‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 83 sur 158 · l^e Seipent du Bourg -Açhard · texte numérisé non relu

l^e Seipent du Bourg -Açhard

( Voir page 33. )

Nous allons essayer de démontrer dans celte dissertation , gue le fait du dragon miscq fuite par notre cinquième évéque , au |ieu nommé le Rourg-AcharoJ , peut avoir quelque c hose de réc( , et ne doit pas être rangé sans examen et sans contestation dans la ctossc des allégories , comme on vou^ (Irait |c faire présentement,

11 n'est pas rare de trouver dans l'histoire des premiers siècles du christianisme des faits semblables , attribués à des évoques et à d'autres saints personnages : on lit , entr autres, dans les vies, des archevêques de Rouen > que Saint Romain, Xix ou xx.0 arc|icvêque) vivqqt CM 640 , affranchit le pays I^ouniois d'un grand serpent qui |c désolait. En commémoration > l'église de Rouen institua la cé|èbre procession de la Gargouille , qui se faisait tous les ans le jeudi de l'Ascension. Saint Vigor , évoque de Buyeux , qui v ivait eu 520 , délivra les environs de celle ville d'un redoutable replible , qui eaufcujl que : grande frayeur, cl faisait beaucoup de ravages. Un

seigneur nommé Volusien lui donna, par reconnaissance, une grande étendue de terrain à Cérisy, dans laquelle ce saint évêque fonda la célèbre abbaye de ce nom , qui fut restaurée, après l'invasion , par notre duc Robert-le-Magnifique. Le même Saint Vigor purgea encore son diocèse de plusieurs autres serpens qui y causaient de grands maux : on cite enlr' autres lieux, Réviers et Cambremer. On pourrait facilement multiplier les exemples de ce genre.

Nous ne sommes pas de ceux qui ne voient dans tout ceci que des allégories. Il est vrai que la France , ni même aucun pays de l'Europe, ne nourrissent plus de tels reptiles ; mais il ne faut pas en conclure qu'elles n'en aient jamais nourri. Plusieurs races d'animaux ont péri absolument , même , comme on le croît , depuis les temps diluviens ; d autres ont cessé d'exister dans certaines contrées. Mais il ne suffirait pas de démontrer une possibilité , lorsqu'il est facile d'établir un fait.

On lit dans les chroniques du moyen âge , que l'Ile de Jersey était désolée par un animal de cette espèce, lequel fut vaincu par un chevalier nommé Bye , venu du continent , avec son écuyer , exprès pour le combattre. Fatigué de l'horrible lutte qu'il avait soutenue contre le monstre , il s'endormit et fut tué, pendant le sommeil, par son écuyer, qui avait eu la lâcheté de s'enfuir au moment du péril, et qui craignait la juste punition de sa conduite. Il s'attribua l'honneur de la victoire , et épousa la veuve de son maître ; mais trahi par ses remords , qui manifestaient son crime jusque pendant son sommeil , il en (il l'aveu et en reçut le châtiment. La dame fit élever , sur le lieu même où son époux avait péri des mains de l'assassin , un tertre de cent pieds d'élévation , sur le sommet duquel elle érigea une chapelle , dont les restes subsistent encore , et qu'elle pouvait voir du continent. L'histoire de Malle présente un fait de la même nature :

sous le magister de Hélion de Villeneuve , mon eu 1348 , tl y avait dans celte île un énorme dragon , qui y causait les plus grands maux , et qui avait déjà dévoré plusieurs chevaliers , qui avaient eu l'audace de l'attaquer. Il était défendu de s'y exposer de nouveau , lorsqu'Adéodat de Gozon , chevalier, natif de Provence, s'y exposa malgré la défense , et le terrassa à laide d'une bonne armure , de plusieurs écuyers , et de deux forts chiens dressés tout exprès ; mais non sans courir les plus grands dangers. Adéodat fut dégradé en punition de sa désobéissance , mais bientôt rétabli en faveur de son courage ; c'est lui qui fui élu grand-mattre après la mort de Villeneuve.

On lit dans l'histoire de la Vendée , par Bourniseaux , une dissertation analogue à celle qui nous occupe , mais qui ne nous semble point passée au creuset d'une critique assez sévère; nous extrairons seulement le fait suivant, parce qu'il est assez appuyé pour être admis. « En 1589, un dragon » ailé désolait les environs de Niort : tous ceux qui avaient

• voulu le combattre, avaient succombé. Un déserteur, nom-

• mé Guillaume de Bcauchamp , Guillelmu* de Bello

• Campo , prêt à subir son supplice , demanda à combattre

• le dragon. Il s'arme de toutes pièces , et prend un fort mas- » que de verre. Après un long combat , il abat le monstre , et

• croit l'avoir tué. Il ôle imprudemment son masque et s'ap- » proche pour contempler sa victime. Le serpent expirant

• rassemble toutes ses forces et lui lance à la figure son venin

• mortifère. Le vainqueur fut enterré avec le vaincu , et la

• ville de Niort fit graver sur une tombe l'image du dragon

• ailé, et celle du soldat. On lisait sur le côté cette inscrip-

• tion : Miles occubuit serpentis veneno (1), et au bas

• ces mots.

(1) Le serpent a tué le soldat de son venin.

Sitte , viator :

Kern haies pauei^ :

Hiperiére timul{i).

• Celte tombe était sur place en 1788 , dans le cimetière, 9 de rhôpiial-gcnéral à Niort. En 1792, ce tombeau avait été » bouleversé , mais la tombe se voyait encore toute entière k » lentrée do cimetière. *

Nous n'examinerons pas de quelle espèce étaient les mons?. 1res dont nous venons de parler , s'ils étaient ailés ou non , si c'étaient des serpens, des crocodiles, ou do ces animaux dont on ne retrouve plus que des débris , parce que celte question nous est étrangère; mais nous allons rechercher quelle pouvait être l'origine de ceux dont nous avons parlé à l'occasion de Saint La ut , de Saint Vigor et de Saint Romain , et nous allons essayer d'établir qu'ils avaient une origine Druidique. Pour arriver à ce but, nous allons montrer la connexité de la religion druidique avec les autres religions anciennes, et nous allons prouver que le culte des, reptiles faisait essentiellement partie de ces mêmes religions. Pardon , lecteur , de notre prolixité , mais le sujet nous semble être assez intéressant pour comporter quelques, développcmcns,

De toutes les religions antiques ,1a religion druidique est la moins connue : tant à cause du peu de monumens qui en* restent , que parce que ses ministres prenaient toutes les précautions possibles pour que le peuple n'en connût pas les secrets. Ils n'écrivaient rien , cl ne permettaient pas à leurs disciples d'écrire quelque chose j toute leur doctrine était rc-. digée en vers senten lieux , qu'ils insinuaient dans |a mémoire

(1) Passant , arrêtez; voici la chose on dcui mots : ils se sont tués l'un l'autre.

ié leurs élèves ; ces vers eux-mêmes étaient composés en un* langage mylérieux , nomme Rhyn, queux seuls pouvaient comprendre. Quant à la doctrine qu'ils réservaient à f usage du peuple , elle était aussi mise en vers , divisés par triades , mais conçus en un langage intelligible. Entr'autrcs triades on cite les deux suivantes : * Le bifl du sacerdoce est de ré-

* former les mœurs, d'assurer la pais, d encourager la vertu. - -i— Les trois premiers principes de fa sagesse sont d'obéir » aux lois de Dieu , de concourir au bonheur de l'homme , dé

* s'armer de courage contré les adversités de la vie. » Il résulte de ce qui précède, que les Druides avaient deux doctrines : une doctrine secrète , et une doctrine ostensible ; or , il en est encore de m&ne présentement dans l'Inde , parmi les Bracmanes*; et ainsi depuis les temps les plus reculés. Il en était de même jadis en Egypte : la scierice sacrée' était le secret impénétrable de la càrste sacerdotale. Gloire à l'évangile , qui n'a mis dans la science aucune distinction entre le prêtre et le peuple , et qui n'y a laissé d'autrfeà mystères , que ceux qui sont impénétrables à toute intelligence humaine. Les Druides célébraient leurs ràystères dans le fond des bois , pendant l'obscurité des nuits ; ils rendaient de même leurs oracles. Si quelquefois iU condescendaient à en rendre pentfartt le jour, le lieu saint se trouvait entouré de tant de mysJ térieuses et effrayantes précautions , que les consultons, saisis d'une religieuse terreur , ne voyaient rien dont ils pussent rendre compte.

11 n'est donc pas étonnant que tes auteurs q,ui ont écrit sur tes peuples de h Gaule , de la Grande-Bretagne ou de la Germanie , tels que Hérodote , Slrabon , Diodore , Pline, César, Tacite , Pomponius ne nous aient laissé sût leur religion que des données générales. D'ailleurs , eussent-ils été initiés aux1 mystères , ils n'en auraient pas dit davantage : car c'était un Crime eapkal d'en révéler quelque chose : on sait qu'il pensa'

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