nous donnerons les détails suivant.
La semaine fdt allongée de trois jours, et lès jours s'appelèrent primidi; duodi , tridi , qunrtidi , quintidi , textidi , septidi, octidi , nànidi , décadi. Le décadi était le dixième jour; et le jour du repos. SaiifieS trois jours de surplus; qui ne convenaient pas à la semaine Sabbatique, on eût dû conserver ces appellalloris, car il rieltrlen de suranné comme les noms ordinaires Ses jours de la serfialrié ; et 11 n'est rien dé ridicule conirae d'entendre téë chrétiens appéler les jours dans lesquels se sorit accomplis les mystères de leur religion du nom de la Lune, de Mart ; de Mercure ; de Jupiter ; de Y émis , divinités pa jeunes et infâmes (i);
L'an* i." de la république commença le 22 Septembre 1792. Dans le calendrier d'équindxes, vulgairement calendrier républicain; l'aridéè divisée en douze mois égaux, chacun de 30 jours; Leâ* mois ; divisés en quatre séries , Se nommèrent vendémiaire ; brumaire ; frimaire ; nivôse , pluviôse , ventôse ; germinal; floréal; prairial; messidor, thermidor ; fructidor. Le premier vendémiaire correspond au 22 septembre; Après le 30 frdclidofii restait, dariS les années communes, cinq jours, et dans lés bissextiles; six jours; dotâmes complémentaires": Ce calendrier avait l'avantage dé remplacer les noms anciens par des noms significatifs (2); ët en rapport avec les saisons; Il méritait ; et eût fait une meilleure fortune, sans sa déplorable origine;
(1) Lundi veut dire Jour de la Lune; mardi, jour de Mars; mercredi , jour de Mercure ; Jeudi , Jour dè Jupiter; vendredi; Jour de Yénui.
(2) janvier signifie mois de Janus , divinité payenne ; mars est èncore un riorh payèn; Juillet et août sont des noms d'empereurs Romains; sépiembrè veut dire septième mois , ét t'est au contraire le neuvième, etc.'