‹ Histoire des faïence patriotiques sous la révolutionChapitre 23 sur 77 · VEN'ERA\'DA NUTRIX · texte numérisé non relu

VEN'ERA\'DA NUTRIX

Les esprits, fatigués par le spectacle des abus des villes, se tournaient déjà vers la campagne ; du temps de Louis XV. Une estampe d'alors représente Monseigneur le Dauphin labourant :

« O terre ! ouvre ton sein... L'utile agriculture^ L'objet de nos dédains, s'ennoblit en ce jour. L'humanité sourit & toute la nature En voyant travailler l'objet de notre amour. »

L'image est grossière & la poésie ne vaut guère mieux que le burin : mais on sent que les idées de nature semées par Jean-Jacques remuaient les esprits. La corruption avait dégoûté jusqu'aux corrupteurs. La cour elle-même favorisait ces aspirations à la nature, & les bergeries aujourd'hui fanées du petit Trianon sont encore là pour témoigner que, derrière les décors de ferme & sous les costumes de campagne portés par les courtisans , se cachait un vague désir d'échapper aux sensualités mythologiques.

Ce fut une heure d'universelle joie que celle qui annonça

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Fégalicé aux paysans victimes des abus de l'ancien régime. Leurs cris d'allégresse sont parvenus jusqu'à nous^. répandus sur toutes les productions des arts populaires. On dirait qu'ils ont hâte d'affirmer leur indépendance, eux qui si longtemps supportèrent tant de misères.

Une brochure : Lettre des bourgeois aux gens de la campagne, fermiers, métayers. &c.*y peint la situation des paysans avant 89. « Ils se sont dit : Nous autres nobles, nous sommes bien peu pour régner sur tant de roturiers. A peine sommes-nous un contre cent ; cependant si nous savons nous entendre, il y a moyen de les subjuguer, & voici comme il faut nous y prendre. Supposonsnous être quatre frères, tous bien d'accord & bien unis; il faut que l'un vive en campagne dans sa paroisse, que l'autre soit conseiller au parlement, le troisième sera colonel & le quatrième deviendra évêque. Quand le bien d'un roturier conviendra au seigneur de paroisse, il s'en accommodera sans façon : le roturier fera un procès ; le conseiller en sera juge & le fera perdre, comme de raison. Si la paroisse se révolte, le colonel y mènera son régiment ; s'il arrive conjuration, l'évêque la découvrira par le moyen de ses prêtres, à qui l'on raconte tout en confession ; il fulminera des monitoires, des excommunications. Le bon peuple aura peur du diable ; il deviendra doux comme un mouton ; on lui fera entendre qu'il est ici-bas pour qu'on le tonde & qu'on l'écorche ; on l'exhortera à la patience ; &, maîtres des corps et des âmes, nous régnerons, quoique peu nombreux, sur la nation. »

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