LA LOI
Simonneau, le maire d'Étampes, massacré pour avoir voulu s'opposer aux perturbateurs , mourut en disant : '( Ma vie est à vous, vous pouvez me tuer; mais je ne manquerai pas à mon devoir, la loi me le défend. »
Les Feuillants consacrèrent cette mort par la Fête de la Loi (3 juin 1792). Sur des bannières & des étendards était écrit : Respect à la loi. a Voilà, disait un historien de l'époque, ce qui constitue l'appareil & le matériel de cette fête où la loi frappe tous les regards, où la loi commande à tous. Elle apprend au peuple que les hommes vraiment libres sont esclaves de la loi ; que sa force est dans la loi ; que les enfants doivent être instruits dans la loi ; que les filles doivent donner la préférence aux soutiens de la loi ; que l'on doit aux vieillards & leurs fils & la loi; que les enfants chérissent leurs parents & la loi. Ici la loi passe avant la liberté. »
On peut citer à ce propos un saladier avec la légende : Respect aux lois. C'est le premier devoir de T homme. 1793; mais le type le plus élégant de la faïence patriotique est sans contredit un pot à surprise (fig. 59). Le drapeau fleurdelisé
sous la Révolution.
de la loi. commandanc l'Eglise, la Noblesse, l'Armée, l'Agriculture, se mêle aux haches consulaires, à l'épée, à la houe, à la croix papale. La pièce, sans douce exécutée en 1790, appartient aux meilleures époques de Tavanc- dernière période de l'arc nivernais.
Ces pocs sonc dics trompeurs ou â surprise, à cause des rosaces découpées à jour placées au-dessus de la panse, touc à l'entour. Les paysans gausseurs ouvrent des paris qui consiscenc à boire le vin concenu dans le vase sans en perdre une goutte. Or le poc, écanc percé en différents endroits , ne peut êcre penché sans que la liqueur ne s'en échappe aussitôt; mais les gens fûtes savent par tradition que l'anse du vase est creuse, qu'en bouchant avec les doigts certains trous du col & en appliquant les lèvres à l'un des orifices, des conduits intérieurs permettent d'aspirer le vin jusqu'à la dernière larme ^.
En province, dans les petites villes, les bourgs, les villages, les hameaux du Nivernais, la Révolution apparaissait modérée, conciliante, fraternelle, mais forte & puissante. Les emblèmes peints sur la panse du pot trompeur de Nevers ne tendent-ils pas au respect de l'autorité r" La croix, l'épée, le faisceau consulaire, la houe,
I. Cette invention de potier était déjà connue au xv^ siècle, à en juger par un vase à boire vernissé, du musée de Sevrés, dont l'ornementation offre un caractère oriental. On fabriqua plus tard de semblables terres grossières dans les villages. Au même musée se voit un pot date de 1752 avec la légende : Vase à boire Je la Champagne. La mode se répandit sans doute dans les villes, car un inventeur du xviii* siècle donna cette imagination plaisante comme sienne; sur la panse du pot on lit : Pot physique à la Beaulieu.
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sont groupés pour obéir à la loi & la défendre au besoin.
Il en esc des Nivernais comme des Japonais, qui ne comprennent pas que la surface d'un objet quelconque soit privée d'ornementations. Les légendes & les symboles de la Révolution, les potiers de Nevers entendaient qu'ils fussent représentés partout. C'est ainsi que nous apparaît, au Musée de Sèvres, le Pot des Charpentiers, daté de 1791, & sur les flancs duquel le cri de Vive la loi ! se trouve réuni à celui de Vive le roi! Cette marmite à anse géminée est d'une dimension inaccoutumée (haut. 23*^, diam. 27'=). Elle fait penser aux énormes soupes que les charpentiers trouvaient en arrivant en ville chez « la mère » des compagnons. Le nom de Thomas Alaupin. inscrit derrière le vase, écarte cette idée. Peut-être était-ce celui du maître charpentier chez lequel les ouvriers prenaient leurs repas.
Tel qu'il est, ce pot est un témoignage du respect des compagnons charpentiers pour la Loi ; ils unissaient encore, en 1791, dans un même vœu la légalité et la royauté.
K° S9- P(^^ '^ surprise de Nevers.
(Haut. 2o<=.)
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