Voir Appendice : Traité de comnierce avec l'Angleterre
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ville de Tonnerre écrit aux administrateurs du Directoire du département de la Nièvre :
0 Messieurs, jeudy dernier, j'ay été prévenu qu'un mar- « chand de fayence qui étaloit sur la foire, avoit entre « autres marchandises un saladier dans le milieu duquel « étoit écrit : Vivent les émigrés français. Comme on en « murmuroit, je m'y suis transporté avec mon huissier ; j'ai « en effet trouvé ce saladier que j'ai fait saisir & déposer « au greffe de ma justice.
a Ce particulier m'a dit qu'il avoit eu ce saladier à la « fayencerie du sieur Petit, de votre ville, où il avoit « chargé sa voiture ; j'ai dressé procès-verbal de ce fait « dont j'ai l'honneur de vous adresser la copie. Je crois « devoir le faire pour que vous puissiez faire vérifier les ff pièces de fayence que Ton fait à cette manufacture, « & faire saisir toutes celles qui peuvent être contraires « au patriotisme dont tout bon François doit êcre animé. « J'ai l'honneur d'être, &c. »
Le corps municipal de Nevers, dans sa séance du 5 mars suivant, ayant pris connaissance de cette lettre & du procèsverbal, entendit le procureur de la commune & prit la décision suivante :
« Considérant que les faits qui lui sont dénoncés blessent essentiellement l'ordre public; qu'en cherchant à tromper les citoyens françois, en les appelant à soutenir la cause des émigrés, ils provoquent le plus grave des fléaux, la guerre civile ; qu'ils tendent précisément à soulever le
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peuple contre la Conscitution; qu'ainsi ces faits renferment un crime exécrable;
« Arrête que les faits contenus au procès-verbal dont il s'agit seront à l'instant dénoncés à M. le juge de paix de la section du Couchant, afin qu'il fasse les perquisitions les plus exactes des auteurs, fauteurs, complices & adhérents dudit délit, qu'il donne un mandat d'amener à qui il appartiendra, & notamment audit sieur Petit, & fasse enfin toutes les poursuites & démarches tracées par la loi. Le corps municipal charge M. le procureur de la commune de tenir la main à l'exécution du présent arrêté, en conséquence l'autorise à faire au juge de paix la dénonciation du délit ci-dessus, à Taffirmer ainsi que le prescrit la loi. »
Suit la teneur du procès-verbal qui apprend que l'inscription relative aux émigrés était écrite sur le milieu du saladier en lettres bleues tirant sur le violet, &c., puis la lettre du département adressée au district, dans laquelle le fait en question est qualifié de « grave délit » contraire à la fois à l'ordre public & à la Constitution, &c.
Il ne paraît pas toutefois que cette affaire eut d'autres suites & sans doute le faïencier Petit ^ en fut quitte pour la peur.
EEAUVAIS.
Après le Nivernais, les campagnes du Beauvaisis sont celles qui ont fourni aux curieux la plus grande quantité de faïences patriotiques.
I. On trouve exceptionnellement la signature de Petit, propriétaire de la fabrique du Boul-du-Monde, à Nevers, sur des faïences datées de 1790 & 1792. Cette fabrique existe encore aujourd'hui.
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Quoiqu'il semble singulier que cette province se fournît dans un rayon si éloigné, j'attribue pour divers motifs ces pièces aux fabriques de Nevers. Avant la Révolution, il existe peu de traces de faïences populaires dans le Beauvaisis; on n'en suit pas, comme à Nevers, l'enchaînement, c'est-à-dire les assiettes patronymiques, celles décorées des emblèmes de la monarchie, celles bachiques, facétieuses, celles portant des symboles franc-maçonniques. Aucun décor n'existe qui se rattache à la Révolution ; la céramique dite parlante y est inconnue.
Au début de mes études, une des principales questions que je posai aux érudits de province était : — Quel rôle la Révolution a-t-elle joué dans votre contrée? — Le plus souvent j'obtenais de bienveillants renseignements, mais qui m'égaraient parfois dans mes recherches. Ainsi, les représentants du peuple en mission signalent Beauvais comme <( empesté de royalisme; » & ils ajoutent que « les patriotes tiennent le dernier rang^. «
L'état des esprits de la ville n'a rien de commun avec celui des paysans. Jusqu'ici le rôle du patriotisme dans les campagnes est inconnu pour l'historien, qui n'a pu recueillir ni traces écrites, ni archives de clubs, ni papiers officiels; mais voici que des amas de faïences révolutionnaires, trouvées dans les campagnes, montrent ceux qui les possédaient imbus des principes de 1789. Ces poteries, qui forçait les gens à s'en servir, si elles ne répondaient pas à leurs sentiments.^ On les faisait venir de loin; donc les paysans s'y intéressaient. C'est par cargaisons énormes que
I. Lettre de M. Maton. Voir Histoire de la ville de Beauvais, par Doyen, ^8^2, 2 vol.
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Nevers répandit ses produits patriotiques dans l'Oise, si on en juge par les trouvailles d'un antiquaire intelligent, M. Mareschal, qui en a rejeté dans le commerce plus de six mille.
Il existait aux environs de Beauvais une fabrique dite Vltalienne. dont les produits, signés à l'aide d'un poinçon représentant la fleur de lis, doivent être attribués à la Restauration; mais cette fabrique ne fut fondée qu'en 1795, alors que le mouvement révolutionnaire tendait à se régulariser. La déclaration des principes formulés par la Constituante s'arrête, en céramique, en 1792. Tout a été dit, tout a été traduit par le pinceau. Et la fabrication inférieure de Vltalienne ne saurait faire renaître en 1795 la spontanéité patriotique de Nevers en 1789.
Beauvais aurait pu tirer ses faïences de Sinceny, qui n'en est pas fort éloigné ; mais les recherches du docteur Warmont% sa collection, celle de M. Fouquet, député de l'Aisne, ne témoignent pas d'un vif sentiment patriotique chez les faïenciers picards. A l'exception de certaines pièces facétieuses, les ouvriers s'ingénient à imiter les décors de Rouen, & Rouen a joué un médiocre rùle sous la Révolution.
Sinceny reste en dehors du mouvement révolutionnaire; ce n'est pas dans ses ateliers que Beauvais se fournit.
1. Recherches historiques sur les faïences Je Sinceny, par le docteur "Warmont. Chauny, i8(î^.
sous la Révolution.
RÉGION AUXERROISE.
VariYj Ancy-le~Franc, &c.
A quelques lieues de Clamecy se trouve la petite cité de Varzy, qui possède un musée local intéressant. Là sont exposées des faïences de la région auxerroise & de diverses villes bourguignonnes longeant la lisière nivernaise.
C'est dans cette collection que se voit un des plus curieux monuments de l'époque révolutionnaire : un vase élégant, ornementé de figures & couvert d'inscriptions, de noms & de chifiPres presque aussi difficiles à expliquer qu'un ostracon antique.
Des Amours cueillant des roses, tel est le sujet peint par un artiste de talent qui a emprunté quelque chose à la palette galante de Fragonard. Même liberté, même adresse de touche. Une exécution spirituelle, une tonalité non pas naïve comme dans les pièces nivernaises de la même époque, se servant au contraire de toutes les ressources de la coloration, des tons violets d'une certaine distinction courant autour du vase, sont les principaux caractères de cette pièce, traitée sans doute par un artiste qui, passant en province, se plut à décorer une faïence, sans s'inquiéter de la légende que le potier ajouterait à sa composition*.
1. D'un côté du vase on lit : IV les cent culotes, suivant l'orthographe particulière aux potiers, & plus bas, dans une inscription qui forme cordon : Desaint. B 459 D. 329. Décharné. Pévaint, Sous le nom
Ce jour-là, par un de ces renversements que le hasard se plaîc à amener, ce fut un artiste nourri des galanteries ornementatives de Louis XV qui décora un monument révolutionnaire.
Il est à remarquer que le caractère principal des fabriques de second ordre mène presque infailliblement à une imitation maladroite des produits des grands centres. Les décorations habituelles de Lille sont d'un ordre inférieur en regard de celles de Rouen; l'ancienne province du Quercy (Montauban, Nègrepelisse, &c.) ne produit guère que du Moustiers de seconde main, & il faut la volonté de peintres voulant produire un chef-d'œuvre pour que quelque pièce remarquable mette en lumière ces fabriques. Etant privés parfois de moyens d'exécution, nécessairement ces ateliers . restreints pour la plupart & vivant de poncis affaiblissaient les dessins & les colorations des fabriques-mères, de même que des successions de moulages dans la même matrice usent les reliefs des contours.
Autant l'art populaire de Nevers est ingénieux, clair & gai, autant les faïences de la région auxerroise sont d'un dessin & d'une coloration embarrassés. Ces fabriques
de Desaînt se voit, mêlée au décor, la désignation suivante : Coutumier des pintres & tourneur. J'estime que les noms Desaint, Décharné, Pévaint, représentent les peintres & les tourneurs d'une faïencerie, que le mot coutumier signifie habituel, qu'il a rappori à vase sous-entendu, & qu'on doit voir dans cette pièce un broc qui servait à désaltérer les compagnons peintres & tourneurs. Je renonce à décrire les initiales & les chiffres peut-être relatifs à la fabrication qui se mêlent aux noms, le conservateur du musée de Varzy, M. Grasset, quoiqu'il ait interrogé plus d'un fabricant de faïence, ayant échoué dans ses recherches.
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n'en offrent pas moins un certain intérêt. Une œuvre importante se fait jour parfois au milieu d'un amas de produits médiocres. Témoin Fencrier révolutionnaire, le morceau de faïence patriotique le plus considérable de taille après la Bastille du potier Oilivier. Cette pièce, que les hasards de la vente du cabinet de M. Grasset
N° 74. Assiette de la fabrique d'Ancy-le-Franc.
amenèrent à Paris, à une époque où l'ancienne faïence n'était pas encore recherchée, tomba dans les mains de Théophile Thoré, dont le rôle politique tout d'entraînement sous la République de 1848 est connu : subissant
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comme son propriétaire les agitations de l'époque, l'encrier monumental disparut de nouveau jusqu'à ce qu'il me fut offert par un marchand.
Le premier propriétaire a décrit ainsi la pièce : « Ecrîtoire avec un tiroir sur lequel est écrit : Guerre aux tyrans. Une galerie supérieure est portée par vingt-six colonnes ; quatre tambours en trophée sur la tablette supérieure. Sur le côté gauche : Unité & indivisibilité de la République ; de l'autre : Paix aux chornières. Sur le derrière, sept canonniers & deux pièces de canon ^. »
Cette pièce (voir le dessin dans la préface) me paraît offrir la caractéristique la plus complète de l'art de la région auxerroise. Le bleu, le jaune, le violacé, sont la dominante inscrite sur le fond d'un blanc bleuâtre. Aucun de ces tons n'a son accent vierge ; ils sont affaiblis, pauvres, & cependant concourent, dans leur humilité, à une harmonie particulière un peu sourde.
Les yeux n'oublient pas ces combinaisons d'émaux sans brillant, de colorations malingres, de terre grossière semblable au papier qu'employaient les anciens imprimeurs de Troyes pour l'impression de la Bibliothèque bleue.
De nombreuses assiettes patriotiques sortirent des petites fabriques de cette région , la plupart d'un dessin barbare, avec des légendes d'une orthographe plus saugrenue, s'il est possible, que le dessin ; mais les billets de certains grands seigneurs & grandes dames du temps étaient-ils plus con-
I. Alliance des Arts. Catalogue des collections de M. Grasset aine, propriétaire & maître de forges à la Charité. Faïences de Palissy, de Nevers, de Rouen. Vente à la Charité, le 20 juin 18 47'
sous la Révolution. 329
formes aux lois de la grammaire que la légende ci-dessous inscrite sur un plat du musée de Varzy)
Mourir pour la Patrie, c'est un sort Plin d'appas.
L'an 4 de la liberté.
Un industriel nommé Rollin, acquéreur en 1793 de l'ancien château seigneurial, avait fondé à Varzy, en 1794, une fabrique qui dura jusqu'en 1803; il est présumable que les ouvriers venaient des fabriques d'Ancy-le-Franc, d'où Rollin tira son matériel.
On a aujourd'hui des documents positifs sur cette fabrique d'Ancy-le-Franc depuis que quelques membres de la Société des sciences historiques & naturelles de l'Yonne ont étudié le mouvement céramique dans leur province. Auxerre, il esc vrai, a perdu la réputation qui, pendant une dizaine d'années, s'était attachée à son nom, en tant que représentant l'industrie céramique dans cette province. Le conservateur du musée de cette ville, M. Aimé Cherest, tout en constatant que les faïences patriotiques sont très-répandues dans la région auxerroise, a montré d'une façon précise qu'il n'existait pas, dans le chef-lieu de l'Yonne, de fabrique de faïence avant ou pendant la Révolution. Les mêmes recherches ont enlevé également à Aisy, petite ville bourguignonne, le privilège d'avoir fabriqué de la faïence à la même époque.
I II est plus que probable qu'au lendemain de 1789 l'usine du château (d'Ancy-le-Franc) livra à la consomma-
tion une grande quantité de ces faïences dites patriotiques^ dont on trouve encore tant de types dans notre pays. Dumortier (le fabricant) était trop vif d'esprit, trop indépendant de caractère, pour ne pas suivre le torrent des idées nouvelles... Si donc on rencontre chez nous des faïences patriotiques qu'il semble difficile d'attribuer aux fabriques nivernaises, parce que le dessin y est plus incorrect, les couleurs plus ternes et plus bavocheuses, ce n'est pas à Auxerre que je les donnerais, à Auxerre qui n'avait encore aucune fabrique, ce serait à Ancy-le-Franc, ou peut-être, après 1793, ^ Vausse^ b
Je ne suivrai pas Fauteur de cette monographie dans les détails intéressant plus directement la localité. Il nous apprend qu'Ancy-le-Franc employait la même terre que Nevers, que le sable était fourni par la même ville ou par Decize. Ces détails techniques sont ici des hors-d'œuvre ; ce qui ne l'est pas, c'est le moyen de reconnaître les faïences d'Ancy-le-Franc. a Le brun, dit M. Cheresc, joue un rôle excessif et donne à l'aspect général une dureté que les autres tons ne parviennent pas à adoucir. Le même défaut se remarque sur un grand nombre de faïences, qui paraissent avoir été fabriquées dans notre région vers la fin du siècle dernier ou la première moitié du siècle actuel. Leur trait caractéristique, celui qui frappe et permet de les reconnaître à première vue, c'est l'abus du brun foncé, l'abus du manganèse, avec lequel les faïenciers obtiennent cette couleur. «
1. Aimé Chères', Les Faïences de l'Aiixerrois. Auxerre, Perriqnet, 187^. In-B" de 63 p. PI.
sous la Révolution.
J'ajoucerai que les décorations des faïences de Nevers viennent, pour ainsi dire, au bout du pinceau ; toutes modestes que soient les compositions emblématiques de la République, elles dénotent une pratique de main, une entente des lois de l'espace, une adresse de décorateurs qui rendent avec cinq tons le plus habituellement toute espèce de sujets. Le dessin des marlis de Nevers est simple, mais ingénieux, sommaire et bien jeté. De cet ensemble résulte un contentement pour les yeux.
Il n'en est pas de même pour les faïences d'Ancy-le- Franc, dans le décor desquelles le conservateur du Musée d'Auxerre ne trouve « rien d'original ni d'attrayant ».