K. Schirmacher : Le féminisme. Paris 1898, p
i83o Bazard et Enfantin chefs de la relig-ion saint-simonienne, publient une « Lettre à M. le président de la Chambre des députés » où ils réclament l’égalité des deux sexes. Déjà, quelques jours avant la Révolution de Juillet les saintsimoniens déclaraient que « Tout homme qui prétendraimposer une loi à la femme n’est pas saint-simonien ». Après la scission du saint-simonisme les chefs des deux partis Enfantin et Bazard, gardèrent leurs convictions relatives aux femmes. Enfantin dans la « relig-ion saint-simonienne pose le principe de l’égalité de l’homme et de la femme; et, dans son « Appel à la femme » (Entretien du 7 déc.) il annonce au nom de Saint-Simon, à l’homme et à la femme, leur égalité morale, sociale et religieuse. De même la doctrine du père Bazard dit expressément que l’homme et la femme doivent être placés sur le même rang, qu’ils doivent partager toutes les fonctions sociales et religieuses, associer leurs forces et leurs capacités dans le temple et la cité, comme dans la famille.
Aussi, l’un et l’autre furent-ils suivis par quelques femmes. Les plus avisées se joignirent à Olinde Rodrigues et à Bazard. Parmi ces dernières se trouvait Jeanne Deroin qui devait devenir plus tard la promotrice du mouvement féministe de i848. Elle le prépara par une incessante propagande et par de nombreux articles, dans le journal -fondé par Eugénie Niboyet «La.Voix des femmes ».
En général, jusqu’en 1 848, le mouvement féministe fait partie intégrale du mouvement révolutionnaire et libéral. Les hommes les plus éminents du aamp libéral se rangent du côté des femmes. Lorsqu’en i836 grâce à l’initiative de la fondatrice de la « Gazette des femmes », Mme Poutret de Mauchamps, les femmes françaises adressent à Louis-Philippe une pétition dans laquelle elles demandent le suffrage politique, Chateaubriand, Jules Janin,Laboulaye l’appuient.
Laboulaye publie bientôt sa « Condition civile et politique des femmes », qui éveille l’intérêt du grand public pour les revendications féministes. Dans le même sens est écrite la célèbre « Histoire morale des femmes » de Legouvé qui paraît en même temps.
Legouvé touche à la question des femmes médecins. La profession de médecins de femmes doit même, d’après M, Legouvé, être toujours exercée par des femmes « La pudeur exige qu’on appelle des femmes comme médecins auprès des femmes; ... les maladies nerveuses, surtout, trouveraient dans le génie féminin le seul adversaire qui puisse les saisir et les eombattre » (i).
Ces deux livres influèrent beaucoup sur l’envoi (en i838) de la part des femmes, d’une demande d’admission aux universités.
Un ehampion révolutionnaire comme Michelet est un féministe passionné. Certes son féminisne est un peu orh ginal. Pour lui la femme est une créature faible, éternelle^ ment blessée, Dans le domaine de la douceur, du charme etdu dévouement une nature quasi-divine ? « la femme n’est pas seulement notre égale, diCil, mais en bien des points supérieure » (2).
En même temps les femmes qui s’occupent de préférence de la question féministe se consacrent à la propagande révolutionnaire. Telle est par exemple Flora Tristan, née à Paris le 7 avril 3e8q3, fille d’un Péruvien et d’une Française. Vers i838, elle se mit à écrire de nombreux ouvrages et