‹ Histoire des femmes médecinsChapitre 128 sur 181 · Ombre de la damoiselle de Gournay, page · texte numérisé non relu

Ombre de la damoiselle de Gournay, page

sont de i648 et de i65o. Une quatrième a été publiée en 1757. On en fait eneore des traductions aù xvm® siècle.

Voici dans quels termes Naudé parle de Mlle Schurman dans le Mascarat (page 71-72) :

« Le mesme peut se dire aussi de ce miracle de nos jours, Mile Anne-Marie de Schurman^ qui n^’excelle pas moins sur toutes les femmes savantes que les deuxScaliger ont fait sur tous les hommes doctes. Dans sa thèse, une vraie thèse, (2) rédigée en latin, suivant toutes les règles,, avec arguments intrinsèques et extrinsèques, majeures, mineures et conclusions/ objections et répliques, Anne-Marie Schurman se propose de démontrer que l’intelligence n’a pas de sexe, que la femme est capable des mêmes efforts que l’homme, qu’aucune loi divine ne lui interdit de développer ses facultés, qu’on ne peut conséquemment lui en disputer le complet exercice et l’application à toutes les formes de l’activité humaine. Elle n’y met que trois conditions : de l’esprit, un peu de bien et beaucoup de loisir ; et ces conditions qu’elle souhaite à toutes ses pareilles, elle les remplit ellemême».

Restait à déterminer l’emploi de cette science acquise et l’usage de ces talents. C’est à l’agrément de la vie surtout que songeaient Mlles de Gournay et Anne-Marie Schurnian. Il leur suffisait d’avoir des clartés de tout, pour en jouir,

I. Le titre de la thèse est celui-ci : Problenia practicum nam feminaê christianae conveniat studium lüterarum. Problème pratique s’il sied à une femme chrétienne d’étudier la science ? Mlle Schurman reprend la question avec quelques-uns de ses amis dans un certain nombre de lettres adressées à André Rivet, à Saumaise, à Spanheim et à Mlle de Gournay elle-même. La thèse avait paru pour la première fois sous ce titre expressif : De ingenii muliebris ad doctrinam et meliores litteras aptitudine (Du talent de l’esprit féminin pour la science). Leyde, i64i ; opuscule traduit en 1646 par Guillaume Colletet.

Mais bientôt les femmes revendiquèrent Tinstruction, non plus comme une concession, mais comme un droit.

Un homme se fit le champion de cette cause : Poullain de la Barre, théologien protestant que la révocation de l’édit de Nantes devait plus tard fixer à Genève, et dont les « Discours et entretiens » furent plusieurs fois réimprimés. Dans son traité célèbre « De l’égalité des sexes » qui parut le 26 juillet 1673 il détruisit le préjugé « qu’on a communément sur l’égalité des sexes » et soutint ensuite qu’à l’égalité de nature doit correspondre l’égalité d’éducation. Il admet que, pour l’homme, il n’y a pas de plus grande jouissance que de connaître; et que cette jouissance, doit être la même pour les deux sexes. Suivant lui, les défauts imputés aux femmes : babil, artifice, médisance, coquetterie senties résultats de l’éducation défectueuse des couvents. Il conçoit le plan d’un établissement destiné à former des gouvernantes et des institutrices ; il indique les moyens à prendre pour les recruter, les livres à faire pour les guider, les méthodes à suivre pour assurer les résultats de l’enseignement : on se croirait dans une de nos écoles normales. Il abonde sur cette question en indications intéressantes. C’est, au surplus, un véritable cartésien, n’admettant rien pour vrai qui ne soit appuyé sur des idées claires et distinctes.

Il conclut qu’il n’y a pas de science d’après lui, que la femme ne puisse connaître : métaphysique,, physique, médecine, logique, mathématique, astronomie, grammaire, éloquence, morale, géographie, histoire profane, histoire ecclésiastique, théologie, droit civil, droit canon; il va même plus loin, et demande, que, possédant la science au même degré que l’homme, elle puisse comme lui « remplir les dignités ecclésiastiques, être générale d’armée, exercer les charges de judiciature »

Voilà donc toutes les requêtes féministes formulées nettement au XVII- siècle.

Dans un des chapitres précédents nous avons montré que le niveau intellectuel des femmes surtout de celles provenant de la noblesse s’éleva d’un certain deg-ré au xviiie siècle. Nous avons rattaché à ce fait la pétition des femmes du tiers-état et du peuple au roi Louis XVI, par laquelle une instruction plus soignée était demandée par les femmes. L’opinion publique de ce temps n’était pas entièrement favorable à ces demandes ; ainsi Rousseau et ses disciples défendaient le principe de l’infériorité des femmes, mais des esprits clairvoyants les soutenaient.

Les requêtes semblables furent formulées en Allemagne. Les journaux allemands du xviii® siècle parlent d’académies de demoiselles (Jungfer Akademien) (i), qu’il faudrait fonder.

En Pologne Kollontaj, un des hommes d’Etat polonais le plus éminent, écrit: a il faut abandonner cette vicieuse façon d’élever les jeunes filles, qu’on observe dans les couvents. On veut qu’elle ne sachent que nous plaire et on oublie que c’est aux femmes qu’incombe dans la République le soin de la pureté des mœurs et la forma-? tion des caractères, que ce sont les femmes qui constituent les bases les plus fermes du bonheur de la nation. Les mères futures de la république polonaise, les mères des guerriers et des citoyens doivent posséder une instruction des plus fondamentales, on devrait leur inculquer l’amour des libertés nationales dès leur jeunesse ; autrement leurs fils ne sauront pas être le rempart d’un gouvernement libéral » (2).

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