‹ Histoire des faïence patriotiques sous la révolutionChapitre 15 sur 77 · I II · texte numérisé non relu

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Faïences patriotiques

lui le Tiers état; s'il avait ordonné la séparation des chambres, il avait pour lui la noblesse & le clergé. On n'aurait pas osé commencer les états généraux par une désobéissance ouverte contre le roi, qui était regardé comme le législateur provisoire. Mais en ne prenant aucun parti décidé,

N" 22. Assiette de l'école niveniaise.

on avait ouvert la lice aux combattants, & l'autorité royale devait rester en proie aux vainqueurs. »

Toutes ces conjectures données après coup semblent de médiocre valeur & ne peuvent rien contre la logique des événements. Le renversement d'une dynastie, le malheur

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des peuples sont dus à des causes lointaines, dont les effets ne peuvent être combattus quand ils se présentent brusquement.

Les principes de la régénération sociale dataient de plusieurs siècles; à cette heure, le Tiers sentait sa force & ne voulait rien laisser passer aux classes privilégiées.

Le Tiers réuni, c'est alors que recommencent de puériles questions d'étiquette qui devaient le blesser ou l'aigrir. En 1576, lors des états généraux de Blois, les députés du Tiers avaient demandé à « siéger honorablement & non pas derrière le clergé & la noblesse. » Ce qui ne l'empêcha pas d'être relégué derrière les deux ordres.

En 1614, le chancelier se découvre en s'adressanc à la noblesse & au clergé & remet son bonnet carré en s'adressant au Tiers. Le prévôt des marchands prononça son discours à genoux devant le roi, quand les deux autres ordres, qui étaient tenus au même cérémonial, restaient debout.

Ces misères furent remises sur le tapis en 1789 : le récit en est puisé dans les Mémoires de Bailly, homme prudent et ferme, qui évita au Tiers de s'agenouiller devant Louis XVL « J'allai le matin (5 juin 1789) de bonne heure chez M. le garde des sceaux pour l'audience du roi, que nous sollicitions vainement depuis longtemps. Il me dit que nous ne tarderions pas à l'obtenir; que ce qui avait empêché qu'elle eût lieu , c'était la difficulté de régler le cérémonial. — Ce n'est pas, dit-il, que l'on veuille insister sur un vieil usage qui blesse le Tiers état, & que le roi n'a pas l'intention d'exiger. Cependant, ajouta-t-il, cet usage a subsisté depuis un temps immémorial, & si le roi

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le voulait... — Ec SI 25 millions d'hommes ne le veulent pas. s'écrie Bailly, où seront les moyens de les contraindre.^ »

D'autres questions d'étiquette aigrirent le Tiers. On

N" 23. Assiette de Nevers.

faisait attendre à la pluie les membres. Ils entraient par de. petites portes de service quand la noblesse & le clergé entraient par la grande. Les courtisans, plus que le roi, mettaient en avant ces gothiques questions de cérémonial qui devaient aboutir au triomphe du Tiers. Chaque pas

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qu'il faisâic écaic une conquête ; aussi le Tiers état s'emparaic-il de la faveur populaire.

Peu d'objets de l'époque qui ne célèbrent sa victoire. On connaît des cadrans de montre avec l'épée, la crosse & la bêche. Les femmes portaient sur le devant de leurs coiffes, brodés en soie verte, les symboles des trois ordres : la bêche, l'épée, la crosse, entremêlés de branches d'olivier.

A sa durée tient le bonheur public est une devise qu'on retrouve fréquemment sur diverses faïences. La couronne est soutenue par les trois ordres.

Brissot rapporte que le domestique d'un de ses amis se suicida en 1790, laissant un papier dans lequel il fait ses adieux : « Au magnanime Tiers état, à la noblesse qui doit se féliciter de la clémence de ses vainqueurs, au clergé qu'il exhorte à quitter son costume & ses superstitions. »

Qu'on s'étonne encore après ces cahiers, ces brochures, ces chansons, ces pamphlets, ces images enthousiastes, de l'éducation que recevait le peuple ! Je ne sais si, à aucune époque, chez aucune nation, on constate un mouvement d'un tel ensemble.

Un serment fraternel unit ensemble l'épée, la bêche & la crosse, qui pour la première fois rapprochaient le seigneur, le paysan, le prélat, sous un cœur, symbole allégorique d'amour brûlant.

Toute trace de haine en 1789 semblait effacée du cœur de ces hommes qu'envoyaient les diverses provinces non pas réclamer, mais faire valoir leurs droits. Ils ne voulaient plus se souvenir de ce qu'avaient souffert leurs pères.

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offrant une généreuse conciliation à leurs anciens adversaires.

Nous avons vu dans les premiers jours de 1848 des bandes d'hommes du peuple, de séminaristes et de bourgeois qui se donnaient le bras, acclamant la nouvelle République. Au début des graves commotions sociales, les cœurs de tous les citoyens battent à l'unisson; la fierté des hommes qui ont renversé un trône, les barricades encore debout, l'ivresse de la victoire, le mouvement de la rue, le mot liberté qui s'étale en caractères voyants sur les murailles, l'entraînement des chants patriotiques, autant de causes qui grisent les masses, en attendant qu'arrive l'heure de la réflexion.

Les premiers rayonnements de la République en 1848 permettent de juger de l'état des esprits en 1789. comme une miniature donne l'idée du Vésuve.

Il est important de suivre dans leurs variantes les emblèmes de 1789. Tout d'abord le Tiers, en affichant son blason, y introduit la trace de son respect pour la royauté. La crosse, l'épée, la bêche, se groupent autour de la fleur de lis, & des cœurs enflammés voltigeant autour de ce symbole brûlent encore pour le roi.

A ce titre une faïence , qui montre deux bras sortant de la couronne comme pour étreindre une bêche, un râteau, un fléau, est certainement une pièce caractéristique*. En ce moment la royauté semblait faire des avances au peuple seul. La crosse & l'épée avaient été assez soutenues & favorisées ; les regards du roi s'arrêtaient complaisamment sur Je peuple. Du moins ainsi raisonna le potier qui

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