Chapitre
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Olaude-Louis Rousseau.
Claude-Louis Rousseau nâquit en 1736 , à Paris , sur la paroisse de Sainl-Eustache , dans une famille de commerçans , mais riche de hiens et de considération publique. Doué de talens supérieurs , et particulièrement du talent de la parole , il éleva son nom jusqu'à la cour : sa réputation l'y fit appeler , il y prêcha le carême de 1774 , et obtint ea récompense le titre de prédicateur du roi , un canonicat dans la cathédrale de Chartres et la petite abbaye de Lire.
Tels étaient ses titres et ses fonctions au moment de la révolution. Il suivit les princes dans leur exil; il prononça devant eux le panégyrique de Louis XVI et de Marie-Antoinette : morceau plein d'une éloquence de cœur , qui fit répandre des larmes abondantes ; ce fut la seule récompense de l'orateur j il n'en attendait pas d'autre.
Rentré en France , vers la fin de 1799 , ses amis , entr'autresPortalis , le firent avantageusement connaître au premier consul , qui le choisit , et le présenta au Souverain Pontife , pour évèque de Coutauces. Le diocèse eut à s'applaudir d'un tel choix : prédicateur éloquent , homme de très-vif caractère , mais d'un excellent cœur et d'une belle âme , savant et littérateur f doué d'un coup-d'œil prompt et juste , bon
fnai's ferme, inébranlable dans la foi catholique; tel étafr ce prélat.
I) fui sacré à Paris , vers Pâques , en Tannée 1802 , el if S'empressa d'arriver à Cou lances. I,c diocèse était à créer : depuis la cathédrale jusqu'au temple du plus modeste hameau , H ne restait d'église que les quatre murs ; mais ce Vêlait pas là le plus diflicile : il fallait un clergé , ei dans le diocèse it y en avait deux, opposés Tu» à l'autre. Or, de ces deux clergés il fallait faire un seul tout , en les rendant unis de foi , de soumission , de Volonté de concourir au même but. Les articles organiques ajoutés au concordat imposaient aux évêques l'obligation de partager leurs choix entre les deux partis , et même de prendre leurs vicaires généraux , l'un dans un parti , el l'autre dans le parti opposé. Après avoir choisi ses deux vicaires d'après cette injonction , et formé son chapitre | Claude-Louis réunit ces nouveaux dignitaires en son palais, le 8 thermidor ( 2©» juillet 1802) , et leur adressa une allocution dans laquelle it indiqua- ses vues et sa conduite. If osa, à la face du pouvoir, parler de temps irréguliers, de circonstances difficiles ; il rappela en s'inclinant le nom de Monseigneur de Talaru , déplora la destruction des monastères , nomma le vandalisme des temps et de l'impiété ; parla des prèires ci-devant con*titutionnel$s pour leur rappeler leurs erreurs , et l'abjuration qu'ils venaient d'en faire entre ses mains, en ajoutant, avec un accent expressif , qu'il la croyait sincère ; il annonça qu'il rejetterait de toutes les fonctions du Saint Ministère tous ceux qui s'étaient rendus coupables de quelques écarts contre la probité ou les bonnes mœurs , sans condescendance pour personne r de quclqu'opinion qu'il fut , et de quelque protection qn'il pût se couvrir. En un mot, ce discours annonça l'invariabilité du prélat dans la foi orthodoxe , la fermeté de ses principes , le désir de l'union , mais de l'union par le retour sincère des constitution-
peU, el non point par une concession mutuelle de principes ; fl fut cependant applaudi, el obtint l'honneur de l'impression.
Les prêtres s étaient presque replacés d'eux-mêmes , chacun en son pays , ou dans la paroisse qu'il desservait auparavant, ou dan$ celle qui lui avait servi d'azile pendant la terreur ; l'é>4que consulta autant que possible cette position el s'y conforma, de sorte qu'en peu de temps, le personnel du ciergé fut en règle ; cependant il y eut bien dos changcnicns tu iles^léplaccmens, lorsque furent accordés les premiers traitemensà un certain nombre de succursales. 11 était difficile , dans de telles circonstances , et à un prélat qui ne connaissait ni son diocèse ni son clergé , de bien choisir ; cependant tous {es choix furent les meilleurs possibles ; disons plus : tous les choix Curent bons. L'on n'eut à en déplorer que trois, qui a*, aient été imposés par le pouvoir : le premier consul , inspiré d'ailleurs , biffa les noms proposés cl en inscrivit d'autres à la place ; il fallut bien se résigner et subir cette nécessité. Aussitôt que toutes les places furent remplies, levéqne imposa au-dessus de tous son autorité , et tout marcha avec union et accord. Il est vrai qu'il y avait entre les prêtres des deux partis une division , une méfiance , une jalousie invétérée ; mais l'évoque commandait le silence, et tout restait secret. Il fut bien entendu que tous les constitutionnels qui reçurent des pouvoirs , ou qui conservèrent la faculté de célébrer, étaient rétractés; si toutes ces rétractations furent sincères , c'est ce que personne ne pourrait dire , mais du moins si quelques-unes ne. le furent pas , nul n'osa manifester ce qui était dans son coeur. La religion reprit donc $a marche : mais une marche lente , embarassée, tardive , en-; travée, timide. Elle présentait un aspect pauvre, humble; un aspect de proscrite, qui n'est pas encore réhabilitée. Les populations , au contraire, couraient avec ardeur dans la carrière dont l'entrée leur était rouverte : les églises regor-
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geaient, les confessionnaux avaient peu de vacances , il y avait foule aux sermons, le jubilé de 1805 fit des merveilles.
Les temps étaient bien ardus pour notre bon évéque , car, outre la difficulté naturelle des circonstances, il ne put jamais s'entendre avec M. de Montalivet , préfet du département , et ils furent en perpétuelle opposition ; il eut besoin plus d'une fois de la haute protection du ministre Porlalis. La mésintelligence des deux autorités , si elle n'eût pas été notoire , se serait révélée par les actes publics de ventôse , an 12 : voici ce qui eut lieu : le premier de ce mois, le préfet institua des fabriques de sa façon -, vingt-sept jours après, l'évoque adressa de Paris à ses curés et ëuccurtairet un règlement instituant d'autres fabriques en concurrence , et cela avec l'approbation du premier consul , et le contre-seing du ministre Portalis.
L'on a reproché à Claude-Louis d'avoir été trop flatteur envers Bonaparte , et de l'avoir trop exalté dans ses m an démens ; mais qui n'eût pas encensé l'homme qui était tout et par qui tout était? Le protecteur de l'église , le restaurateur de la religion ? Du moins , s'il ne pouvait sans pleurer prononcer le nom du Grand Napoléon, il n'alla pas , comme d'autres , jusqu'à le proclamer l'homme de la droite de Dieu, jusqu'à lui faire l'application de ces paroles sacrées : Bienheureux le ventre qui vous a porté et le sein qui vous a nourri. Au surplus, l'on croyait encore alors que Bonaparte protégeait la religion par amour pour elle , et non comme l'instrument de sa grandeur ; et quand même on ne l'aurait pas cru , il eût été dangereux de le laisser entrevoir. Claude-Louis eut un tort plus réel , et que les ordinans lui reprochèrent amèrement : ce fut celui de leur faire garder les interstices , et de n ordonner personne avant l'âge de vingt-cinq ans accomplis. 11 le faisait ainsi par complaisance pour Napoléon , qui semblait l'exiger ; mais les autres évéques s'affranchissaient de
celte contrainte , et demandaient même au Souverain Pontife des dipenses d'âge pour leurs jeunes lévites ; ce qui pourrait excuser l'évêque de Coutances , c'est qu'alors le diocèse avait peu besoin de prêtres.
La révolution , en finissant , laissa bien des questions à décider à 1 episcopat Français , et lui imposa l'obligation d'une grande obséquiosité envers le pouvoir qu'elle avait produit. Parmi les questions à décider se présentait en première ligne celle du prêt de commerce : l'évêque de Coutances se pronon. ça en faveur de la loi ; son conseil partagea le même avis ; ses grands-vicaires , et particulièrement M. Bonté , qui était cependant l'homme de l'émigration , l'appuyèrent fortement. L'autorité de ce monsieur Bonté fit recevoir la chose sans difficulté par tous les prêtres insermentés ; M. L'hermite , était l'homme de l'autre parti , et la désision n'y éprouva pas plus d'obstacle. Lorsque , quelques années plus tard , Monseigneur Dupont-Poursat jugea à propos de revenir sur cette décision , ce ne fut pas sans causer un grand étonnement parmi le peuple , et un grand embarras dans le ministère de la direction.
En 1807 , le diocèse de Coutances eut la douleur de perdre son bon évêque : il fut transféré au siège d'Orléaus. L'évêque de Trêves, M. Mannay , fut nommé à Coutances , en son remplacement , mais il n'accepta pas ; ce fut un des grands-vicaires d'Angoulème , nommé Pierre Dupont-Poursat, qui eut son refus.
Claude-Louis Rousseau mourut d'une attaque d'apoplexie foudroyante , à Blois, le 7 octobre 1810 , à l'âge de 75 ans , dans le cours d'une tournée pastorale.