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I. L'abbé Proyart, Louis XVI détrôné avant d'être roi

sous la Révolution.

dangereux que ces philosophes, ces journalistes, ces savants, ces publicistes qui se rassemblent & apportent leurs forces au même faisceau.

Fauchet, plus tard évêque constitutionnel du Calvados, faisait partie de la loge de Caen, ayant été initié, en compagnie du journaliste Bonneville. à la loge de la Bouchede-Fer, à Paris.

Les partisans de Philippe d'Orléans, Laclos, La Touche, Sillery, Custine, les deux Lameth, se réunissent à la loge de la Candeur & y retrouvent La Fayette, le marquis de Montesquieu, le duc d'Aiguillon, le marquis de Lusignan, Guillotin & le prince de Broglie.

Sieyés fait partie du comité organisateur appelé les Vingt-Deux. A la même époque, Barrère & Collot-d'Herbois sont initiés en province.

Suivant Mounier, Amar, le membre du comité de salut public, était franc-maçon. Nécessairement Clootz est initié. Les Genevois Duroveray & Clavière, qui inspirèrent à Necker les idées qui firent triompher le Tiers Etat, étaient initiés. Fox est initié en Angleterre.

- Tous ces hommes sont d'accord sur certains principes ;. mais ils sont menés par l'enchaînement des événements, & il faut lire la réponse modérée faite au fanatique Robison par un homme de bonne foi, qui, quoiqu'il eut quitté la France après les premiers événements de 1789, ne s'en croyait pas moins obligé de défendre les principes de la Révolution.

Dans son livre^ Preuves de conspiration contre toutes les religions & tous les gouvernements (Londres, 1799), Robison avait parlé d'une lettre partie en 1789 de la loge du

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Grand-Orient, pour recommander à tous les francs-maçons de soutenir la Révolution. « Je ne connais point cette circonstance, dit Mounier ; mais, en supposant que M. Robison n'ait pas été trompé, je dis qu'il n'y a pas le moindre rapport entre adopter une révolution & la faire soi-même. Il n'y a point de preuve que les autres loges aient pensé comme le Grand-Orient & aucun crime d'avoir espéré en 1789 que la Révolution ferait le bonheur de la France^ »

Tout esprit attentif aux aspirations de son temps, tout homme qui recherche les causes de la tourmente, tout grand seigneur qui s'intéresse aux souffrances du peuple ^ est déjà convaincu de révolte & d'impiété, témoin le duc de La Rochefoucauld, à qui l'abbé Barruel prête des opinions subversives, par la raison qu'il fréquentait quelques philosophes : « L'opinion révolutionnaire dominante aux Neuf-Sœurs peut s'apprécier plus spécialement par les ouvrages qui sortirent de la plume des Frères, au moment où la cour eut l'imprudence d'inviter les sophistes à donner au public leurs lumières sur la manière de composer les Etats généraux. On lisait un de ces ouvrages, celui de La Mettrie, chez M. le duc de La Rochefoucauld; un seigneur français, de qui je tiens cette anecdote, s'avisa d'observer que le projet était attentatoire à la religion & au droit du souverain : « Ou bien, lui répondit M. le" duc « tout plein de ces sophistes, la cour admettra nos projets « & nous aurons alors ce que nous voulons; ou la cour

I. Mounier, De Vinjluence attribuée aux philosophes, aux francs maçons & aux illuminés sur la Révolution française, Tubingen, 1800.

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« n'en voudra pas, & nous en serons quittes pour nous pas- « ser de roi. »

Le propos est-il vrai,^ Avec des adversaires si prévenus il faut prendre garde. Le souvenir de la Révolution les excite, comme un morceau de drap rouge met en fureur le taureau. Ils ne se connaissent plus, s'emportent, éclatent en injures. « La franc-maçonnerie, suivant l'abbé Proyart, n'est pas la conception d'un seul, mais l'édifice que plusieurs architectes d'impiété ont successivement renforcé du contingent de leur scélératesse. » Quand l'abbé Barruel parle d'une loge : « Consentons, dit-il, à entrer dans cet antre. »

Qu'on s'étonne, en lisant de tels adversaires, du ton des journaux révolutionnaires. La noblesse & le clergé avaient donné le diapason aigre & violent où, bien plus que les principes, les hommes étaient en jeu; les révolutionnaires répondirent par des pamphlets écrits avec la même encre.

De Condorcet, l'abbé Barruel dit : 'f Cet être dont la haine eut souri au spectacle de l'univers en feu, pourvu que de ses cendres il ne pût plus sortir ni prêtre ni roi. »

Du plus grand orateur de la Révolution : « Mirabeau joint à l'impiété, à l'ambition, tous les crimes d'un vrai Catilina, & ne laisse qu'un trait à ajouter, celui d'être plus lâche, quoique aussi scélérat. »

Si Barruel n aime pas les hommes d'action, il ne ménage guère les esprits méditatifs : n Quand l'histoire voudra peindre Sieyès, qu'elle commence par les traits d'un serpent. C'est uniquement à l'art de se cacher en jetant son venin que ce misérable doit toute sa réputation de génie profond. 1»

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Suivant l'abbé Proyarc, Choiseal, « ce conspirateur si prononcé contre les autels de son Dieu, conspirait également contre le trône de son roi. » Turgot est accusé d'avoir été à Ferney, « où il a fait son abjuration du christianisme entre les mains du patriarche de l'impiété. » Le prince de Broglie fait partie de la loge de la Candeur. C'en est assez, suivant le même Proyart, pour « flétrir un nom peu fait pour un outrage. «

Au chapitre de l'Impiété & de F Anarchie, l'abbé Barruél s'écrie : « Que le lecteur observe bien de quels membres se composait la loge de la Sourdière; nous aurons à y revenir pour expliquer de grandes horreurs. » C'est, à entendre cet écrivain, une horde de conjurés, de scélératsrégulateurs (sic), dont les moins coupables sont des énergumènes, des sophistes, des héros des halles, des blasphémateurs; la majorité se compose de « brigands perfides & féroces » , de scélérats a échappés de très-près à la potence ^ »

Mauvaises raisons que d'insulter les pères de la Révolution qui la plupart devaient payer de leur sang la croyance à de grands principes ! Pourtant, presque tous ces livres datent d'une époque où la franc-maçonnerie, en tant qu'instrument politique, avait perdu une grande partie de sa puissance. Un écrivain moderne, M. Kauffmann, en a montré plus nettement le rôle :

I. Nécessairement, Barruel écrit Roberspierre avec \'r de rigueur, pour donner plus de dureté tranchante au nom ; & l'abbé fait, sans s'en douter, de l'étymologie rationnelle, le nom de Robespierre étant sans doute l'agrégation de d.-ux noms de baptême : Robert, Pierre, fondus en un & adoucis par l'usage.

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N" 6^. Analogie des emblèmes rcvolutioivuirjs & fi\:n:-maçonniques. Assiettes de diverses fabriques.

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« La Révolution éclate en France; la nation peut faire entendre sa voix dans les conseils, se mêler activement au gouvernement du pays; l'Assemblée constituante proclame du haut de sa tribune les principes philosophiques prêches tous les jours, sans relâche, sans hésitation, avec l'ardeur de la vérité, dans les chaires de la franc-maçonnerie, & qui sont simplement les préceptes consignés dans l'Evangile, auxquels l'institution s'est toujours montrée profondément attachée & qui ont fait toute sa force. L'Assemblée constituante ne pourra, dans sa courte durée, les faire triompher tous, les appliquer, parce qu'elle est plus théorique que gouvernementale; les résistances désespérées, les guerres extérieures, les luttes intestines, les orages qui, s' accumulant sous les pas de la Révolution, attardent sa marche, la font dévier, ne permettront pas aux assemblées qui lui succéderont de combler les espérances données par elle, de toucher au but qu'elle a fait entrevoir; mais elle aura accompli les plus grandes conquêtes qu'un peuple ait jamais obtenues, changé la Constitution, jeté la nation & l'Europe dans une voie nouvelle, planté des jalons pour l'avenir, élevé aux yeux du monde un drapeau qui ne sera plus abattu.

« L'immolation volontaire de ses titres & privilèges faite par la noblesse, dans la nuit fameuse du 4 août, était la réalisation d'une portion des doctrines maçonniques : la majorité de la France voulait la suppression des privilèges qui divisaient la nation en castes ennemies; mais l'admission de la noblesse dans les loges où l'on répétait chaque jour que tous les hommes étaient égaux, où l'on discutait cette égalité, où on l'établissait philosophiquement au nom

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de la religion & de la raison, où Ton montrait l'inégalité entre les citoyens comme le résultat de la tyrannie, comme la source de tous les maux qui avaient pesé sur le monde & affligeaient plus particulièrement la société française, la disposait admirablement au sacrifice de ses titres.

« Sous le rapport politique, l'action de la franc-maçonnerie, dans les années qui précédèrent la Révolution, ne saurait donc être douteuse; elle apparaît, au surplus, avec trop d'évidence pour que des hommes sérieux la puissent ou la veuillent nier ^ «

Ainsi esc prouvée par les adversaires & les défenseurs l'action de la maçonnerie au commencement de la Révolution ; on la saisira d'une façon encore plus frappante par la similitude des emblèmes. J"ai dit quelle émotion Mirabeau avait produite parmi le peuple, en revendiquant les trois couleurs comme pavillon national. Ces trois couleurs, les francs-maçons les portaient déjà. Le chevalier de Malet dit- qu'en 1784 une assemblée générale de la franc-maçonnerie ayant été tenue à Strasbourg, l'organisation de cette assemblée se fit de la même manière que celle des Etats généraux ; les couleurs nationales étaient depuis longtemps en usage chez les francs-maçons, ainsi que les écharpes dont quelques officiers civils furent décorés par la Révolution.

1. Yt.2L\x^imnn k C)\tv^\v\, Histoire philosophique de la franc-maçonnerie, ses principes, ses actes & ses tendances. 1856.

2. Malet, Recherches politiques & historiques qui prouvent l'existence d'une secte révolutionnaire, son antique origine, son organisation, ses moyens, ainsi que son but, & dévoilent les causes de la Révolution française. Paris, 1817.

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Emblèmes, devises, symboles révolutionnaires furent pour la pluparc empruntés à la maçonnerie. En témoignage de l'influence des principes régénérateurs qu'ils avaient puisés dans les loges, les hommes de la Révolution, ne se contentant pas des principes, en prenaient les habits.

Les principes de la Révolution établis par les esprits philosophiques, le rôle des mystiques dut cesser en face des graves événements qui allaient troubler la paix de l'Europe : « La franc-maçonnerie, comme corps constitué agissant, n'était plus nulle part, dit M. KaufTmann; les francmaçons étaient partout, excepté dans leurs temples, où ils n'avaient que faire ; l'épéedont ils sont armés ne pouvait plus être un glaive pacifique, une allégorie ingénieuse... Le temps des orateurs était passé, celui des soldats écait venu; la puissance de l'action remplaçait la puissance de la parole. Les francs-maçons étaient à la frontière, dans les villes assiégées, à la tribune nationale, dans l'administration, livrés aux graves préoccupations de la régénération d'un peuple en lutce au dedans & au dehors ; il ne resta dans les sanctuaires que les invalides, comme au moment d'ime invasion, alors que tous les citoyens sont debout sur les remparts, il ne reste dans les églises que les femmes & les vieillards, priant pour le succès, pour la victoire dont ils ne peuvent partager les dangers. »

L'esprit des maximes franc-maçonniques concordait trop pourtant avec la Révolution pour que celle-ci ne profitât pas de leur nette concision. L'Union fait la force, une maxime à la Tacite, est empruntée à une médaille frappée, en 1776, à l'occasion de la réunion des directoires écos-

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sais à Paris. Des faisceaux sont réunis avec la légende : Juncti roborantur.

La formule : liberté, égalité, fraternité, appardenc aux mystiques. Longtemps avant la Révolution, Saint-Martin avait dit : « Je déclare que personne plus que moi ne res-

K° 65. Assiette des ateliers de Xevers.

pecte ce ternaire sacré. Je proteste que je crois qu'il a existé éternellement & qu'il existera à jamais... & j'ose dire à mes semblables que, malgré toute la vénération qu'ils portent à ce ternaire, l'idée qu'ils en ont est encore audessous de celle qu'ils en devraient avoir. Je les engage à

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être très-réservés dans leurs jugements sur ces objets^. » Dans les moments de révolution, on voit apparaître au grand jour les images symboliques de la franc-maçonnerie. Qu'on se rappelle les six premiers mois de la République de 1848. Chez les marchands d'estampes, au coin des rues, étaient étalées de singulières planches, dessinées le plus souvent par une main malhabile. Un temple en construction s'élève sur le mont Liban ; près d'une colonne brisée se tient, semblable au Juif errant, Adomiram, l'architecte du temple de Salomon. Des colombes voltigent au-dessus d'un delta rayonnant; un Evangile ouvert, des outils de compagnons attirent lés yeux d'une foule curieuse de ces mystères. Ces planches sont l'œuvre de francs-maçons enthousiastes qui ne s'inquiètent pas de leur maladresse d'exécution, quand il s'agit de saluer l'aurore d'une révolution. Il en fut de même en 1789.

Les deux mains serrées, semper junctœ (voir fig. 65), Union & Force. — Le Triangle égali taire. — In Concordiâ VIS. — Liberté. Egalité. Union. — Les Cœurs enjlammés.

I. Des Erreurs & delà Vérité, 1775. M. Favre, dans ses DocM?«e?î?s. maçonniques (i vol. in-8°j Teissier, i%66), dit qu'il faut se défier de ce fragment tronqué de Saint-Martin, tel que l'a donné avec toute bonne foi, d'ailleurs, M. Louis Blanc. M. Favre ajoute : « Rien n'indique que Saint-Martin ait songé à la série : liberté, égalité, fraternité, en parlant du ternaire sacré & mystérieux... « J'annonce, dit-il dans un passage de « son livre Des Erreurs & de la Vérité, j'annonce le nombre trois comme « fragile & périssable. » Alors que deviendra donc ce ternaire si universellement révéré? Tout cela est très-obscur, & on ne se charge pas de l'expliquer; mais il paraît impossible d'en tirer une analogie, même indirecte, & d'j voir le moindre rapport avec la devise de la France républicaine & des loges maçonniques. »

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— La Ruche. — Le Coq tenant une balance dans son bec, — Le Lion se reposant au pied des emblèmes de la maçonnerie , avec la devise in' laeore quies , autant d'emblèmes, de devises, dont la Révolution s'emparera & qu'elle fera siens, les répétant sans cesse par la voix de ses orateurs, en faisant des signes officiels, employant peintres, sculpteurs, graveurs à les propager, à en tracer une langue hiéroglyphique comprise de tous.

Quelques signes de cette langue avaient été empruntés par la franc-maçonnerie aux antiques sociétés de compagnons. Le niveau. Véquerre. Vœil symbole de vigilance, sont des attributs qui appartiennent à l'histoire du compagnonnage'.

Dans le compagnonnage, l'équerre représente aussi le triangle symbolique de la Trinité. Quelquefois un œil entouré d'un nimbe apparaît dans les nuages au-dessus de cette équerre. A ces attributs de compagnonnage il faut joindre également le compas qui s'entrelace à la charrue, au canon, aux tables de la loi & à la pique pour varier le symbole de la liberté.

Voilà comment fut formé le blason de la Révolution, à quelles sources il alla prendre ses insignes pour en faire des armoiries comme celles des seigneurs partant pour les croisades.

I. Le niveau & Yéquerre furent employés dès le moyen âge par des ouvriers qui, ne sachant pas écrire, signaient leurs reçus en dessinant sur les quittances les instruments de leur profession. Les historiens du compagnonnage revendiquent ces deux pièces mères de son blason & les font remonter à la plus haute antiquité.

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