‹ Histoire des femmes médecinsChapitre 132 sur 181 · I. Bourdon · texte numérisé non relu

I. Bourdon

viennent pendant la grossesse, dans le cours du travail et après r accouchement.

Mme Boivin fut de ceux qui entreprirent de résoudre cette question. Elle s’en était déjà occupée, car la même année (i8i8) elle avait publié une traduction du « Nouveau traité des hémorragies de l’utérus, des deux médecins anglais Rigby et Duncan, et l’avait fait précéder d’une notice historique sur le traitement des hémorragies utérines». Une lettre de M. Ghaussier sur la structure de l’utérus complétait l’ouvrage.

Donc elle envoya à la Société de médecine un mémoire et eut le plaisir de le voir couronner. Le rapport de la commission sur ce mémoire contient un passage qui mérite d’être rapporté.

« En général — y lit-on — ce mémoire est rédigé avec soin, il brille surtout par un esprit d’ordre et une méthode qui méritent de grands éloges. Mais, l’auteur s’est un peu trop arrêté aux généralités. Aussi, notre commission a-t-elle jugé que ce médecin (l’auteur ne s’est fait connaître qu’ après la publication du rapport), en ne traitant pas d’une manière spéciale des hémorragies utérines internes, n’a pas entièrement répondu aux vues de la Société. Elle vous propose néanmoins de lui accorder une médaille d’émulation en argent, son mémoire annonçant un homme instruit et très capable de mieux faire encore, si l’arène s’ou-, vrait pour une nouvelle lutte » (i).

Nous avons souligné ces quelques lignes qui se rapportent au médecin auteur du mémoire. En effet, ce fut une université allemande qui conféra plus tard à Mme Boivin le titre de docteur en médecine ; mais le jugement de la commission, qui ne connaissait d’ailleurs pas l’auteur, était comme un prélude à cette distinction. /

I. Mémoire sur les hémorragies utérines, Paris, 1819, p. 7-8.

La remarque que les membres de la commission avaient faite eut sur Mme Boivin une heureuse influence. Désormais, elle évita de se renfermer exclusivement dans les généralités et consacra aux observations cliniques une place honorable dans ses œuvres. Ces récits si nombreux de faits cliniques font que les œuvres de Mme Boivin peuvent être lues et relues avec beaucoup d’intérêt encore de nos jours.

Le mémoire sur les hémorragies utérines parut en 1819, augmenté d’une traduction (de l’anglais) des aphorismes d’Andrew Blake sur les hémorragies utérines. En 1826, Mme Boivin traduisit encore une œuvre médicale anglaise, ce sont les « Recherches, observations et expériences sur le développement naturel et artificiel des maladies tubercm leuses )),vde Barron.

En 1827, elle publia ((.Nouvelles recherches sur Vorigine^ la nature et le traitement de la môle vésiculaire ou grossesse hydatique. C’est un excellent traité où l’auteur détermine avec beaucoup de sagacité la véritable nature de cette anomalie. Si d’un côté les recherches personnelles de Mme Boivin dénotent un esprit mûr, d’autre part, l’érudition de l’auteur mérite d’être relevée. Les ouvrages latins, anglais, italiens lui sont aussi familiers que les ouvrages français, et elle connaît non seulement les écrivains contemporains, mais aussi ceux du xvi^ xvii“ et xviii® siècle.

Vers ce temps, l’Université de Marbourg appréciant ses mérites scientifiques, lui octroya le titre de docteur en médecine « Honoris causa ».

Ce fut une grande joie pour elle. Une autre distinction à laquelle elle attacha beaucoup .de prix était la flatteuse invitation de Dupuytren, qui l’avait choisie pour assister sa fille, la comtesse de Beaumont. Elle se montrait fière des suffrages d’un pareil homme, qui disait d’elle : qu’elle

avait « un œil au bout du doig-t ! » et quoique déjà atteinte de la première attaque de paralysie, elle ne put refuser.

Emue par le témoignage d’estime des professeurs allemands, elle leur dédia un mémoire qui justifiait parfaitement sa nomination. Il porte le titre : « Recherches sur une des causes les plus fréquentes et la moins connue de r avortement, suivie (p. 177-205) d’un mémoire sur l’intropelvimètre ou mensurateur interne du bassin, couronné par la Société royale de médecine de Bordeaux (Paris 1828).

Cette cause des avortements suivis souvent de mort, ce sont les maladies des annexes de Putérus, « maladies se rencontrant plus souvent qu’on ne pense chez de jeunes sujets )-> (i). L’affection reste longtemps stationnaire, puis, au moment de la grossesse^ elle prend un développement démesuré et des plus néfastes.

C’est un grand mérite pour Mme Boivin d’avoir attiré l’attention des praticiens sur ce rapport entre les avortements et les inflammations des annexes. Avant elle la science ne possédait que trois ou quatre observations de ce genre ; Mme Boivin les consigne avec soin (Nauche, Banville) et en augmente considérablement le nombre (2).

A son époque on n’était pas encore assez hardi et l’antisepsie étant inconnue il n’en pouvait pas être autrement pour procéder aux opérations sanglantes dans les annexes. Le traitement mercuriel donnait quelques résultats et c’est lui que recommande notre doctoresse. Mais, comme si elle voulait montrer des voies nouvelles à la chirurgie, elle termine son mémoire par une traduction de la « lettre du D' américain Smith sur l'extirpation de l’ovaire suivie de succès » empruntée à la Médico-chirurg. Review de juin

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