I. Journal des Laboureurs, 3 mars
Faïences patriotiques
la Conscicucion. Ce moc prcnoicé en chaire : Je vous annonce le bonheur de la France^ il y croyait & se montrait reconnaissant vis-à-vis de ceux qui portaient la bonne nouvelle.
sion non moins effroyable. « Dans ces jours de crise & d'agitation, die M. Augustin Tliierry, le frémissement universel se fit sentir aux paysans & renconira en eux des passions de haine & de vengeance amassées & refoulées durant des siècles d'oppression & de misère. Le cri de la
N° 37. Assiette de Xevers.
France plébéienne : « Les nobles trahissent et deshonorent le royaume. » devint, sous les chaumières du Beauvoisis, un signal d'émeute pour l'extermination des gentilshommes. Des gens armés de bâtons & de couteaux se levaient & marchaient en bandes grossies de proche en proche, at-
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taquant les châteaux par le fer & le feu, y tuanc tout, hommes, femmes & enfants, & , comme les barbares de la grande invasion, ne pouvant dire où ils allaient, ni ce qui les poussait ^ »
Sans remonter si haut dans l'histoire, au commencement de ce xviii'- siècle qui devait voir tant de misères & tant de grandeurs, les impôts écrasaient tellement le cultivateur qu'il ne cultivait qu'à regret. Un édit royal , de la fin du règne de Louis XIV^, porte : « Tous les propriétaires de terre labourable seront tenus , dans la huitaine, de déclarer s'ils entendent faire cultiver ou ensemencer leurs terres ; sous faute par eux de le faire, permettons à toutes sortes de personnes de faire donner les façons nécessaires auxdites terres, pour les ensemencer en blés &en recueillir les fruits sans être tenues d'en remettre une part ou portion auxdits propriétaires ou fermiers. »
Quelques agriculteurs découragés abandonnèrent la terre à elle-même. Un siècle avant ces misères, un grand ministre, Sully^ .s'était écrié : « Le labourage et pastourage, voilà les deux mamelles dont la France est alimentée, les vrayes mines & trésors du Pérou. «
« Il est plus d'un pays en France, dit Michelet, où le cultivateur a sur la terre un droit qui certes est le premier de tous, celui de l'avoir faite. « Et un autre esprit distingué ajoute : « Sur cette terre fécondée par vos sueurs , sur ce sol que vous avez bâti, que vous avez planté, vous avez un droit que chaque année rend plus
I. Augustin Thierry, Essai sur l'histoire de la formation & des progrès du Tiers état. Paris, 1853, in-8°.
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Un tel complot n'est pas exagéré ! Je continue à citer.
« Nos biens ne sont-ils pas sujets au rachat, au retrait du seigneur, aux lods & ventes dus simples & perçus doubles? Nos bestiaux ne sont-ils pas sujets aux saisies vexatoires des gardes, & nos champs aux déprédations des bêtes fauves, &,qui pis est, aux ravages des chasses, quand, semblables à une troupe de Tar tares, trente gentilhommes & autant de laquais mènent à travers nos guérets une armée de chiens et de chevaux pour un plaisir barbare & frivole } »
La chasse, droit féodal, était un des grands griefs du paysan contre la noblesse. Le roturier devait nourrir sur son champ le gibier destiné au plaisir du seigneur. « La capitainerie de' Chantilly, dit Arthur Young*, avait plus de 33 lieues de circonférence, c'est-à-dire que tous les habitants de ce canton sont infectés de gibier, sans avoir la permission de le détruire, & cela pour le plaisir d'un seul homme, le prince de Condé. «
En présence de tels abus, voilà ce que désiraient les paysans : « Nous demandons qu'ils ( les nobles ) enclosent leurs parcs et leurs bois & ne puissent faire saisir de bestiaux dans les terres ouvertes. » [Lettre des bourgeois. déjà citée.)
Un autre grief du paysan contre son seigneur, du manant contre le noble, était l'excès du privilège qui forçait à moudre au moulin du seigneur, et à cuire le pain dans son four. « Nous demandons que l'on supprime les
I. Voyage en France pendant les années l'jSy-go. Paris, 2 vol. in-80, 1793.
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servitudes de moulin, de four, de pressoir, des droits de fuie
& de garenne. »
On voit qu'outre la taille , les aides & la gabelle, qui constituaient la manière à peu près régulière de percevoir les impôts, il ne manquait pas de moyens de soutirer l'argent du paysan qui devait :
Au roi : l'impôt direct & indirect, ordinaire & extraordinaire, taille, taillon, gabelle, capitation, impôt du grosi, du vingtième, du huitième, du quatrième, du jaugeage, du courtage, de la traite foraine, de franc-£ef, du joyeux avènement, du don gratuit, du don de ceinture, &c. ;
Au clergé : dîme en argent sur les bois, sur les champs, les vignes, les maisons, les briques, les pots de terre, les pierres de taille, sur tout en un mot ; de plus la dîme en nature & de toute nature, dîme de la sixième gerbe, de gâteaux de miel, de poulardes, de jambons, d'anguilles, de lapins, &c. ;
A la noblesse : outre les droits d'échange, de monnayage, &c, ,■ droits de pulvérage (pour un troupeau ), chiennage (pour un chien), droit de taureau (pour féconder une vache), droit de vérat (pour féconder une truie), &c.
Si quelque chose surprend plus que la patience de ceux qui payaient tant d'impôts accablants , c'est certainement l'imagination de ceux qui les inventèrent.
Il y avait enfin les justices seigneuriales, fléau des campagnes, car le juge, aux gages du seigneur, prononçait plutôt selon les fantaisies de son maître que selon l'équité. Aussi que de luttes terribles la France n'eut-elle pas à subir !
On connaît la jacquerie, ses effroyables excès, sa répres-
sous la Révolution.
sacré, le droit du travail, origine de la propriété même ^ »> Lors du mouvement de 89, le Tiers trouva pour caractéristique du peuple la bèche^ le plus frappant symbole de l'agriculture. Alors les esprits se tournèrent vers la source
N*^ 38. Ecole de Nevers.
de toutes les richesses nationales, & cet emblème parlant se répandit partout.
Un député de la Bretagne, Gérard, siégea toujours à l'Assemblée nationale non-seulement avec le costume de
I. E. Laboulaye, Histoire du droit de propriété foncière en Occident, 1839.
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son pays, mais avec les sentiments du paysan breton. « Que puis-je faire, s'écria-t-il un jour en séance publique, au milieu d'une foule d'avocats qui croient tout savoir, quoique la majeure partie d'entre eux ne possèdent pas un pouce de terre sous le soleil , & ne peuvent que gagner à la subversion totale de la France } »
J'ai groupé quelques faïences ayant trait à l'agriculture, celles où l'idée de campagne préoccupait particulièrement le potier. La gerbe de blé joue un grand rôle dans ces faisceaux.
De l'agriculture on fait parfois un synonyme d'utilité, comme le prouve la peinture d'un saladier, au fond duquel la crosse et l'épée s'échappent d'une gerbe de bl^. ^ Vutilité. 1792^ telle est la légende.
On lit sur quelques-unes de ces poteries des devises latines, écrites correctement par des ouvriers qui savaient à peine leur propre langue. Sans douce un savant fréquentait les ateliers où se peignaient ces symboles. Vis unit a fortior. comme très in uno ^ étaient en 1789 des mots véritablement populaires : la désinence latine avait quelque chose de sacramentel dont l'assonance mystérieuse frappait d'autant plus l'esprit du peuple. Tous sentaient la valeur du très in uno . & se répétaient : Vis unita fortior. comme le grand mot qui allait changer la face de la France.
Le peuple aime les paroles mystérieuses. Son imagination travaillait en regardant de pacifiques représentations^; telles que l'agneau (fig. 38), symbole de l'agriculture, reposant en paix sous la garde des lis, de la crosse, de la couronne & de l'épée.
J'arrive à une imposante faïence : la charrue tient
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tout le fond, qui m'intéresse autant que le plus beau paysage. Et cette courte légende , je ne peux la relire sans émotion : Teneranda nutrix. Voilà deux mots que la langue française est incapable de rendre , surtout le majestueux veneranda.
A cette époque , en province, de jeunes hommes nourris des souvenirs de l'antiquité, dirigeaient l'opinion, organisaient des clubs, &, se préparant à jouer un grand rôle, ils ne devaient rien oublier pour agir sur l'esprit du peuple, d'ailleurs facile à émouvoir.
Le dessin du saladier est d'une main exercée & vivement conduit. Il faut savoir que chaque coup de pinceau, donné sur terre avant la cuisson, ne peut être corrigé^. L'ouvrier qui dessina ce symbole avait le sentiment de l'art ; le ton général en est doux & faible, d'un jaune effacé. Seules sont d'une ocre plus voyante les fleurs de lis placées entre la jonction de la croix et de l'épée. Le chiffre entrelacé de Vive le Roi est inscrit en traits accentués. Dans les nuages sont \q5 Jieurs de lis . la croix, l'épée ^ comme le V. L. R. flotte dans le vide. Devant ces symboles des oiseaux s'enfuient à tire-d'aile. (Le graveur chargé de copier ces faïences les a malheureusement omis.) Invitent -ils les fleurs de lis, la croix, Pépée à les suivre dans des régions plus tranquilles? La charrue, ne craignant pas la tourmente, reste attachée au sol que la nation révère & qu'elle consacre par le grand mot respectueux : Veneranda nutrix.
L'agriculture tenait une place importante dans les arts populaires de cette époque. Des esprits éminents encoura-