‹ Histoire des faïence patriotiques sous la révolutionChapitre 32 sur 77 · CITOYENS · texte numérisé non relu

CITOYENS

a J'eus un surnom que je crois méricer mieux que jamais, écrivait de Suisse Rousseau à son ami Dupeyron ; à Paris on m'appelait le Citoyen. Rendez-moi ce titre qui m'est si cher; faites même en sorte qu'il se propage, & que tous ceux qui m'aiment ne m'appellent jamais monsieur, mais en parlant de moi, le Citoyen, & en m'écrivant, mon cher Citoyen. «

Rousseau eut une influence considérable dans la Révolution. Rousseau avait souffert; il était mort misérablement ; son caractère, dont il fut la victime, le rendait impropre à se mêler au mouvement social. On doit sans doute a la pitié pour ce cerveau malade la trop grande importance du philosophe parmi les révolutionnaires. Je dis trop grande non à la légère, la langue si vantée du Genevois ayant donné naissance à des déclamations, des apostrophes, des enthousiasmes factices qui remplirent plus tard harangues, ordres du jour, discours de la tribune à la Convention.

Si on doit à cette école anti-voltairienne l'abus de la sensibilité qui se glissa dans le dictionnaire révolutionnaire, le mot de citoyen^ comme l'indique la lettre ci-des-

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sus, prend racine en compagnie de patriotisme dans les premiers mouvements de 1789.

Il devient officiel par la Déclaration des droits de l'homme & du citoyen, affichée sur les murs de toute la France, & il reçoit sa consécration définitive à partir de la journée

N'' 49. Assiette de Xeyers,

du 10 août, la Commune ayant invité les ministres à ne plus employer que le mot citoyen dans les affaires administratives.

Tous y étaient préparés : grands seigneurs, bourgeois & gens du peuple. A la fête des serments civiques, le duc

sous la Révolution,

de Chartres raya ses titres, qu'on avait inscrits sur le registre aux signatures. « Le titre de simple citoyen me suffit et m'honore assez, » dit-il. Et il signa son nom suivi de ces mots : citoyen de Paris.

Si un prince comme le duc de Chartres s'en prévalait comme d'un titre, le peuple s'en servait pour abaisser la royauté. Au bas d'une estampe du 8 février 1790, on lit pour légende sous le portrait du roi : « Louis Seize, pre^ mier citoyen actif. »

A la fin de 1792 l'appellation de citoyen & de citoyenne avait remplacé définitivement dans le langage usuel les mots de monsieur & de madame. Les idées d'égalité poussaient à la popularité de ce terme républicain.

Les potiers consacrèrent le mot en l'entourant de riants cartouches champêtres, comme dans l'assiette où est célébré le patriotisme des bons citoyens (voir fig. 49).

On pourrait citer de nombreuses faïences à ce sujet. Je possède une assiette qui représente, son battoir en main, une lessiveuse au bord d'une fontaine, avec la légende :

Marie Anne Pigu. 1793.

Citoyenne.

On voit au musée de Nevers un saladier représentant les ébats de joyeux vendangeurs. La femme à qui fut offert ce saladier, ou qui le commanda, se fit décerner par le potier un brevet de civisme. Sous le drame de la vendange on lit :

Louise Brunete Bonne citoyenne l'an -f.

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