‹ Histoire des femmes médecinsChapitre 102 sur 181 · Œuvres, t. V, p · texte numérisé non relu

Œuvres, t. V, p

Mélanie Lipinska

Extrait d’une lettre de M. Deverel, touchant la fracture de la rotule.

Observations sur deux faits extraordinaires en chirurgie.

(Sur un ulcère de la jambe et sur une fistule au niveau des fausses côtes).

Observations sur une portion de l’intestin colon, sortant d’une blessure pendant l’espace de quatorze ans.

Observations sui‘ les os et le périoste.

Observations sur une tumeur, située dans les lombes d’un enfant.

Observations sur un fœtus qui a résidé quarante-six ans dans le corps de la mère.

Observations sur les membranes qui enveloppent les petits faiscnaux de fibres dans lesquels un muscle est divisé.

Mémoire sur les ravages de la peste de Constantinople.

Affirmation touchant un jeune garçon qui a vécu un temps considérable sans nourriture.

Lettre touchant l’opération des médicaments.

Conjecture du docteur Michel sur la nature, la cause et les remèdes des maladies qui ont régné sur le bétail en

Lettre de Van LeeuAvenhoeck sur les pores des feuilles du buis et sur le duvet des pêches et des coings.

Mais son travail le plus important est 1’ « Essai pour servir à l’histoire de la putréfaction », publié à Paris en

Persuadée que la connaissance des substances propres à retarder ou à accélérer la putréfaction à laquelle paraissent tendre tous les corps organisés, était assez importante par elle-même, elle entreprit une série de recherches dans

ce sens.

. Ces recherches étaient d’autant plus précieuses que, jusque-là, M. Pringle, médecin général des armées du roi d’Angleterre, était presque le seul qui s’en fût occupé. V Essai sur la putréjaction est un fort volume contenant d’abord l’exposé des expériences de Mme d’Arconville sur trente- deux classes dé substances animales, végétales et minérales, attardant ou accélérant la décomposition. La savante étudia d’abord la putréfaction des substances animales abandonnées à elles-mêmes, puis celle des mêmes substances dans l’eau. Elle entreprit ensuite une série d’expériences de préservation à l’aide de produits qui conservaient la viande pendant un à deux jours, puis deux à trois, trois à quatre et ainsi de suite jusqu’à sept mois vingts jours. Sa trente-deuxième classe fut constituée par les substances qui rendaient les œufs, les poissons et la viande inaltérables. Chaque série d’expériences fut suivie d’observations consignées sur : « Le journal des expériences faites à Paris en 1761, sur les substances septiques et antiseptiques. » La deuxième partie du traité contient encore des expériences sur la bile humaine. (« Résultat des expériences sur les acides minéraux, soit simples, soit dulcifiés. Remarques sur les expériences précédentes faites avec la bile humaine, et remarques sur les expériences faites avec la bile du bœuf »).

L’ouvrage de Mme d’Arconville appartient incontestablement aux plus importantes productions de l’esprit féminin dans le domaine de la médecine.

Une femme dont le nom doit être inscrit en lettres d’or, non seulement dans le livre de science, mais aussi dans les cœurs humains : c’est la réformatrice des hôpitaux français, Mme Necker.

Cette femme, qui attachait un si grand prix aux occupations et aux jouissances de l’esprit, entreprit, en 1779, de

fonder à titre d’essai un petit hôpital pour y pouvoir appliquer les réformes du régime hospitalier, considérées par elle comme les plus raisonnables et les plus urgentes.

Elle décrit elle-même quel était l’état des hôpitaux en France avant la Révolution. Plusieurs malades étaient entassés dans un même lit, abandonnés à une malpropreé qui révoltait les sens les plus grossiers ; et contraints de respirer un air corrompu qui détruisait l’effet de tous les remèdes. Cependant l’administration gaspillait des sommes considérables sans aucun profit ni pour les malades ni pour la société. Pouvait-on remédier à un tel état de choses? Pouvait-on obtenir de meilleurs résultats à moins de frais? L’esprit pratique de la vénérable femme entreprit de résoudre ce problème et comme « les plus beaux projets, disait-elle, sont souvent impraticables et les calculs les plus exacts en spéculation varient dans l’expérience », elle mit ses projets à exécution.

Dans son Hospice de Charité, institution, règles et usages de cette maison, elle rend compte de son essai couronné du plein succès. On organisa un petit hôpital de cent vingt lits, dit hospice de charité. Les malades étaient seuls dans u.n lit, soignés avec la plus grande propreté, et avec toutes les attentions nécessaires à leur rétablissement, placés dans des salles bien aérées, sans odeur et sans bruit, servis par des sœurs de la charité et par un médecin et un chirurgien logés dans la maison et consacrés à cette seule occupation; nourris avec les aliments les plus salutaires et traités avec les drogues les mieux choisies. On remplit toutes ces conditions d’une manière satisfaisante et après une épreuve de plus d’une année, « l’on s’est convaincu que la journée d’un malade coûte un peu moins de dix-sept sous ; ce résultat a été tiré en réunissant la dépense propre des malades, la nourriturè et l’entretien

des sœurs, la nourriture et les gages des domestiques, les appointements du chapelain, les achats de linge neuf, et toutes les dépenses possibles, prévues et imprévues ». Et pour faire constater la vérité de ce fait et donner en même temps plus de facilités à ceux qui « voudraient former à l’avenir de pareilles institutions, ou de plus considérables », Mme Necker n’a pas craint d’exprimer et de réunir les détails les plus minutieux, en faisant connaître non seulement toutes les règles observées pour parvenir à ce double but d’humanité et d’économie, mais encore en donnant le prix des denrées, en désignant le nom et la demeure des fournisseurs et en imprimant la copie exacte de tous les comptes, tels qu’ils ont été signés et acquittés mois par mois, et jour par jour. Tous ces chiffres se trouvent à la fin de l’ouvrage.

Ce qui est à remarquer, c’est que « les malades se sont succédé beaucoup plus rapidement à l’Hospice de Charité que dans d’autres établissements du même genre, ce qu’on peut attribuer, soit à la pureté de Vair, soit à des soins d’autant plus efficaces qu’ils sont toujours proportionnés à l’étendue des devoirs, soit enfin à l’observation de la règle, qui ne permet pas de garder personne au-delà du terme de son entière guérison ; et c’est sans doute aussi par ces raisons essentielles que cet hospice, qui n’a que cent vingt lits, a suffi jusqu’à présent au soulagement de tous les pauvres malades de Saint-Sulpice et du Gros-Caillou, quoiqu’on ait reçu, sans distinction, toutes les personnes qui apportaien^t un certificat de pauvreté et qu’on se soit bien aperçu que le bon ordre de cette maison y attirait souvent des malades d’un état supérieur à celui des indigents qui prennent THôtel-Dieu pour refuge. »

Mme Necker termine ainsi son exposé : « Après avoir ainsi réuni dans l’Hospice de charité tous les secours qui

peuvent dépendre du zèle et des soins, et après en avoir rendu compte, c’est maintenant à des bouches plus éloquentes qu’il faut remettre la cause des pauvres et qu’il appartient de la plaider.

« Puissent-elles vaincre les préjugés et les obstacles qui s’opposent toujours aux projets d’une bienfaisance éclairée. Et si dans des vues aussi pures il est permis de faire un retour sur son propre bonheur, puissent les personnes qui ont conduit cette entreprise, échapper à la douleur de voir s’évanouir les espérances qui les ont animées. »

Ces espérances ne se sont pas évanouies. L’œuvre commencée par la noble femme a prospéré, et la graine qu’elle a semée a porté de beaux fruits. Voilà pourquoi tous ceux qui compatissent aux souffrances humaines, tous ceux qui fêvent au bonheur de l’humanité, doivent retenir le nom et les mérites de Mme Necker.

Elle a laissé encore un traité sur les « Inhumations précipitées » publié en 1790. Ce traité contient une série d’idées neuves qui ont trouvé plus tard, au xix® siècle, leur application. Elle y recommande un examen plus consciencieux des signes de la mort, propose de consacrer dans chaque hôpital et dans chaque hospice une salle spéciale au dépôt des cadavres, et de construire dans toutes les villes ou tous les villages un bâtiment spécial ayant la même destination (i). Elle conseille enfin la création dans toute la France de chirurgiens-inspecteurs funéraires, payés soit par le gouvernement soit par la municipalité, et obligés de constater les décès. Pour faire pénétrer les idées sur la

I. A cet égard, elle n’a pas encore été exaucée en France. Nous rappelons les discussions qu’on vient d’élever dans la presse française à propos de la création des chambres mortuaires, qui est, à l’avis de tous les hygiénistes et gens de bien, de toute nécessité.

nécessité de toutes ces précautions dans le peuple, on devrait faire parvenir à chaque municipalité une instruction écrite simplement et à la portée des gens les moins éclairée.

Donc en médecine légale aussi, Mme Necker appartient aux précurseurs. Et voilà comment les femmes que FUniversité éloignait de la médecine, surent pourtant servir la science et lui faire honneur.

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