OU PAVAGE
C'est en remontant vers le xvi* siècle que se présente à nous la première date qui fixe Tapparition de la faïence à. Rouen.
Le Magasin pittoresque relate à cet effet un article conçu en ces termes :
c Ce fut vers 1530 que François I*' ordonna la construction du château de Boulogne » destiné à lui servir de rendez-vous de chasse et de lieu d*étude où il vivait séparé
> de sa cour. Ce château fut appelé château de Madridy par allusion au nom de la » ville où il avait été prisonnier.
c Ce qui rendait ce château remarquable et en faisait un édifice à part, c'était le 9 système général de décoration en terre cuite . coloriée et émaillée qu'on avait
> adopté sur ses façades cl incme sur les tuyaux extérieurs des cheminées. >
Ce genre d'ornements distribués avec goût dans les diverses parties de cette architecture, devait produire un effet vraiment mcncilleux.
L'intérieur du château ne présentait pas moins d'intérêt et était décoré avec le même art ; les cheminées, les plafonds, les parquets, les lambris étaient d'une extrême richesse et d'une grande beauté.
Ce fut sous le règne de Henri II, vers 1550, que Philibert Delorme, architecte du roi, fut chargé de terminer ce château; il exclut alors l'emploi de la terre émaillée en prétendant que le château de Madrid (Hait, comme il l'a dit dans son ouvrage, un château de faïence.
Plus tard , les matériaux de ce château furent vendus ; les terres vernissées tombèrent entre les mains d'un paveur qui les pulvérisa et les convertit en ciment.
Parmi les dépenses de ce château on voit figurer les ouvrages en terre émaillée pour une somme de 388 268 francs.
Un carreau de pavage, qui se trouve au musée de Rouen, porte la date de 1542; il est aux armes du connétable. Cette date figure sur le bas de 1^ lame d'une des épées, et sur l'autre se lit la mention : « Rouerij d542. i> Trois couleurs concourent à sa décoration, ce sont le bleu, le jaune et le vert.
Ces derniers vestiges proviennent du château d'Ecouen (dont l'origine remonte à Henry II) et ont été offerts au musée de Rouen par M. Lejeune, architecte chargé de la restauration de ce château.
Il existe aussi, provenant de ce même château, deux tableaux en faïence émaillée, dont l'un, représentant le dévouement de Mutins Scevola, se compose de 238 carreaux, et mesure en tout 1 mètre 60 c. de haut sur 1 mètre 90 c. de large. 11 est aussi signé Rouen d542.
L'autre, dont le sujet eât le dévouement de Curtius, est aussi dans les mêmes proportions que le précédent et porte la même date. C'est à un amateur de la ville de Senlis qu'appartient ce précieux trésor; l'autre fait partie des collections du duc d'Aumale.
Dans un récent voyage fait à Beauvais (Oise) pour visiter la splendide collection de M. Alexandre Delahcrche, et y dessiner quelques spécimens mis à notre disposition avec une bienveillance toute particulière, nous avons remarqué de nombreux échantillons de carreaux provenant du château d'Ecouen. Dans ces produits se reconnaît rorncmentalion italienne avec ses procédés; mais il existe cependant bien des parties qui se ratUichent à la décoration purement française. Ce carrelage peut être attribué à Abasquenc, que cite la Chronique rouennaise en 1549.
D'après ce que nous venons de lire plus haut, les fabriques existaient donc à Rouen vers le xvr siècle; la date 1542 en fait foi, puisque des carreaux y ont été cuits, et qu'il est de toute impossibilité de cuire la faïence dans des récipients de terre vernissée où la terre n'arrive pas au delà du rouge cerise.
Nous concluons donc qu'il existait à cette époque des fours pour cuire la faïence; de là aussi une exploitation qui utilisa ces mêmes fours pendant près d'un siècle.
Toute trace de fabrication est presque entièrement perdue; les quelques épaves qui se retrouvent à de rares intervalles n'ayant ni dates, ni marques certaines, Ton ne peut que former des hypothèses qu'aucunes preuves ne peuvent justifier.