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LA GUERRE, LA PAIX

Une des dernières manifestations patriotiques des Nivernais est éclatante. L'art populaire n'a pas voulu pousser son dernier cri sans le pousser fort.

Ce ne sont plus des acclamations en face du mausolée d'un grand citoyen, ni une réunion de symboles. La campagne d'Italie se continuait, vers laquelle étaient tournés les yeux de toute la France. Plus de chansons bachiques, plus de propos joyeux, peu d'attention portée à la représentation de scènes domestiques & agricoles. Au delà des Alpes le canon fait entendre sa voix, qui trouve un écho dans le cœur des citoyens. Les mères s'inquiètent de leurs fils, les jeunes filles pensent à leurs fiancés, les grand'mères prient pour leurs enfants groupés sous le drapeau tricolore. Reviendront-ils les garçons qui sont partis en chantant i^

C'en est fait des luttes de la Convention qui agitaient les villes. D'autres luttes autrement sanglantes, celles des champs de bataille, avaient répandu le deuil; aussi la France accueillit-elle, en 1797, avec une joie immense la nouvelle de la prise de Mantoue.

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iVIancoue venait de se rendre au général Sérurier. Succès inespéré, Sérurier étant regardé comme perdu, pris entre deux armées ennemies, obligé de se défendre en même temps par devant & par derrière. Pourtant, après quinze jours de siège, Mantoue ouvrait ses portes; douze mille hommes déposaient les armes & le maréchal Wurmser rendait son épée au général français.

Les potiers s'emparèrent du sujet & couvrirent les flancs des saladiers de peintures dignes de musées historiques.

Jusque-là les peintres de faïences populaires s'étaient tenus en dehors des sujets militaires; cependant, avec une rare habileté de composition, ils arrivèrent à donner sur un espace limité la représentation de deux armées, l'une vaincue, l'autre triomphante.

Le spectacle de la reddition de la ville s'aperçoit d'un coup d'œil : murailles redoutables, camp français, ennemis en habits jaunes, soldats républicains en habits bleus, état-major, général assiégé remettant les clefs de la ville, drapeaux & canons rendus, & au-dessus un vaste soleil éclairant le drame de ses rayonnements.

On peut se faire une idée de Tenthousiasme qu'excita cette victoire en France par deux faïences représentant le même sujet & fabriquées pour deux particuliers, à des dates différentes.

L'une a pour légende :

La prise & la capitulation de la ville de Alantoue. François Cormeri. 1799.

sous la Révolution.

L'autre porte l'inscription :

Prise de Mantoue.

Marie Bonnat femme Jeanton.

1801. an neuvième^.

Peut-être la femme Jeanton voulut-elle consacrer par cette peinture le souvenir d'une action à laquelle avait pris part un membre de sa famille. Peut-être un homme revenu de la guerre, & vivant tranquille dans ses foyers, offrait-il à sa femme l'image d'un fait d'armes dont il fut témoin. Hypothèse à parc, il est certain que ces spécimens militaires consacrés par la céramique avaient obtenu un tel succès que, longtemps après la capitulation de Mantoue, un particulier commandait au potier la répétition d'un sujet compliqué qui certainement ne pouvait être livré à bas prix.

La composition de ce tableau sous émail annonce tellement un dessinateur habile, qu'elle doit être attribuée à une main plus exercée que celle des potiers habituels. On pourrait presque affirmer que le sujet qui s'enroule autour des flancs du saladier a été copié d'après une gravure de l'époque.

Je n'ai pas trouvé l'estampe qui, de même que V Arbre d'amour^ a du servir au peintre nivernais; quoi qu'il en soit, ce sujet reste unique dans les fastes de l'art céramique de Ne vers, qui laisse la représentation des batailles aux imagiers, et se montre habituellement plus pacifique.

I. Le statuaire Pascal possède un saladier de la prise de Mantoue qui réunit les noms du mari & de la femme : Jean-Bernard Cataine, 1799, famme Bernard,

F aiences patriotiques.

Surtout la paix esc réclamée par tous & pour tous.

Des Amours symboliques voltigent dans les airs portant de petits drapeaux sur lesquels est écrit le mot paix (quelquefois p. en abrégé). Sur d'autres faïences un vaisseau

N° 60. Assiette de devers.

trace un sillon dans des eaux tranquilles avec cette devise sur le pavillon : Paix.

Sur l'enseigne d'une auberge, se détache Tinscription : Hôtel de la paix. A quelques pas un voyageur, appuyé sur un bâton, se dirige vers l'auberge, & au-dessus de sa tête on lit : Je désire y arriver.

Le traité de Campo-Formio (1797) inspira les graveurs

N° 6i. L.i prise de Mantoue, saladier des fabriques de Nevers.

aiences patriotiques.

d'images allégoriques ; en même temps qu'ils célébraient la gloire du général Bonaparte, ils transmettaient les vœux de la nation fatiguée des longues guerres de la République. Une estampe, lancée à propos du traité de Campo-Formio, représentait Bonaparte & le minisire plénipotentiaire autrichien sortant de l'auberge symbolique de la Paix.

C'était le vœu des révolutionnaires nos aïeux, que chacun pût arriver à l'hôtellerie de la Paix & vivre tranquille au foyer.

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