LA X A T I O N
Vive la nation est un des cris les plus significatifs de la Révolution. Toute la population, formant corps & s'unissant pour remplacer une royauté qui abandonnait ses droits, donna naissance à un cri qui depuis longtemps tendait à s'échapper de toutes les poitrines.
Ce cri subit des modifications, & j'entreprends de le montrer dans ses diverses combinaisons :
J'ive le roi et la nation!
Vive le roi . la nation et la loi!
Vive le roi. la nation, la loi et la constitution!
Ainsi s'exprime le peuple tant qu'il n'a pas perdu confiance en celui qui est à sa tête. Puis vient le renversement :
Vive la nation et le roi!
Vive la nation, la loi, le roi et la constitution!
Vive la nation, la loi et le roi!
On pourrait étudier les quatre premières années de la Révolution par la logique populaire qui présida au classement de ces diverses appellations. D'autres suivirent, plus brèves, plus patriotiques encore ; mais il est utile de mon-
sous la Révolution.
crer comment le cri de J'ive le roi! fut remplacé couc à coup par J'ive la nation ! de même qu'il imporce de décrire ces cris allant du peuple à l'orateur, prenant une consécration à la tribune, affirmés par des décrets officiels & dés lors imprimés pour toujours au fond des cœurs.
Les cahiers des états de 1576 contiennent déjà le germe du cri qu'adopta la Révolution. Il y est dit que les lois sont de deux sortes : lois du roi & lois du royaume, les premières toujours révocables, les secondes auxquelles on ne peut toucher que du consentement des états.
On n'avait pas toujours pensé ainsi. Dans un manuscrit, Cours de droit public pour la France, composé pour l'instruction du duc de Bourgogne, il est dit : « La France est un Etat monarchique dans toute l'étendue de l'expression. Le Roi y représente la nation entière, & chaque particulier ne représente qu'un individu envers le Roi. Par conséquent toute puissance, toute autorité résident dans les mains du Roi. & il ne peut y en avoir d'autres dans le royaume que celles qu'il établit... La nation ne fait pas corps en France, elle réside tout entière dans la personne du Roi^ )>
Le prince qui s'écriait : « L'Etat c'est moi ! » résumait brièvement le traité dans lequel il avait appris à connaître plutôt ses droits que ses devoirs. Aussi Mercier a-t-il dit avec raison dans son Nouveau tableau de Paris . au chapitre des Droits de la Nation : « Ce n'était autrefois qu'un simple terme de géographie ou de phrasier qui voulait enfler son style. Vous ne trouvez point sous la plume des écrivains du siècle de Louis XIV les mots : l'in-