‹ Histoire des femmes médecinsChapitre 122 sur 181 · I. Lairtullier, o. c. i84-i · texte numérisé non relu

I. Lairtullier, o. c. i84-i

-2. Sous le Directoire, 1’ « Amarisme » devint encore plus prononcé. Au Conseil des Cinq Cents la citoyenne Ouevanne vit repousser sa demande d’occuper une chaire de dessin à l’école centrale de Chartres, après une discussion où il fut dit que l’intérêt de la société et de la morale publique exclut les femmes de tout professorat (Louise Debor : Le féminisme et l’antiféminisme pendant la Révolution. La Fronde 1900, 16 mai).

3. Répertoire : Médecine, no 87. Cf, aussi Rolland : Les médecins et la loi du ig ventôse an XL Paris, i883.

dehors de la science médicale, deux femmes touchèrent aux questions qui regardent au moins partiellement l’exercice de la médecine par les femmes. Mme EttaPalm d’Aelders, dans son projet d’organisation de l’assistance publique (i), demanda de former des cercles de citoyennes, qui auraient été chargées de surveiller les établissements de nourrices, Lè projet de Mme Tallien nous touche de plus près encore. Cette jeune aristocrate qui, loin de partager, comme son mari, les idées de l’aristocratie, s’était tournée vers le peuple, ne vit bientôt plus que vertus civiques, récompenses patriotiques, sociétés de bienfaisance, de bonnes mœurs, de secours fraternels et associations de femmes pour mettre en pratique toutes les vertus et pour prêcher l’oubli de soi-même ainsi que de tout intérêt personnel pour le bien général et le sentiment de liberté.

Elle adressa à la Convention, le 5 floréal an II, une lettre dans laquelle elle écrivait :

« Citoyens représentants, lorsque la morale est plus que jamais à l’ordre du jour de vos grandes délibérations, ce n’est pas à vous qu’on aura à reprocher un jour d’avoir méconnu la pudeur et sa vertueuse influence.

(c Et qui peut enseigner la pudeur, si ce n’est la voix d’une femme? qui peut la persuader, si ce n’est son exemple?

« Mais ce que je viens aujourd’hui particulièrement réclamer en leur nom avec la plus forte confiance, c’est l’honorable avantage d'être appelées toutes dans les asiles sacrés du malheur et des souffrances, pour y prodiguer leurs soins et leurs plus douces consolations.

« Craindrais-je de m’abuser, citoyens représentants, lors-

1. Lettre sur les démarches des ennemis extérieurs et intérieurs de la France suivie d’une adresse à toutes les citoyennes patriotes et d’une notion à leur proposer pour l’assemblée nationale ; lue à l’association fédérale des Amies de la vérité, le 25 mars 1791.

que je pense que là. doit être le véritable apprentissage de la vie d’une femme; que c’est dans cette école que les filles, avant de devenir épouses, doivent aller développer, éclairer leurs premiers sentiments et s’instruire par la pratique de la bienfaisance, à tous les détails des devoirs qu’elles auront bientôt à remplir envers leurs enfants, leurs époux, leurs parents ?

« Les femmes, lorsqu’elles soignent un malade, semblent ne plus exister que pour lui ; tout en elles porte allégeance et soulagement; elles trouvent bien qu’on se plaigne ; elles sont là pour vous consoler; leur voix seule est consolatrice, leur regard est sensible, leurs mouvements sont doux, leurs mains semblent attentives aux plus légères douleurs, leurs promesses donnent de la confiance, leurs: paroles font naître l’espoir ; enfin, lorsqu’elles s’éloignent du malheureux, tout lui persuade que c’est pour lui qu’elles s’en vont, que c’est pour lui qu’elles s’empresseront de reparaître.

« Ordonnez donc, citoyens représentants, nos cœurs vous en conjurent, ordonnez que toutes les jeunes filles, avant de prendre un époux, iront passer quelque temps (i) dans les asiles de la pauvreté et de la douleur pour y secourir les malheureux et s’y exercer, sous les lois d’un régime organisé par vous, à toutes les vertus que la société a le droit d’attendre d’elles » (2).

La Convention se montra très courtoise envers Mme. Tallien. Elle écoula l’adresse avec attention, lui fit un accueil flatteur, en ordonna la mention honorable et la renvoya

1, Une proposition semblable fut faite, il y a quelques ans, par Mme Hélène Lange de Berlin. Elle demande que toute femme soit obligée de faire aux frais de l’Etat un an de service dans quelque institution bienfaisante (Ichenhâuser : Zur Fraueofrage) .

Page 1