CHAPITRE XVIII
181 5-1848 . Oommencemeat du mouvement féministe .
Les facteurs qui le provoquent. — Influence de la Révolution. — Nécessité économique. - Tendance à s’instruire. - Historique de, cette tendance depuis le xviie siècle en France, Angleterre, Pologne et Ailemagne.
Le réveil des femmes pendant la grande Révolution, tout passager qu’il fut, dut avoir des conséquences très importantes. Certes il n’apporta aucun avantage immédiat au sexe féminin, mais -grâce à lui, grâce à ces « requêtes » et à ces « clubs », la question de l’admission des femmes aux droits et aux prérogatives reconnues au genre humain en général s’est dressée d’une façon imposante.
Les revendications de Condorcet et d’Olympe de Gouges n’ont pas donné de résultats. Mais leur argumentation resta. Elle était comme la graine qu’on a conservée au magasin, Mélanie Lipinska
et qu’on fait germer plus tard. C’est ce qui arriva, en effet, et cette semence a été productive. La Révolution donna l’impulsion au mouvement progressiste dans toute l’Europe. Les libertés qu’elle proclama, malgré tous ses excès et toutes ses fluctuations, en appelaient d’autres après elles. Ceux qui voulaient défendre l’œuvre de l’évolution commencée par le mouvement de 1789, étaient donc en même temps obligés de la continuer. Ainsi, ce qui ne fut pas entendu entre 1798 et i8i5 l’a été depuis.
La Révolution eut d’abord des résultats immédiats. En 1792 au moment où la question féministe était vivement agitée en France, parut en Angleterre un livre dû à l’influence de Condorcet et portant le titre : Vindication of the rights of woman (Revendication des droits de la femme). Son auteur était une femme : Marie Wollstonecraft, plus tard épouse de l’écrivain anglais Godwin. C’est avec sa fdle que se maria le célèbre poète anglais Shelley.
Née en 1769, Marie Wollstonecraft suivait avec enthousiasme les progrès de la Révolution en France. Lorsque Burke attaqua avec violence la Révolution, Marié réfuta son ouvrage et l’attention générale se fixa sur elle. Son livre de même que celui de Thomas Payne intitulé « Droits de l’homme » « étaient les meilleures réponses aux détracteurs dns événements qui se passaient en France. Aussi, crutelle « le moment venu pour soulever la question qu’elle avait le plus â cœur »(i) et publia le volume précité. Dédié l’évêque d’AutunTalleyrand-Périgord, « c’était un manifeste et il fit date
L’auteur y combat Rousseau et demande à la Société de porter ses soins à ce que l’homme et la femme soient rendus égaux au point de vue des vertus et des qualités. Que
I. A. de Neuville : Une aïeule du féminisme. « Revue des Revues ». 1897, ler novembre.
réducation des femmes ne soit pas inférieure à celle des hommes, que le sexe faible soit admis aux mêmes droits politiques. Marie Wollstonecraft ne demande pas de privilèges, mais bien des droits.
La mise en lumière des faits, leur groupement prêtent une force réelle à son argumentation. Aussi le livre eut-il un grand succès. Il se répandit rapidement en Angleterre et en Amérique. Une nouvelle édition parut en 1794^ et ensuite vinrent des traductions en allemand et en suédois.
Lorsque vers i84o le mouvement féministe recommença en Angleterre, les « Revendications » furent publiées de nouveau. Cette troisième édition date de i844- D’ailleurs jusqu’à nos jours l’influence de ce livre ne s’est pas épuisée. Tout récemment èncore, en 1892, l’ouvrage de Mme Wollstonecraft parut chez Fisher Unwin (Londres) avec la préface de Mme Fawcett. L’année suivante une nouvelle édition fut publiée par Scott. Elle est accompagnée d’une préface due à Elisabeth R. Pennell.
Voilà donc un livre qui marque dans l’histoire du mouvement féministe en Angleterre.
Un autre parut en Allemagne. En 1792, Théodor Gottlieb Hippel, haut fonctionnaire prussien, ex-maire de Kœnigsberg publia un ouvrage intitulé « Uber die bûrgerliche Verbesserung der Weiber » dans lequel il formule les mêmes demandes que Condorcet et que Marie Wollstonecraft. Il est même plus complet que la « Vindication «. « La nouvelle constitution française, commence-t-il, mérite mes objections ; car elle a oublié toute une moitié de la nation ». Ensuite, il passe en revue — dans le même sens éclairé — les moeurs, la législation et la question de l’instruction des femmes. Nous y relèverons un passage concernant les femmes médecins ;
« Les femmes médecins pourraient gagner plus facilement
que les hommes la confiance des malades de leur sexe. La pudeur n’est-elle pas souvent la cause essentielle pour laquelle les jeunes filles cachent si longtemps leurs maladies qu’enfin elles deviennent inguérissables ?
Ce livre a exercé aussi une certaine — quoique moindre — influence. Il fut réimprimé à plusieurs reprises (i).
L’importance de la Révolution se manifesta plus tard; et pendant longtemps le féminisme se rattache à ce mouvement de protestation et d’opposition qui transforme l’Europe de i8i5-i848 en une chaîne de volcans. Tantôt ici, tantôt là un cratère jette feu et flammes jusqu’à ce que en i848, l’ancien monde semble définitivement disparaître dans l’incendie social.
Napoléon prit vis-à-vis des femmes une attitude hostile. Lorsque en 1800, la commission nommée par lui pour faire le Gode civil et présidée par Sieyès — ami de Condorcet — décidait d’appliquer les principes de liberté de la Révolution aux lois concernant les femmes, Napoléon, furieux, répondit : « Il y a une chose qui n’est pas française, c’est que la femme fasse ce qu’il lui plaît ».
La Restauration ne trouva rien à changer à la situation crée par le code Napoléon à la femme. M. de Ronald proclama que « Thomme et la femme ne sont pas égaux et ne peuvent jamais le devenir ». « Si le célèbre philosophe, par égaux, entendait pareils, nous sommes tout à fait de son avis. Toutefois, il peut très bien y avoir, et il y a selon nous, entre les sexes équivalence et en ce sens égalité dans la diversité » (2).
Mais vers i83o viennent les théories saint-simoniennes. Immédiatement les adeptes de Saint-Simon reconnaissent Légalité de l’homme et de la femme. Le octobre