CHAPITRE XIV
Les femmes médecins en Suisse, Allemagne et Angleterre.
DU XVI® AU XVIll® SIÈCLE.
Allemagne et Suisse. — Coup d’œil général. — La veuve du docteur Brunfels. — Les études médicales des dames allemandes. — Berne ; Marie de Hilden. — La doctoresse Dorothée Erxleben.
Angleterre, — Catherine Tishem, Anne Halkett, Elisabeth de Kent, Catherine BoAvlèr, Jeanne Stephens. — Lady Montagne.
L’histoire des femmes médecins allemandes ressemble un peu à celle des femmes médecins françaises. Elles disparaissent aux temps modernes. Toutefois la lutte des universités contre elles y fut moins intense, et au xviii® siècle nous y voyons une femme médecin qui conquiert ses grades à l’université, protégée par le roi de Prusse lui-même : la doctoresse Erxleben.
Ce retour, des femmes à la médecine peut être attribué, sans doute, à l’essor que prit la médecine au « siècle de la raison ». D’ailleurs, les horribles guerres qui déchirèrent
le sein de la société allemande au xvi® et au xyii® siècle et abaissèrent considérablementle niveau intellectuel de l’Allemagne, durent exercer aussi une influence funeste sur les tendances des femmes allemandes. Cependant vers la deuxième moitié du xvi® siècle des femmes allemandes exerçaient encore la médecine sans être importunées par les autorités. Ainsi, Félix Plater nous raconte qu’à Bâle, lors de sa rentrée (i557) parmi les nombreux médecins, se trouvait une femme : la veuve du docteur Othon Brunfels laquelle jouissait d’une grande vogue (i).
A côté de ces femmes, exerçant la profession médicale dans le véritable sens du mot, d’autres étudiaient la médecine pour leur plaisir personnel. C’étaient, comme en France, des dames de la haute société. Au xvi® siècle, la palatine de Neuburg et Anne Sophie, épouse de l’électeur de Saxe Auguste F® s’occupaient de notre sience. Cette dernière, née princesse royale de Danemark possédait, selon Chrétien Weisse et Heinzmann de grandes connaissances aussi bien dans le domaine des langues que dans celui de l’histoire naturelle. Elle excellait surtout en botanique et en médecine et consacrait avec prédilection ses loisirs à cette dernière. Elle cultivait dans son jardin beaucoup d’herbes médicales et en préparait des médicaments qu’elle distribuait aùx pauvres malades. Dans le même but elle établit aussi d’autres grands jardins et fonda à Dresde une excellente pharmacie qui existait encore en i83o (2).
En même temps, Eléonore, princesse de Wurtemberg, inspirait la publication d’un manuel de thérapeutique et selon l’auteur de ce livre :