I. Mémoires de Brissot
sous la Révolution.
la majorité des promeneurs portai: le bonnet rouge vers 1792. Les femmes introduisaient de petits bonnets de la liberté dans leurs coiffures. Le bonnet étant devenu un signe de civisme , les riches & les nobles faisaient gratter les armoiries de leurs voitures pour les remplacer par cet attribut de la liberté.
N° 47. Assiette de l'école nivernaise.
Certains royalistes s'en moquaient par les vers suivants, :
« Elle (la nation) arbore le bonnet rouge En attendant le bonnet vert. »
2Zj2 Faïences patriotiques.
A quoi le citoyen Selle répliquait par les T^oyages du bonnet rouge :
« Tyrans, le sort en est jeté, Le bonnet de la liberté Fera le tour du monde. »
En attendant, le bonnet rouge faisait son tour de France, sculpté en creux sur les bornes milliaires des grandes routes.
Ce fut à partir du i" août 1792 que le sceau de l'Etat porta officiellement une figure de la Liberté armée d'une pique surmontée du bonnet, & pour légende : Au nom de la nation.
En juin 1792, les gardes nationaux qui défendaient les Tuileries avaient hissé un bonnet rouge sur leurs canons. On pourrait citer nombres d'autres faits relatifs à la popularité officielle de ce symbole d'indépendance.
J'ai longuement cherché trace d'un ordre du jour de Kellermann, du 15 juillet 1792. Pour rehausser le bonnet de la liberté, il le faisait porter par le plus brave de ses vieux sous-officiers, ou celui de ses soldats qui avait fait quelque action d'éclat Malheureusement je n'ai pu me procurer ce document intéressant : Kellermann, un des officiers vraiment révolutionnaires de l'époque, dut motiver ses ordres du jour par de belles paroles.
Le bonnet rouge devint populaire en même temps que la pique qui. elle aussi, fait partie du blason de la Révolution & répond mieux à l'époque que le faisceau consulaire. On manquait, en 1792, de munitions de guerre et d'armes.
N° 48. Bouquetière polychrome des fabriques de Lorraine. (Haut. 14^)
F aiences patriotiques. 205
La pique fut inventée; dés lors elle devint inséparable du bonnet de la liberté , lui prêtant appui , l'exhaussant & le montrant aux citoyens.
Une fête patriotique à Lyon, le 30 mai 1790, est ainsi décrite dans le Courrier de Lyon : « La statue de la Liberté, simple mais imposante, touchante & noble, tient d'une main la pique qui porte le chapeau, devenu son symbole depuis que les anciens en ont fait le signe de Taffranchissement. »
En 1791, les citoyens se promenaient aux Tuileries avec des piques. « Des piques, des piques & les flammes nationales, s'écrie Gorsas dans son journal, voilà nos moyens ! »
A la séance de la Convention (16 juillet 1793), Manuel s'écriait : « Le 15 juin, quelques-uns de ces patriotes tous purs qui conservent dans les faubourgs ce feu sacré de la liberté qui s'éteint si vite dans les villes, vinrent planter une pique dans le conseil de la commune : c'était là sa place. Minerve en eut toujours une. »
J'ai vu de grandes armoires de campagne au fronton desquelles était sculpté le bonnet de la liberté ; mais les potiers surtout s'emparèrent du symbole qui avait pénétré dans les villages.
On trouve nombre de faïences où le bonnet est représenté quelquefois seul, quelquefois au sommet d'un arbre de la liberté ou d'une pique.
Ceux qui ne se sont pas occupés de questions céramiques seront sans doute étonnés de trouver quelquefois ce bonnet bleu, quelquefois jaune, ce qui va contre les lois de l'iconologie révolutionnaire. « La couleur rouge, dit
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M. du Broc de Segange^, a écé peu employée dans la fabrication nivernaise. Comme elle esc crès-fragile, elle disparaîtrait nécessairement sous la température des fours de Nevers. » Et il ajoute : « La réussite de cette couleur était si incertaine, que, pendant la Terreur, à l'époque du bonnet rouge, les peintres nivernais étaient forcés de le faire jaune, n'ayant pas de rouge à leur disposition. »
I La Faïence, les Faïenciers & les Emailleiirs de Nevers. l^Qycrs, i8(5j, I vol. iii-^°.