‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 82 sur 158 · Chapitre · texte numérisé non relu

Chapitre

PlERRB DUPOHT-POURSAT.

Pierre Dupont-Pocrsat naquit à Chabanois , diocèse, ^'Àngouléme , le S juin 1761 , au sein d'une famille riche e( honorable. Après avoir fait de bonnes études dans les col-t iéges de Magnat-Laval et d'Harcourt , il fil sa licence au sé-minaire^es TrenteVTrois. En 1791 et 1792, il était direc= leur du séminaire de Saint-Louis. Obligé de céder cette maison aux anarchistes , il se retira au sein de sa famille, où, il traversa la révolution pur de sermens ; et cependant exempt de persécutions , grâce à la protection de ses frères , les g& néra.ux Dupont , qui commandaient les armées de la république.

En 18Û2, il fut nommé graqdcviçaire du diocèse d'Ain gouiôme , mais il parait qu'il n'en porta que le nom : appelé* à prêter son concours à un autre grand-vicaire, pris, parmi les prêtres assermentés , et à un évéque ci-devant constitu-* tionnel , Dominique Lacombe , évéque de la Gironde , une |eUe position ne lui plut pas , et il se tint à l'écart ; mais sans protester : ce en quoi il eut tort , car ce titre seul Seyait Être infiniment nuisible , dans l'opinion publique.

En 1807 , la protection de ses frères le servit mieux , car il fut pommé évéque de Trêves, en remplacement de M. Man.pay , transféré $ Coutanees; puis à Coutanees , en remplace-.

uieut de ce même prélat , qui préféra rester à Trêves. Préconisé le m des nones d'août ( le 3 août 1807 ) , il fut sacré le 6 janvier suivant , et ne tarda pas d'arriver à Cou tances.

Son prédécesseur, malgré la meilleure volonté et des moyens personnels aussi grands , lui laissait bien des choses à faire ; aussi , que de choses il fit ! Son épiscopat devait être long , mais il fut rempli. Sa première occupation fut de parcourir son vaste diocèse , pour apprendre à le connaître , et pour y distribuer partout les dons du Saint-Esprit , par le moyen du sacrement de confirmation. Sa seconde pensée fut pour le temporel de son église : refondre partout l'administration des fabriques , apprendre aux marguilliers les formes et l'usage d'une comptabilité régulière , les contraindre à une sévère exactitude ; rendre au culte sa décence extérieure , et pour cela, obliger les fabriques à se fournir les meubles, les vases, les omemens nécessaires , fut le travail opiniâtre de plusieurs années. Assez heureux pour rencontrer dans les bureaux de la préfecture , qui était encore a Cou tances à cette époque , un prêtre bien au fait de la comptabilité , et des formes de l'administration nouvelle , il en fit son secrétaire , et ce secrétaire lui aida puissamment ; il se nommait M. Oxouf. Tous ceux qui l'ont connu , l'ont honoré de leurs regrets.

La visite de son diocèse , dont il parcourut annuellement un arrondissement , tant que l'âge lui en donna le pouvoir , et les menus détails de l'administration occupèrent, depuis le commencement jusqu'à la fin , l'épiscopat , fort peu illustre , mais fort sage , de ce bon évéque , dont le caractère doux et pacifique sut se soumettre aux nécessités des circonstances , et par fois en tirer un parti avantageux. 11 était bien avec l'empire , il fut bien avec la restauration. La révolution de juillet lui déplut , cependant il conserva la paix , et maintint son diocèse en paix. Sa foi religieuse était inébranlable : •onvoqué en 1811 au concile de Paris, il sut résister aux

insinuations du pouvoir ; il n'était ni dune ses fonte ni dans ses moyens de résister à fore» ouverte , mais il se tut ; c'était beaucoup déjà que d'oser ne pas approuver les volontés schismatiques du dominateur. En 1817 , sollicité par le gouvernement de donner sa démission du siège de Coutances, il prit le biais d'écrire au Souverain Pontife pour le consulter , et il reçut en réponse un bief honorable, qui lui commandait de ne pas la donner.

Favorisé par les heureuses circonstances d'un zèle religieux , qu'il eut l'adresse d'alimenter , sinon de faire nattre , et par la bonne volonté de la restauration , il vit pendant son épiscopat le diocèse de Coutances s'élever à un point de prospérité qui laissait de beaucoup en arrière presque tous les autres diocèses de France. Le clergé devint si nombreux , que , dans les dernières années , le nombre fut un embarras ; les maisons religieuses semblèrent sortir de terre : l'on vit naître le couvent des Trapistes de Bricquebec , ceux des Augustines de Carentan , de Valognes , de Vindefontaine , de Coutances ; des Ursulines , d'Avranches et de Mortain ; des Trinitaires, de Saint-James ; des dames du Bon-Sauveur, de Saint-Laut ; des Bénédictines , de Valognes ; des Carmélites de la même ville, qui vinrent d'Angletere s'établir d'abord à Thorigny ; et plus de vingt maisons de Dames du Sacré- Cœur , Dames de la Providence , Sœurs de la Miséricorde , Frères Ignorantins ; etc. , etc. Le séminaire atteignit presque le chiffre de trois cents élèves , les collèges , les petitsséminaires regorgèrent d'étudians. L'évèque s'imposa pour la plupart de ces divers établisseraens de grands sacrifices , et pour plusieurs il sollicita la charité publique , avec cet accent louchant , et pour ainsi dire mélodieux , qui lui était familier , et qui obtenait ordinairement d'abondantes aumônes : ainsi , il fit faire par le diocèse des quêtes pour ses séminaires ; puis , quand fut amortie l'ardeur des quêtes ,

— Aie—

|| taxa ses amis , ses clianoincs , ses prêtres , et parvint x ep changeant de moyens , à maintenir ces maisons favorite* *Jaos l'aisance et la prospérité.

Les maisons doqt on peut p}u& spécialement le regardée comme fondateur, sont le petit-séminaire de Mortain, le. petit-séminaire de Sottevat , et celui de Coûtantes , qui lo remplaça ; cqDq , la société des missions diocésaines. Les missionnaires lui coulèrent de soixante à soi *ante-dix wilte francs i le grand séminaire , à peu prés seize mille francs ; les trois petits-séminaires, une cinquantaine de mille francs. On a connu ces chiffres par des notes trouvées après sa mort j mais nul ne saurait dire ce que lui ont coûté icsTrapistes dç JBricquebcc , les frères des Ecoles, Chrétiennes , les hôpitaux , )es prisons, les incendiés, beaucoup d'élèves du. sanctuaire, de prêtres nécessiteux, la mission qu'il donna en 1821 à sa ville, épiscopale , et qui produisit les plus, heu/eux effets,

» Sa cathédrale , lune des plus magnifiques du royaume ,

* lui doit les plus grands cnibellissemens : la grille et les 9 portes du chœur , un superbe ostensoir , son plus riche ta-

• pis , des ornemens d'un grand prix , îles vases sacrés. » Toutes ses libéralités ont dépassé la somme de trois cent » mille francs. * Dans celte somme ne sont pas comprises les aumônes quotidiennes qu'il faisait aux pauvres de Coqlances, et dont le total serait considérable,

On disait que Pierre Duponl-Poursat avait de son patrimoine une douzaine de mille livres de rente ; sous l'empire , son traitement était de dix mille francs ; sous la restauration, il fut élevé à quinze mille, plus une subvention de quatre mille , que le département y ajouta ; mais celte subvention lui fut retirée, en 1828 , par le conseil général , en punition de l'ordonnance qui , en forçant les aspirans à l'état ecclésiastique d aller faire leur rhétorique et leur philosophie

«taris an petit-séminaire , ruinait les collèges. La révolution* de juillet , lui rognant cinq autres mille francs sur son traite-» inent , le ramena à dix mille f comme il était d'abord.

Plein de zèle pour le maintien de la discipline cléricale et l'instruction du peuple , Pierre Dupont-Poursat rétablit au-* près de sa personne l'officialité , la chantrerie , l'archidiaco^ nat; il procura à ses prêtres un grand nombre de retraites ecclésiastiques. En 1823 , il rétablit les conférences : la révolution de juillet les ayant interrompues / il les établit de nouveau en 1835. En 1825 , il publia un cérémonial et un nouveau caihéchisme ; en 1828 , un nouveau corps de startuts ; en 1839 , un nouveau bréviaire. Mais pour être juste i il faut attribuer à ebacuu la part qui lui revient : le bréviaire et le eatbécbisme furent l'œuvre de M. Mauger, supérieur du séminaire. Cet homme distingué , qu'une mort prématurée nous ravit en 1833 , avait gouverné le grand séminaire pendant 14 ans , avec une supériorité de moyen» qui ne laissait rien à désirer. Monsieur Lesplu-Dupré , vicaire-général , et supérieur du séminaire avant M. Mauger , est l'auteur des statuts et du mandement qui les précède ; ils furent lus à la fin d'une retraite ecclésiastique , dans un synode auquel les curés de canton avaient été convoqués nominativement. Le cérémonial fut composé principalement par M. G amas , professeur du séminaire.

L'administration du prélat fut ordinairement paternelle el pleine de mansuétude. Les préires furent rarement forcés d'accepter des places contre leur gré, ou de quitter celles qui étaient à leur convenance ; le plus souvent on s'efforçait de ne pas les éloigner de leur lieu natal. Ordinairement les réclamations des paroisses en faveur du prêtre de leur choix étaient exaucées/

Il s'entoura d'hommes éminens par leur science et leurs lalens , ou exccllens par la bonté de leur cœur. Nous deviomr

un souvenir à MM. Bon lé et L'hermine , ses deux premiers vicaires-généraux , qu'il conserva de la précédente administration. Natifs de Cou lances l'un et l'autre , ils avaient suivi d'abord des voies opposées , mais M. L'hermitte ayant reconnu franchement ses erreurs , ils se réunirent pour gouverner avec sagesse. Ce qui les distingua plus spécialement , fut une bonté et une aménité qui leur étaient particulières. Nousavons déjà parlé de M. Bosvy ; après la révolution il avait accepté le ministère pastoral , mais Monseigneur Dupont l'appela bien* tôt auprès de lui, et lui confia le soin de professer la théologie dans son séminaire : jamais un telle fonction ne convint mieux qu'à ce prêtre d'une logique si positive , d'une science si vaste , et qu'il savait si bien communiquer.

Uni de sentimens avec les au 1res membres de l'épiscopat français , toutes leurs démarches furent communes à notre prélat. Avec eux , il réclama contre l'ordonnance royale qui vint en 1828 jeter le trouble dans les petits-séminaires ; avec eux , il condamna ensuite les doctrines philosophiques de M. de la Menais , desquelles il était personnellement adversaire; avec le plus grand nombre, il se soumit sans opposition aux exigences du pouvoir sorti de la révolution de juillet ; et il n'était pas trop mal avec lui. En 1833 , il reçut dans ses appartenons la visite de Louis-Philippe , lors de son passage par Coutances.

Les longs mandemens qui parurent sous son épiscopat ne sont pas de lui. 11 disait bien 'et brièvement : sa diction portait le cachet d'une onction qui lui était particulière. Cependant il n'était pas orateur ; son style doux et onctueux , accompagné d'une voix faible et d'une déclamation vulgaire , ne faisait plus nul effet dans sa bouche.

D'un caractère plein de douceur et d'aménité , d'un esprit tourné à la finesse et aux saillies ingénieuses , il eût fait les délices de la société , s'il eût voulu fréquenter les cercles ;

mais il préférait le calme de son palais , et il s'y livrait à la prière et à l'étude ; aussi le monde ne le connut pas, et le crut môme d'un petit esprit. H usait avec ses préires d'une certaine dignité, d'une certaine réserve, qui les tenait dans le respect; son air froid, son regard sournois, empêchaient qu'on ne prit aucune liberté avec lui.

Le fait de son vicariat d'Angoulême lui fit grand tort dans le diocèse de Goutances , car on crut jusqu'à la fin qu'il s'était allié par dessermens à l'église constitutionnelle , de sorte que les jnreurs le regardaient comme souillé de la même tache qu'eux-mêmes ; et les insermentés , comme un révolutionnaire converti à la mitre. On fut bien aise d'entendre son panégyriste , M. l'abbé Poret, dire qu'il n'avait jamais partagé les erreurs de l'église schismatique.

La vie privée de ce saint évêque est trop édifiante pour que nous n'en disions pas quelque chose j il se levait régulièrement à quatre heures , il disait la messe tous les jours , il se confessait toutes les semaines. Souvent il interrompait son sommeil, pour aller, pendant le silence des nuits , passer de longs momens dans sa chapelle. Sa table était pauvre ; pendant le carême , il se privait de vin et de tabac. Sa maison se composait de quatre domestiques, y compris M. Esca, son frère de lait et son homme de confiance.

Le 16 avril 1830, Pierre Dupont-Poursat éprouva une violente attaque de paralysie , qui troubla pour long-temps ses facultés intellectuelles. Les dernières traces de cette mala die étaient à peu près effacées lorsque>, le 22 juin 1835 , il fut atteint d'une hydropisie de poitrine , qui devait le conduire au tombeau. Le ik septembre , il leva pour la dernière fois sur son diocèse sa main bénissante? le 17 , à 7 heures et demie du matin , il cessa de vivre. 11 était âgé de 75 ans. Son inhumation , différée jusqu'au 8 octobre suivant , fut faite par M. Dancel , évêque de Bayeux , ancien curé de Valognes

et ami intime de ce prélat, en présence d'un concours dé plus de mille prêtres , et de plusieurs milliers de laïques, ac-' courus de.ious les points du diocèse. Il repose dans le chœur delà Cathédrale, immédiatement devant l'aigle, sous uri tombeau de marbre noir, chargé «le ses armes et d'une ins^ Cription.

Napoléon le créa baron de l'empire , en 1810 } et lui eonV çéda pour armes , écarlelé d'asur et de gueules j au premier,' à l'arbre planté, de sable , au livre ouvert , d'argent > appuyé contre la tige } an second , à la croix épiscopale y au trois , à la tour d'argent j au quatre * au pont d'argent j à l'eàu coulante de synople $ surchargé de trois étoiles d'argent. En 1 811 , il recul la décorattoii de la légiort-d'hohnear.

Quelques jours avant l'inhuitfation , le Chapitré prit sur lui une démafche à laquelle le diocèse applaudit :. ce fui d'envoyer à Paris une dépUtatiotf pour obtenir là mitre à M. Lesplu-Dupré«vicàire-généràlcap<tulaire^èt ancien vicaire <té levôque; mais la députation arriva trop tardivement , car j avant qu'elle fut à Paris dès le lendemain de l'inhumation/ l'on apprit que la cour avait fait son choix , et que e'élait Mi Louis-Jean-Julien Robiou,curé de Saint-Etienne de Rennes/ imi avait obtenu la faveur du prince.

£hapkré 4* l

Moîitikiimv* Lodis-Jbai^-Juuen RÔBÎÔU, hoirë iien-aitoé prêtai $ ési hé â Cornboùrg $ diotèsé dë fcalùtfoalo , te 7 jântier 1784. H a été sacré le $ màrè 1830 j e< installé le *7<iù mémé mois;

rài omH «IJuttim, ornatum omni lapide prettôtô:

ÉccU. t. 4fc

DE COUTANTES. APPENDICES.

i.° Saint Floxel, martyr, i Voir page 17. )

Sous le règne de l'empereur César Antonin , Valérien étanl gouverneur de l'occident , et Maximien de l'orient , Valérien vint dans la ville de son nom , et y leva une troupe de jeunes gens nobles , au nombre de trente-trois , desquels fut Floxel , issu de parens chrétiens , né dans le Cotentin , au lieu nommé Chrittinninum , près de la rivière de Du-, rix y ou Durunna. Floxel étant chrétien , et ne cessant de prêcher le Dieu des chrétiens , fut dénoncé devant ce même gouverneur , par un de ses camarades nommé Camarin ; ceux qui vinrent pour le saisir le trouvèrent en effet entouré d'une troupe de peuple , auquel il annonçait l'Evangile. Conduit devant le proconsul , il ne se laissa ni intimider par les menaces , ni séduire par les promesses : il resta inébranlable dans sa foi. Pour vaincre sa résistance , on, le battit de verges , et on lui déchira les joues avec des ongles de fer ; mais comme rien ne pouvait altérer sa constance , sa sentence de mort fut prononcée : il fut destiné à servir de pâture aux bêtes féroces. Un lion, que l'on avait déchaîné pour la

dévorer, vint mourir à ses .pieds. Ensuite , un grand ïnïclict1 allumé pour le brûler vif, fut subitement éteint par une phiie' miraculeuse , que Dieu accorda à la prière du jeune martyr qui fui avait demandé ce nouveau miracle , pour la- conversion des speetateurs. Enfin , il fut conduit au tribunal de l'empereur , qui venait de passer la mer ; celui-ci le fit revêtir d'une robe de lin , et hii lit' trancher la tête. C'était le Xv des calendes d'octobre. Sept railîe personnes , témoins de

ce glorieux martyr , ainsi que des nombreux miracles qui lé suivirent , se ccftrvertiferrt au vrai Dieu. Le corps fut recueilli par des chrétiens' , et inhumé dans un Heu convenable , qui ne cessa d'être illustré par de nouveaux miracles. 11 y restar pendant quatre mois ; mais , ' au bout de cé temps , des* nautonniers du Colcnlm vinrent l'enlever , et le déposèrent ^ après un trajet de trois jours , dans le pays de Christonnum ou Chrittinninum , son lieu natal , dans la citadelle de Diurunnum , on Duronnum. ( in oppidoDu- Tonno. )

Voilà ce qu'on peut recueillir de plus positif sur Saint Floxel , dans ses actes et dans les légendes ; mais tout ceci laisse bien des difficultés à lever.

D'abord , quel est cet empereér César Antonin , dont il est ici question- ? Est-ce Antonin Pie, qui régna depuis Fan lS&dc J. C. , jusqu'en l'an 161 ? Est-ce Marc^Aurèle qui régna depuis Fan 1G1 jusqu'en Fan 180 , et qui portail le* surnom d'Antonin ? H est possible que ce soit Fun ou l'autre' de ces empereurs / et on le croit ; cependant il n'est guère facile de le supposer : en effet, comment Antonin Pie , de si' douce mémoire eûi41 trempé ses mains dans le sang des' chrétiens, lui qui écrivait à un gouverneur de province : • Si' * quelqu'un à l'avenir moleste les chrétiens , et les accuse » comme tels , qu'il soit puni selon la rigueur des lois , et » que l'accusé soit renvoyé absous? » Ce n'est pas à dire qu'iP

fixait eu des martyrs sous son empire , à défaut d'autres preuves , celle lettre suflirait pour le faire supposer ; mais c'est qu'il ne concourut pas lui-même à leur condamna lion. 11 est vrai cependant qu'on lui attribue personnellement le martyre de Sainte Félicité et de ses fils , mais on n'en cile pas d'autre exemple. On peut dire la même chose de Marc- Àurelle , qui , après le miracle obtenu en sa faveur par la légion fulminante , défendit soqs peine de mort de dénoncer les chrétiens , pour le fait de leur religion , et qui , dès le commencement de son règne , avait rejeté avec indignation \a demande , qui lui avait été faite par les prêtres payons , de nouveaux édita contre les chrétiens. Ceci prouve que la persécution continuait encore , mais au moins que cet empereur n'y prenait aucune part. En ouire , il ne parait pas que ces princes soient venus dans les Gaules , et c'est dans celle province que le martyre dut avoir lieu , comme nous allons letabiir bientôt.

Le (ait convient beaucoup mieuxàOaracalla,quiy vint, qui y versa tant de sang , et qui fut constamment un des persécuteurs les plus acharnés du christianisme. Il régna depuis l'an 211 , jusqu'en 917.' Il prenait les titres de César cl d'Anlonin , et même celui de Pie. Il était en Angleterre , lorsqu'il devint empereur , par la mort de Sévère , son père ; et ildutpasser par Autun pour se rendre en Italie ; or , nous allons voir bientôt que c'est à Autun. que le martyre dut avoir lieu.

11 serait inutile de chercher maintenant quelle pouvait être cette ville , du nom de Valérien , qui existait dans l« Cotenlin : il est cependant assez probable que c 'était une simple villa , qui lut appartenait : dans ce cas , le nom de Yarreville pourrait être une bonne indication.

Nous allons rechercher maintenant quel fut le lieu du wjpplicc de Saint Floxel. Ce lieu élait éloigné du Cotenlin

de trois journées de navigation. Ce ne peut donc ètce Home, ni quelqu'aulre point de l'Italie , comme le portent quelques légendes. Ce pourrait être l'Angleterre , ainsi que Trigata l'a supposé; mais rien ne le prouve, ni même ne l'indique. Les plus anciens actes vus et cités par Pierre de Natalibus , portent en toutes lettres que ce fut Autun , Auguttodunum. Le Martyrologe Romain , ainsi que les auteurs qui ont écrit depuis Pierre de Natalibu*, ont adopté ce point sans contestation. Et il n'y a nulle difficulté à admettre qu'un bateau ail pu descendre la Loire , doubler le cap du Raz , ot aborder en un lieu quelconque du Cotentin , en trois jours èt trois nuits de navigation. D'ailleurs , le culte qu'on rend , de temps immémorial , dans la ville d' Autun , à Saint Floxel , martyr , en serait presque une preuve à lui seul , indépendamment de toute autre. Les légendes d' Autun parlent de son corps , comme de celui d'un homme très-jeune encore : Corputculum ; ce qui convient très-bien à notre Saint Floxel. On l'invoque à Autun, comme dans le Cotentin , pour La fécondité de l'union conjugale ; c'est donc bien le même Saint à Autun et dans le Cotentin.

Mais il se trouve ici une difficulté. Les habitans de la ville d'Autun montrent les reliques de leur Saint Floxel , et celles du notre ont dû être rapportées du lieu de son supplice dans le Cotentin. Il est vrai que l'on possède à Aulun les reliques d'un Saint Floxel , mais il parait que ce sont celles d'un homme fait , ce qui ne peut convenir au nôtre , et ne s'accorde point avec la légende. 11 a existé un saint Floxel , prêtre , de la ville du Mans , et un Saint Erné , solitaire , des environs de la même ville. Or , à Autun l'on fait un office commun à Saint Floxel et à Saint Erné. L'on a conservé la mémoire d'une translation commune aux reliques de ces deux saints , qui fut faite en 1226 , par un légal nommé Simon Brie , cardinal prêtre , du titre de Sainte-Cécile. Il les lira

de leur tombeau , le 9 novembre , pour les mettre dans une châsse. Il y a donc ici une confusion opérée par l'identité des noms , semblable à celle que nous avons remarquée ailleurs , par rapport à Saint Frémond.

Mais encore , ne faut-il point supposer avec M . l'abbé Lebceuf , et avec M. l'abbé Démons, ou plutôt l'auteur anonyme dont il a conservé la lettre , que c'est par erreur qu'il y a Auguêtodunum sur les actes de Saint Floxel , et qu'on doit lire Auguêlodurum? Non, assurément. En effet, que l'on place cet Augustodurum , qui devait être une des étapes des armées Romaines , à Saint-Frémond , au bord de la rivière de Vire , ou à Thorigny , ou à Bayeux , ou à Serailly , car l'on a cru en trouver les restes en ces différons lieux , il n'eût pas fallu trois journées pour arriver au Cotenlin , et surtout trois journée* de navigation.

Les reliques de Saint Floxel furent rapportées à la ville fortifiée de Diurunnum ou Duronnum, ( oppidum Diurunnuni), dans le pays de Chris tinninum ou Christonnum , auprès de la rivière de Durix ou Duronna. 11 est assez difficile , pour ne pas dire impossible, de reconnaître maintenant ces lieux ; on ne peut que former des conjectures. Parla ville fortifiée de Diurunnum on pourrait peut-être entendre le lieu du débarquement des saintes reliques , qui put s'effectuer au port de Diélelte. Ce port , et le territoire des environs , dont là paroisse de Flamanville n'est qu'un hameau , s'appelait encore Direte au treizième siècle. Nous n'oserions affirmer qu'il y ait eu en ces lieux une ville murée , mais quand bien même il y en aurait eu , il ne serait pas étonnant qu'on n'en retrouvât plus les vestiges , vu les envahissemens anciens et nouveaux de la mer sur toute cette côte. Cependant on retrouve encore dans les grèves de Siouville des débris et des fondations dont on ignore l'origine. Par le mot de Cristinninum on peut entendre un lieu

pf** des chrétiens : une chrétienté. Le nom de Burw, pu. flftrpfifw cpnyient assez à la petite rivière qui passe à ^aini-FJoxe], et qui s'appelle |a Dupance. Mais ce qui es| plus positif , c'est qi|e Sanat Floxe| est honoré et invoqué 4e fen^pS imroéniona) dans (a parojsse, de. ce nom. \\ s'y t*<H»t j aussj de temps, imrçémoriaj , Mefo|re, |a plus célèbre de fout le qotantin; or ?|a plupart des ancienpes foires, pour m P*« 4»re toutes, ont fin po»r origine les assemblées popu-; \**r& 9™ POt Heu à l'occasion des fêtes 4œ C?Ue foire se tient le. jqur même (}psliné à célébrer la mémoire du, saint martyr : c'gst une indication de plus. Le cimetière de |a paroisse, p|us grant) que ne le comporte la population , e( encore ljeauçoup plus yaste autrefois , est rempli <|e sarcoplages, de tjjf , on en trouve aussi , à une grande distance , flans jes champs voisins. Or , ancienpemenljes personnes riches choisissaient leur sépulture auprès des maisons relir pieuses , et autour <jcs lieux sanctifiés par {a présence (je quel? flues reliques çonsi<|érables : c'est une nouvelle indication. JL'église de SanUrFloxel a été de tout temps un but de péïem nages : autre in/jice de reliques ep ce lieu.

On pourrait demander maintenant si les reliques de Saint pjoxpl n'qnt pas, été enlevées au temps de l'invasion Nor? mande , et transportées ailjqurs ? Il n'en reste nul spuvenir f la tradition est muette à cet égard , et les auteurs n'en fpn} nulle mention , aucune égljse ne fait la mémoire de cette |rans|ation . Il y a donc (ieu de croire qu'elles ne font pas etc.

pU résumé, JeColcntin avait des chrétiens fies le milieu, flu second siècle. I| eut un martyr dans la personne de Sain* Floxel ; cela est certain. Saint F|oxcl fut martyrisé sous les. rpgqes tfAntoiu'n Pie, ou <|c MarcrAurèle, oq, pjus probable^ ment , spus celui de Caraçalfa : c'est-à-dire en l'an 21 \. Çe fait **aÇCom:)li| à, \]Hun ; ses reliques furent rapportées au £o{entin : ces ijeux points sont certains, principalement le

Rentier. Selon toute apparence , elles y sont encore , et c'est à Sajnt-F|oxcl qu'il faut les chercher. Nous ajouterons qu *clr les doivent |Hre au milieu du chœur , ou sous le maltre-aute| jle I egjise , parecque dans tous les lieux où il se trouve des reliques notables , le chœur de leglise a toujours été bâti autour de leu/s tombeaux,

Il y avait a la cathédrale de Coulances une chapelle dédiée en l'honneur de Saint Floxel. Ce fut probablement l'ancienne chapelle du même nom , existante depuis un temps fort reçu- Jé, située vis-à-vis l'église Saint-Nicolas, qui y fut transférée, jly en avait pareillement une dans la cathédrale 4e Baycux,

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