‹ Histoire des femmes médecinsChapitre 113 sur 181 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Sages-femmes célèbres.

Louise Bourgeois. — • Sa vie. — Son œuvre. — Justine Siegemund, —

Marguerite du Tertre. — Catherine Schraders. — Madame Leboursier ■ du Coudray,

Mme Halpir clôt notre série des femmes médecins dans les temps modernes. Après elle, commence la période bien différente, et surtout très compliquée de la Révolution et du XIX siècle.

Avant d’aborder l’étude de cette dernière époque, nous nous voyons obligé de citer encore les noms de quelques personnalités qui la précédèrent ; ce sont ceux de toute une série de sages-femmes célèbres. Nous n’écrivons pas l’histoire de l’obstétrique, nous choisirons donc seulement celles de ces femmes qui ont donné à certaines questions d’obstétrique un nouveau développement, et dont les travaux appartiennent, par conséquent, à la médecine générale.

La doyenne de ces célébrités est Louise Bourgeois.

D’après les recherches du D''Chéreau (i) Louise Bourgeois naquit en i563. Elle était issue d’une famille aisée appartenant à la bourgeoisie, son père avait fait bâtir vers i585 sur le fossé de la porte Buci, qui s’élevait à la jonction des rues Contrescarpe et Saint-André-des-Arts, plusieurs maisons d’une valeur de quinze mille livres.^"

*• D'Achille Chéreau. Esquisse historique sur Louise Bourgeois dite Boursier, sage-femme de la reine Marie de Médicis, Paris i852.

A Tâge de 21 ans, elle épousa le sieur Martin Boursier, chirurgien barbier attaché à l’armée du roi, praticien qui avait étudié sous Ambroise Paré.

La nécessité où se trouvait son mari de suivre sa compagnie partout où l’appelait le service du roi, fitque Mme Boursier restait à Paris dans sa famille. Elle vivait donc avec sa mère et ses trois enfants dans une de ces maisons dont nous venons de parler, près de la porte Buci. Elle aimait ce quartier à cause « du bon air et de la liberté des belles promenades ». Ces quelques mots sinfples trahissent une âme de véritable médecin sachant apprécier l’importance de l’hygiène.

Les évènements de cette époque vinrent troubler le calme qui régnait dans cette famille. Henri de Navarre après ses nombreux exploits, vint le 3i octobre 1690 mettre le siège devant Paris. Il logea avec son armée dans les villages de Gentilly, de Montrouge, de Vaugirard et la nuit suivante, Sully, le duc d’Aumont et Chatillon, envahissaient le faubourg Saint-Germain. Les troupes firent un affreux pillage et les maisons de la famille Boursier furent saccagées « jusqu’à la paille ». Mme Boursier ne put sauver que sa vie et celle des siens.

Tombée d’une position aisée, dans la misère, dénuée' de tout, elle ne perdit pourtant pas courage, et se mit à travàiller, en attendant le retour de son mari. Mais, la broderie, le petit point, « petit mestier, broderie en jarretières », apportaient bien peu pour assurer l’existence de cinq personnes, dont trois enfants en bas âge. Ce triste état ne fut amélioré ni par le retour de son mari, ni par un voyage à Rouen où vivait son beau-père. Une sage-femme, qui l’avait assistée autrefois dans ses couches, pénétrée de douleur à la vue de ce dénument qui ne paraissait pas devoir se modifier de longtemps, la sauva. Elle l’engagea à se faire initier aux

mystères de l’art des accouchements et lui prédit un avenir brillant. Mme Boursier accueillit cette proposition avec assez peu d’enthousiasme. La profession de sage-femme n’était pas, à ce qu’il paraît, en grand honneur à cette époque, et pour quelques accoucheuses privilégiées que le sort avait mise en renom, une foule d’autres croupissaient dans l’oubli, la misère et la déconsidération.

Cependant la crainte de voir ses enfants manquer du nécessaire, fit taire toutes ses répugnances, et elle se mit aussitôt à l’étude. Ce fut dans les œuvres d’Ambroise Paré, le restaurateur, comme on l’a appelé, de l’art des accouchements, qu’elle puisa les éléments indispensables à l’exercice de l’art sur lequel elle fondait toutes ses espérances. Les leçons que lui donna son mari, les conseils que plusieurs sages-femmes de ses amies s’empressèrent de lui prodiguer, son aptitude à l’étude, et son intelligence firent le reste.

Voici comment elle trouva sa première cliente :

Un jour qu’elle allait voir « son crocheteur » dont elle avait besoin, elle apprit que la femme de ce dernier était enceinte. L’occasion était trop favorable pour la laisser passer, et Mme Boursier •« la saisit aux cheveux ». Elle s’offrit donc à accoucher cette femme gratuitement, à la payer même si elle exigeait... La proposition fut acceptée, vint le moment décisif et il faut avouer que notre sage-femme fut très émotionnée à la première lance qu’elle rompit en faveur de la Lucine.

Le garçon auquel elle facilita l’entrée en ce monde, était « rouï par tout le corps, et avait avec lui un demy seau d’eau ». « J’avais leu et retenu, ajoute Louise Bourgeois, qu’il ne faut pas laisser dormir une femme qui vient d’accoucher, de peur qu’une faiblesse ne l’emporte .à catise de l’évacuation. Je demeure seule, comme je remuais l’enfant.

je parlais quelquefois à elle. Une fois elle ne me répondit point, je mis l’enfant sur un oreiller à terre et courus à elle, que je trouvai évanouie. Je cherchai du vinaigre et de l’eaü, et la fis revenir à bonne heure, w

L’accouchement de la femme du « crocheteur » en amena bientôt plusieurs autres. Mme Boursier habitait alors cette partie de Paris qu’on appelle aujourd’hui le quartier latin et qu’on nommait en ce temps : quartier des Cordeliers. Quelques grands hôtels épars ça et là, des collèges, des abbayes, et une agglomération de ménages pauvres le constituaient. Elle se trouvait donc dans une position favorable pour se créer rapidement une clientèle parmi les classes laborieuses de la société. En effet, elle y pratiqua environ cinq ans, et parvint enfin à passer « des petites gens à plus hupés ». .

Vers 1699, forte des études qu’elle avait faites, assurée déjà par l’expérience qu’elle avait acquise, elle s’inscrivit pour obtenir le diplôme de « sage-femme jurée » à Paris, l’obtint sans trop de difficulté et, à partir de ce moment, sa réputation ne fit que grandir. En peu de temps elle se fraya le chemin vers les hautes régions de la noblesse.

Ce serait bien s’aventurer, dirons nous avec le D’’ Chérau que de chercher à pénétrer le mystère de l’immense réputation que Louise Bourgeois parvint à acquérir et de l’honneur inouï qu’elle eut de voir s’ouvrir devant elle les portes du Louvre.

Son expérience acquise par un travâiL incessant, ses talents incontestables, l’affabilité de son caractère, son esprit fin, délicat et subtil, son tact exquis, furent sans doute les premières pierres, qui, jointes à des circonstances fortuites et heureuses, vinrent élever le piédestal sur lequel elle a trôné pendant plusieurs années. Dès 1600, époque de l’avènement de Henri IV au trône, Louise Bourgeois accoucha

Mme Arnault^ rintendante, Mlle Perrault, la conseillère, nièce de M. de Fresne, secrétaire de l’Etat ; la duchesse d’Elbeuf, etc., etc. Ce furent autant de lettres de recommandation qu’elle mit en avant pour parvenir au but de tous ses désirs, celui d’accoucher la reine-Marie de Médicis, femme du bon Henri et enceinte alors de celui qui fut depuis Louis XIII.

II faut lire le « Récit véritable » de la naissance des enfants de France, pour avoir une idée de toutes les intrigues qui se jouèrent en une circonstance aussi importante, et tout ce qu’il fallut à Louise Bourgeois de patience, de soins, d’habileté, de démarches et de visites pour s’élever à cette dignité.

Mais enfin, au mois d’août i6oi la reine l’appela auprès d’elle et dès ce moment, jusqu’en 1627, elle resta attachée à la cour. Elle assista Marie de Médicis dans tous ses accouchements. Plus tard, sous Anne d’Autriche, son poste fut plutôt honoraire, la reine étant stérile.

La fortune semblait déverser toutes ses faveurs sur Louise Bourgeois lorsqu’un terrible événement vint assombrir son existence jusqu’alors si brillante et empoisonner les dernières années de sa vie active. •

Le 5 juin 1627 Marie de Bourbon Montpensier fut emportée en quelques heures par une affection ayant tous les caractères d’une péritonite puerpérale. La perte de cette princesse, fille de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, fut pour la cour et pour la France un sujet d’affliction immense. On ne sait, si l’on accusa faussement la sagefemme de ce malheur ou si véritablement elle commit dans cette délivrance quelques graves imprudences. Toujours est-ib que la reine mère, Marie de Médicis, ayant ordonné l’autopsie de sa belle-fille, Louise Bourgeois se laissa entraîner contre le rapport qu’en firent les médecins attji-

chés à la cour, à la publication d’un libelle qui dut lui attirer la réprobation générale.

Le rapport nécroscopique fut fait à Paris le 5 juin 1627. Dans ce rapport il n’y avait rien qui fût blessant pour Mme Boursier, les signataires ne l’accusaient en quoi que ce soit. Et pourtant deux jours après, le 8 juin 1627, elle fit paraître sous le titre de : Apologie de Louise Bourgeois, dite Boursier, contre le rapport des médecins, un pamphlet, dans lequel, défigurant complètement l’intention qui avait présidé à la rédaction du rapport des médecins, elle se livrait contre ces derniers à des insinuations non méritées.

Une réplique très violente des médecins ne se fit pas attendre. Somme toute cette chicane, si maladroitement provoquée ou du moins considérablement envenimée par Mme Boursier, lui fit un tort immense dans l’opinion des hauts personnages qui l’avaient jusqu’alors employée. Sa carrière fut, par suite à peu près terminée, et elle ne s’occupa plus que de faire paraître une nouvelle édition de ses œuvres, qu’elle augmenta de faits nouveaux et d’observations.

Elle mourut le 20 décembre i636.

Son premier et principal ouvrage a pour titre : Observations diverses sur la stérilité, perte de fruict, fécondité, accouchements et maladies des femmes, et des enfants nouveaux naiz ; amplement traittés et heureusement practiquées par Loyse Bourgeois dite Boursier, sage-femme de la reine. Œuvre util et nécessaire à toute personne.

Dédié à la Royne.

A Paris chez A. Saugrain, rue Saint-Jacques, à la Nef d’argent, devant Saint-Benoit, 1609.

Ce livre a joui pendant longtemps d’une grande réputation, et est devenu le vade mecum des sages-femmes de l’époque. Traduit en plusieurs langues, en latin (Oppenheim

iGigiii 4‘’)jern allemand (Francfort 1621 in 4®), en.hollandais (i658 et 1700), il a eu en français plusieurs éditions. La deuxième édition publiée en 1626 forme déjà trois volumes, la première était d’un seul. La troisième parut six ans après la mort de l’auteur, en i644-

En 1626 Louise Bourgeois publia à la fin du deuxième volume des Observations quelques écrits autobiographiques. C’était d’abord le récit intitulé: « Comment j’ai appris l’art de sage-femme », puis un autre : comment j’ai eu l’honneur de parvenir au service de la Reine ». Vient ensuite l’histoire des six couches, de Marie de Médicis sous titre :

« Récit véritable de la naissance de messeigneurs et dames les enfants de France, avec les particularités qui y ont esté et pouvaient être remarquées ». Elle a été réimprimée en 1781 par De la Place ( i) et il y a une vingtaine d’années par Witkowski.

Le « Récit véritable » est suivi d’une œuvre qui touche de nouveau à l’obstétrique tout en gardant un caractère un peu personnel. C’est 1’ « Instruction à ma troisième fille » dont le titre exact précise de plus près le contenu. Le voici :

« Instruction à ma troisième fille qui a choisi et élu l’art de sage-femme et qui peut servir à toute autre et où se peut' voir plusieurs choses remarquables sur divers sujets, même pour les accidents qui arrivent par aucunes sages-femmes et par le choix indiscret des nourrices et par l’indiscrétion de plusieurs jeunes femmes grosses. L’erreur qui peut arriver sur le jugement de la grossesse d’une femme ».

En i635, parut le «Recueil des secrets de Louise Bourgeois dite Boursier, sage femme de la Reyne, mère du roy, auquel sont contenues ses plus rares expériences pour diverses maladies, principalement des femmes avec leur

I. Pièces Intéressantes et peu connues pour servir à l’histoire nouvelle. Bruxelles, l'^Si ,

embelissements » à Paris, chez Melcliior, etc. Enfin il faut y joindre : « Apolog'ie de Louise Bourgeois dite Boursier, sage-femme de la reine, mère du roy et de feue Madame , contre le rapport des médecins ». Paris 1627.

De toutes ces œuvres deux surtout sont importantes pour nous : « L’instruction à ma fille » et les « Observations ». Nous commencerons par la première parce qu’elle nous montrera Louise Bourgeois comme praticienne.

Gomment donc y apparaît-elle ? La plus pure morale règne dans sa vie médicale, morale accompagnée d’une finesse de sentiments et d’une délicatesse de pensées sublime.

« Il faut,y lisons-nous, ma fille, que regardiez que jamais personne ne vous a induite à cette vocation de sage-femme, au contraire que vous y voyant résolue, je vous ai représenté tous les peines que vous pourrez avoir. Ne vous hasardez en votre vie d’expérimenter aucun remède que l’on vous aie enseigné, sur pauvre ni riche, si vous n’êtes assurée de la qualité du remède et qu’il ne puisse faire mal...

« Ne cachez les bons remèdes que vous saurez, aux médecins et personnes sages autrement on les estimerait aussi peu, comme des charlatans qui se servent d’un remède comme selle â tous chevaux, et néanmoins disent avoir des merveilles, et se cachent en tout ce qu’ils font. Il faut librement parler de ce qu’on sait et en donner raison. Il vous sera aisé en vous peinant un petit; tout ce que je sais vous est acquis sans peine. Ne le négligez pas ; faites profiter le talent que je vous laisse, et faites que l’on dise de vous que vous êtes plus capable que n’a jamais été votre mère. Je vous dirai donc que ce que vous avez entrepris est de merveilleuse importance, et qu’en cet art, il y a deux chemins aisés à tenir, l’un pour se sauver, l’autre pour se damner. Et celui qui mène en paradis est plus aisé à tenir que l’au-

tre, c’est que pour tous les biens qui sont sur la terre, il ne faut que vous adhériez à aucune méchanceté comme font ces damnées qui donnent les remèdes pour faire avorter...

« Lorsque vous serez demandée par gens, fussent-ils les plus pauvres du monde, servez les de. la même affection que si vous en deviez recevoir grande récompense, et vous gardez bien si vous reconnaissez de la pauvreté d’en prendre un denier, car à une pauvre personne peu est beaucoup ; donnez-leur plutôt que de prendre. Dieu vous le rendra avec grand intérêt...

« Ne recevez en votre vie fille ou femme pour accoucher en votre maison. Je vous le recommande : c’est un maquerellage que l’on approprie à charité, ce qui n’est point...

« Je vous dirai, ma fille, qu’il ne faut point vous étonner de voir mépriser l’état de sage-femme ni que cela vous refroidissé d’en rechercher les perfections, lesquelles sont incompréhensibles à ceux qui les méprisent, ni vous étonner si vous voyez en cet état des personnes indignes du nom ; cela n’amoindrit ni le savoir, ni l’honneur de celles qui le méritent. »

Les « Observations » devaient former d’après la première intention de l’auteur un traité d’obstétrique. Tel est au moins le caractère du premier volume publié en 1609 et formant à lui seul un livre complet. Mme Boursier y passe en revue les symptômes les plus importants de la grossesse, • l’accouchement normal et pathologique, les maladies des femmes consécutives aux couches et les maladies des nourrissons. Bien qu’on y trouve nombre d’observations personnelles, elles sont subordonnées au plan général.

Dans les volumes suivants l’auteur élargit le cadre.

11 y a là encore quelques chapitres théoriques traitant de plusieurs questions obstétricales, cependant ce sont les observations des cas curieux qui occupent le premier plan,

C’est à elles que se rattachent les explications et les raisonnements.

Bien que la science obstétricale de nos jours ait dépassé de beaucoup celle du xvi® siècle, ce livre pourrait être relu avec intérêt par les médecins d’aujourd’hui, toutefois à condition qu’un bon commentaire accompagnât le texte. Nombre de cas personnels ne manquent pas d’intérêt, les savants conte.mporains les plus éminents du reste, ont apprécié ce livre d’une façon très flatteuse.

Siebold en parlant de lui dit que son auteur était «la digne élève d’un maître tel qu’Ambroise Paré » que « les faits qui y sont décrits sont encore aujourd’hui des modèles d’observation rigoureuse. » D’après de Waldeyer ce livre est caractérisé « par un esprit d’observation pénétrant et par une lucidité merveilleuse. » Le docteur Chéreau s’exprime ainsi : « Tout est’pratique et observation dans ce qu’a écrit cette femme distinguée, et les conseils qu’elle donne sont presque tous marqués au coin de la plus mûre expérience. Seulement, les faits qu’elle observe, elle cherche souvent à les expliquer, et alors elle tombe dans des théories entachées des erreurs humorales. »

Car, il faut savoir que quelque brillants que soient pour la médecine la fin du xvi® et le commencement du xvii® siècle, elle n’avait point encore acquis cette maturité que devaient lui communiquer les Sydenham, les Baglivi et les Boerhave. En 1609, la circulation du sang n’était pas encore découverte et l’humorisme galéniste, depuis tant de siècles sur pieds, ne fut un peu ébranlé que pour donner le sceptre aux médecins chimistes. Leur théorie était en pleine vigueur, lorsque Louise Boursier écrivit son livre-

Fidèle au titre donné, au livre, Louise Bourgeois commence par expliquer les causes de la stérilité et la tendance de certaines femmes aux fausses couches. La plupart de ces explications rentre dans le cadre humoriste.

Pourtant dès qu’il s’agit d’observations de faits, le bon sens de l’intelligente sage-femme prend le dessus. Ainsi déjà au premier chapitre Mme Boursier nous raconte que parfois le flux cataménial se porte ailleurs et que les règles peuvent même être remplacées par de fortes épistaxis. Ces cas ne sont pas fréquents, mais La littérature médicale de nos jours en connaît plusieurs.

Au même chapitre nous rencontrons un passage qui nous permettra désormais de considérer Mme Boursier non seulement comme sage-femme mais comme, femme médecin. DdiWÿ, plusieurs pages elle s’occupe de la chlorose (à laquelle elle attribue une influence funeste sur la grossesse) et après l’avoir décrite de main de maître, elle recommande de la guérir au moyen du fer. A cet égard elle peut-être considérée comme devancière dé ces savants qui ont introduit avec tant de succès le fer dans le traitement de l’anémie.

Elle déclare avoir emprunté cette méthode à la médecine populaire.

Désolée de voir que « ces médecins « ne faisaient rien chez les pauvres filles chlorotiques, et que ces dernières étaient parfaitement guéries par des tablettes « qu’on vendait secrètement fort cher, en ville », elle eut l’idée d’examiner Ces tablettes, et se convainquit que l’agent actif qu’elles renfermaient n’était autre que de l’acier. Aussi désirant être utile aux femmes indigentes atteintes de cette affection, elle leur donna le moyen de préparer à peu de frais des'tablettes ou pilules.

« Il faut prendre de la limure d’acier, telle quantité que l’on voudra, et la mettre dans un creuset puis la placer entre les charbons de feu, et souffler tant que le creuset et l’acier soit rouge comme charbons ; il devient fort noir; il le faut bien pulvériser dans un mortier, le plus substil que l’on pourra en prendre quatre dragmes avec deux dragmes

de canelle fine, fort pulvérisée et passée, mêler cela ensemble avec quatre onces de bon sucre de Madère, y mettre fort peu d’eau et comme le sucre est bien écumé, il faut mettre les poudres et mêler continuellement, à cause de Facier qui demeurerait au fond. Il faut les cuire, puis les verser sur un papier où les faut paistrir des mains ou les battre d’une spatule, d’autant que qui les laisserait refroidir sans y toucher, elles se trouveraient toutes creuses. De la dose dont j’ai escrit, il s’en peut faire vingt-huit tablettes, lesquelles se donnent à prendre deux le.jour, une en se levant et l’autre trois heures après dîner. »

Au troisième chapitre sont très bien exposés les signes de la grossesse. La même clarté et précision caractérise le chapitre V intitulé : « Qu’il y a un accident où il faut promptement accoucher une femme à quelque terme que ce soit pour conserver sa vie. » Cet accident ce sont les hémorragies répétées.

Les chapitres suivants traitent de l’accouchement à terme., des modes de présentation, des méthodes qu’il faut suivre, si la rupture de la poche des eaux a eu lieu avant le début du travail, du diagnostic du travail, de la « situation de la femme en travail », du « moyen d’ôter la colique à une femme qui est au travail, l’ayant discernée et faciliter l'accouchement. >>

Ensuite, l’auteur s’occupe de « Ce qui se peut donner à prendre à une femme en travail »; du moyen d’expulser l’arrière-faix aux femmes étant accouchées », de ce qu’il faut « pour faire qu’une femme accouchant du premier enfant n’ait jamais de tranchées. » Les chapitres seize à dix-huit portent les titres suivants : « Pour le desnoyement de l’amarre et des remèdes propres à celui. » « Pour remédier aux extrêmes pertes de sang qui arrivent souvent aux femmes incontinent après être accouchées. » « De ce qui se

doit à une femme sitôt qu’elle est accouchée, et du bandage. »

Le chapitre vingt et un traite du régime des accouchées.

Au deuxième volume se trouve un seul chapitre qui se rattache nettement par sa forme et par son contenu aux chapitres énumérés. 11 est intitulé « La manière de gouverner un nombril à un enfant nouveau-né et pour réparer une faute qui y aurait été faite. »

Cet exposé théorique est d’une grande valeur relativement à son époque. De tous les accoucheurs anciens, sans en excepter J. Guillemeau, Louise Bourgeois est peut-être celle qui a établi avec le plus d’exactitude les divers modes, sous lesquels le fœtus peut se présenter dans le travail de la parturition. Elle ne compte pas moins de douze présentations qu’elle range suivant leur degré de gravité, et en indiquant les moyens propres à opérer l’extraction du fœtus.

Pour ce qui est des procédés, donnons la parole à Siebold. Pour lui, le mérite principal de Mme Boursier est d’« avoir recommandé d’une manière pressante la version sur les pieds là où l’intervention était nécessaire, dans la présentation transversale et dans le cas d’hémorragies mettant en danger les jours de la femme ». 11 n’est plus question dans son livre de version sur la tête et depuis Louise Bourgeois cette manœuvre disparaît en France.

Siebold continue :

« Intéressantes sont les règles pour le traitement des accouchement par la face, qu’elle recommande de. ne pas confondre avec celles du siège, bien soutenir les contractions pour en conserver l’énergie, ménager la face et faire en sorte que l’expulsion s’opère rapidement. » Il était réservé aux temps modernes de faire rentrer ces accouchements dans la catégorie de ceux que la nature peut accom-

plir de ses propres forces (i). Dans la présentation du siège Mme Boursier recommande dans tous les cas l’extraction du fœtus. Les positions inclinées de la tête seront modifiées selon elle en faisant coucher la femme sur le côté (chap. VIL Ajoutons aussi que la version est décrite chez elle avec le plus grand soin.

Gela dit, nous n’avons pas épuisé le contenu du premier volume. Gomme nous l’avons noté, il s’y trouve une partie médicale sur laquelle nous reviendrons. Pour rester dans le domaine des accouchements, nous signalerons encore les observations les plus importantes se rapportant à ce sujet. Quelques-unes proviennent du premier volùme, mais la plupart se trouvent au deuxième. Ge sont ; Observation d’une femme qui renditbien un demi-seau d’eau avant d’accoucher.

D’une femme de qui l’on croyait l’enfant mort depuis sept mois jusqu’à neuf sans qui remuât aucunement.

D’une damoiselle que j’accouchai de deux enfants, l’un mort et demi pourri, l’autre vif et sain.

D’une damoiselle que j’accouchai à sept mois de deux enfants, la fille étant hydropique et le fils ne l’était pas.

D’une femme que j’accouchai de deux enfants laquelle devenait folle courant les rues, le cinquième jour de ses couches et comment elle tombant au pareil accident, en fut retirée.

D’une femme à qui l’on appuya trop fort sur le ventre pour la faire délivrer.

D’une damoiselle qui porta son enfant mort seize semaines et comment.

D’une femme grosse de laquelle l’enfant montra un bras qu’il retira peu après, deux mois avant que d’accoucher et la cause.

D’une femme où je fus appelée, laquelle on tenait en travail depuis neuf jours et comment elle accoucha heureusement.

D’une femme qui ne se voulant laisser gouverner a son travail en mourut.

D’une femme qui était tenue incapable de porter jamais enfant laquelle en a porté et la raison pourquoi.

Observation admirable d’un petit enfant de trois mois et demi ou à toute extrémité de quatre mois.

D’une femme que j’ai accouchée deux fois et de la diversité des deux enfants procédant de même cause.

On remarquera que l’auteur note ici tantôt des anomalies de la grossesse, tantpt des cas rares (folie puerpérale, description d’un enfant de quatre mois, ou d’un fœtus macéré), Dans l’observation intitulée «je certifie d’avoir vu l’enfant de Pi erre de Sens dont feu d’Alibourg a écrit » , Mme Bourgeois donne la description d’un fœtus momifié.

Quelques chapitres et quelques observations sont destinés aux sages-femmes. Tel est le chapitre VI : « Comment il faut que la sage-femme se gouverne à un accouchement avant terme » et dont nous empruntons le passage suivant : « Je lui conseille qu’elle la touche peu avant que les eaux soient percées, d’autant que si par malheur elles se perçaient cependant qu’elle y a la main, l’on l’accuserait d’avoir fait accoucher la femme » (i).

Voilà un sens pratique digne d’être relevé.

Tel est aussi le chapitre douze : « Pour celles qui accouchent de deux enfants comment la sage-femme s’y doit gouverner ».

Aussi les observations : « D’une femme à qui l’on appuya trop fort sur le ventre pour la faire délivrer ». « D’une femme

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